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11 avril 2002
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Quelque soit le résultat des élections, la mondialisation et ses effets néfastes se poursuivront !

Luttons contre les attaques patronales et gouvernementales !

L’action du gouvernement de la gauche plurielle s’est parfaitement inscrite dans le cadre de la mondialisation capitaliste.

Certes, en faisant adopter quelques réformes (CMU, emplois jeunes...) permises par la croissance de l’économie européenne, elle-même tirée par la locomotive nord-américaine, il a essayé de donner l’impression d s’occuper de la condition ouvrière.

Mais l’essentiel de son travail a été de poursuivre en France l’offensive néo-libérale voulue par les patrons à l’échelle internationale, et rendue encore plus importante à cause des critères pour l’adoption de l’Euro.

Il a ainsi maintenu les attaques du gouvernement Juppé (sécurité sociale, privatisations) voire les a renforcées (privatisations, flexibilité, attaques contre le statut des fonctionnaires).

Les emplois jeunes ont également fait partie de ces attaques, en permettant l’affaiblissement des statuts au sein de la fonction publique.

La plus grave a été l’imposition des 35 heures à la sauce Aubry, qui obligent les travailleurs à accepter la flexibilité tant voulue par les patrons. Malgré des luttes importantes menées contre les effets de cette loi, en particulier à La Poste et dans les hôpitaux, l’absence de riposte d’ensemble a permis au gouvernement de faire passer ces attaques.

Dans le privé, la précarisation de pans entiers de la classe ouvrière s’est renforcée et a touché en particulier les jeunes travailleurs.

Derrière l’image d’un capitalisme moderne et branché, Internet et compagnie, il y a la réalité de la mondialisation : un capitalisme plus proche du XIXe siècle que du XXIe, engraissé de plus en plus par une main d’oeuvre mal formée, mal rémunérée et de plus en plus soumise aux exigences patronales.

Les travailleurs de MacDo en font l’expérience chaque jour, et les militants syndicaux qui osent se rebiffer contre ce système sont tout de suite victimes de la répression patronale.

Plus grave, avec l’arrivée de la gauche plurielle au pouvoir, des « plans sociaux” se sont succédés et ont frappé des dizaines milliers de travailleurs, sans que le gouvernement fasse quoi que ce soit pour les empêcher.

De Renault Vilvoorde aux usines LU de Danone, des travailleurs d’AOM-Air Liberté-Air Littoral, en passant par Motorola, Philips, Michelin, Marks & Spencer ou encore Alsthom, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui ont été perdus, des régions entières qui risquent d’être sinistrées par une nouvelle vague de délocalisations et de restructurations, dues à la mondialisation du capitalisme.

Enfin, malgré toutes les promesses de Jospin, les lois Pasqua-Debré n’ont pas été abrogées, près de la moitié des sans-papiers n’ont été régularisés, et, avec l’instauration du “Plan Vigipirate” et de la “lutte contre l’insécurité”, la répression policière contre les jeunes issus de l’immigration s’est accrue.

C’est cela la réalité de la mondialisation capitaliste. Un monde où les mêmes techniques capitalistes s’imposent aux quatre coins de la planète, et un monde où s’accroît la politique répressive contre ceux qui osent s’opposer au système, comme le montrent l’Argentine et les bombardements meurtriers contre l’Afghanistan. Bien que devant cette situation, une partie importante de la classe ouvrière a compris que le gouvernement n’agissait pas dans le sens de ses intérêts, aucune direction ouvrière alternative au PS, au PCF et aux directions syndicales n’est apparue.

Le PCF a refusé de rompre avec le gouvernement, malgré la politique de ce dernier, alors que les syndicats, marqués par leur faiblesse numérique et leur accord profond avec la politique gouvernementale, n’ont pas organisé la moindre riposte d’envergure, ce que soit au gouvernement ou au patronat. En conséquence, les couches les plus politisées de la classe ouvrière sont aujourd’hui dans une situation d’attente. Elles n’ont pas confiance dans leurs divers représentants (PS, PCF, syndicats), mais pour le moment elles ne voient pas d’alternative.

Les prochaines échéances électorales nous offrent la possibilité d’avancer vers la construction d’une telle alternative, à condition de s’en saisir. Mais pour cela il faut dépasser la simple cadre de la politique électorale, surtout si on affiche comme ambition de créer un parti révolutionnaire.

Plutôt que de se focaliser sur la propagande électorale, il faut dès à présent préparer les luttes de l’après-élection, en avançant un programme d’action clair permettant aux travailleurs de s’organiser et de se défendre devant les attaques.

Car si on dit, avec raison, que Jospin et Chirac ont, sur le fond, le même programme pro-capitaliste, on sait donc que les patrons vont essayer de nous faire passer à la casserole, même si on ne sait pas encore à quelle sauce ils veulent nous manger!

Un tel programme doit mettre l’accent sur l’action directe de la classe ouvrière dans les entreprises et dans la rue, et ceci quelque soit le futur président ou la nature du futur gouvernement.

Ainsi, en même temps que “l’interdiction” des licenciements il faut mettre en avant la nécessité de l’action ouvrière, c’est dire l’occupation des entreprises menacées, l’extension du mouvement à toute la branche, la défense des entreprises occupées et de la grève par une milice ouvrière, la création des comités d’action et de solidarité afin de mobiliser toute la classe ouvrière.

Sur ce point, chacun peut constater que nous avons des différences importantes avec la Ligue Communiste Révolutionnaire ou avec Lutte Ouvrière. Pour ces deux organisations, les revendications sont, pour la plupart, dénaturées par des silences qui n’amèneront au mieux les travailleurs à des conclusions réformistes. Radicales, certes, mais réformistes quand même.

