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13 novembre 2000
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Tous ensemble contre la "refondation sociale" du patronat !

Le Baron de Sellière, dirigeant du MEDEF et patron des patrons, a tout d’un contre-révolutionnaire. Non content de représenter le système économique le plus destructeur et inique que la planète ait jamais connu - l’impérialisme -, il veut plus, toujours plus.

Déjà, grâce à la loi sur les 35 heures, les patrons ont arraché une de leurs vieilles revendications : la flexibilité accrue, à travers l’annualisation du temps de travail. Certes, ils auraient préféré ne pas avoir à accorder les 35 heures pour jouir de cet acquis patronal, mais les subventions financières offertes par le gouvernement ont largement pansé la plaie.

Maintenant, à travers la "réforme" de l’Unedic, ils ont ouvert une brèche dans la structure même des rapports de classe qui existent en France depuis la fondation de la IVe République, au nom de leur "refondation sociale".

Appelons un chat un chat, ou plutôt une attaque une attaque. Le projet du MEDEF, dont la refonte de l’Unedic n’est qu’un avant-goût, est de changer l’équilibre des forces entre patrons et travailleurs.

A leur profit, bien entendu, afin de créer une main d’œuvre flexible et bon marché, avec des droits sociaux réduits, sans CDI, et toujours menacée par la perte de l’emploi ou des indemnisations si elle n’accepte pas les injonctions du patron.

Et sur le fond, le MEDEF peut compter sur la complaisance de l’Union Européenne, et sur la complicité du gouvernement. Il peut aussi prévoir la frilosité des dirigeants syndicaux, voire la collaboration ouverte de certains.

Le débat autour de l’Unedic nous montre clairement ce qui nous attend si le mouvement ouvrier tout entier ne se mobilise pas. Dans un premier temps, le MEDEF et tous les syndicats (sauf la CGT et FO) ont annoncé une refonte de l’indemnisation chômage, marquée en particulier par l’infâme Plan d’Aide au Retour à l’Emploi (PARE), qui obligerait les chômeurs à accepter n’importe quel emploi proposé par les patrons (et non plus par l’ANPE), sous peine de se voir supprimer leur indemnisation.

Devant le tollé des travailleurs, la CFTC retire sa signature dans un premiers temps, et le gouvernement annonce qu’il refusera le projet. Les mois passent, la grogne tombe. Puis le MEDEF et ses alliés au sein de la CFDT reviennent à la charge. Le nouveau projet, paraît-il, est marqué par "un changement total de philosophie". L’ANPE est réintégrée dans le dispositif et... c’est tout.

Mais cela s’avère suffisant pour que Jospin donne l’accord