Par exemple, Arlette Laguiller réclame “une loi” pour interdire les licenciements. Pourquoi pas ?

Mais, comme LO le sait bien, pour imposer une telle politique aux patrons, il faudra modifier le rapport de force entre patronat et travailleurs, et que ces derniers entrent en lutte dans les entreprises contre les licenciements.

Qui plus est, ce n’est pas une majorité parlementaire à l’Assemblée qui pourrait adopter et faire appliquer une telle loi, mais un gouvernement ouvrier, une alternative à la démocratie parlementaire, enraciné dans la classe ouvrière et ses luttes.

LO le sait, mais ne le dit pas : sa compréhension abstraite de la politique révolutionnaire la conduit à s’autocensurer sans même réfléchir.

Il ne s’agit pas d’un choix de campagne visant à ne pas effrayer les ex-électeurs du PCF, mais de sa véritable (mauvaise) compréhension de la politique révolutionnaire. Or il nous faut une autre vision de la politique révolutionnaire, un autre programme et une autre organisation.

La situation actuelle, marquée par le ralentissement de l’économie mondiale qui avait commencé bien avant le 11 septembre, met la classe ouvrière française et européenne devant de nouveaux défis, et nouvelles opportunités :
Repousser les attaques néo-libérales, défendre l’emploi et les services publics, chercher à internationaliser la riposte ouvrière, le tout sur la base de l’auto-organisation des travailleurs et la création des organes de pouvoir et de contrôle ouvrier sont les tâches essentielles.

L’objectif essentiel n’est pas de gagner une élection, mais de refaire le monde, de mettre fin au système d’exploitation capitaliste, d’imposer le pouvoir des travailleurs.


Quel vote aux élections ?

Durant la campagne, l’intervention des révolutionnaires doit être centrée sur la préparation et l’organisation de la riposte aux attaques.

Le vote seul ne permettra pas d’avancer dans cette tâche. Ni Besancenot (LCR) ni Laguiller (LO) ne propose le programme qu’il faut aux travailleurs. Ni l’un ni l’autre ne met au cœur de sa campagne et de son activité politique la création d’un nouveau parti des travailleurs.

Leur politique n’est pas centrée sur la mobilisation : ils mènent leur campagne comme au temps de Jaurès — meeting-tracts-bureaux de vote, puis rien.

Néanmoins, ces deux candidatures, en particulier celle de LO, vont rassembler au premier tour une partie importante de la classe ouvrière, beaucoup plus que par le passé.

Dans les circonstances actuelles, il faut saisir cette opportunité pour avancer vers la construction d’un parti révolutionnaire des travailleurs.

Ainsi, au premier tour nous appelons à voter indifféremment pour LO ou la LCR, malgré nos critiques de leur politique et notre conviction qu’elles vont gaspiller toutes deux le capital politique accumulé lors de la campagne.

Au deuxième tour, par protestation, par haine de classe, des centaines de milliers de militants ne voteront sans doute pas Jospin, mais s’abstiendront.
Nous les comprenons bien, et, en grande partie, nous partageons l’analyse de la nature du PS qui sous-tend ce refus. Mais il s’agit avant tout d’un aveu d’impuissance.

Ces militants — y compris ceux de LO et de la LCR — n’ont pas d’autre perspective au deuxième tour que de refuser de voter Jospin.

En effet, si LO et la LCR voulaient réellement offrir des perspectives à ce “front du refus” et avancer vers la création d’un nouveau parti des travailleurs, elles organiseraient meetings et débats dans les quartiers ouvriers le jour du deuxième tour, a&Mac222;n de débattre de la question du vote au deuxième tour et permettre ainsi aux travailleurs qui ne sont pas d’accord, qui considèrent — à tort — qu’il y a une différence fondamentale entre Jospin et Chirac, d’y porter la contradiction. Et elles feraient de même au deuxième tour des législatives.

Malgré l’appui des candidats se réclamant de la politique révolutionnaire, l’écrasante majorité de la classe ouvrière, y compris de l’avant-garde, n’a pas rompu avec le réformisme en tant que politique. Ainsi, la grande majorité des travailleurs va toujours voter Jospin au deuxième tour, certains considérant qu’il représenterait un “moindre mal” par rapport à Chirac.

Comme on l’a vu depuis cinq ans, il n’en est rien : pour la classe ouvrière, les attaques menées par “son” gouvernement, avec la complicité des directions syndicales, peuvent avoir des effets démobilisateurs encore pires que les attaques ouvertes menées par un gouvernement de droite.

Tout dépend du niveau de la lutte des classes.

Le deuxième tour nous offre la possibilité de faire front unique avec la majorité de la classe ouvrière, qui garde des illusions, aussi faibles soient-elles, dans les réformistes.

Malgré notre opposition profonde à la politique du PS, nous appelons donc à voter Jospin au deuxième tour des élections présidentielles et PS ou PCF au deuxième tour des législatives.

Ainsi nous pouvons permettre à la majorité de travailleurs, qui gardent leurs illusions dans la gauche plurielle, de mettre cette dernière encore une fois à l’épreuve du pouvoir — et beaucoup plus important, à l’épreuve des combats contre les attaques gouvernementales.

Les cinq ans de lutte des classes que nous avons vécus, le vide politique actuel au sein de la classe ouvrière, qui est la conséquence directe des déceptions et des promesses non-tenues par un gouvernement qui avait en 1997 l’appui de l’écrasante majorité des travailleurs, ont montré l’utilité de cette tactique.

De toute évidence, le processus de création d’une nouvelle direction et représentation ouvrière n’a pas encore abouti — mettant le PS et le PCF à l’épreuve du pouvoir, encore une fois, ne peut que l’aider à arriver à terme. 

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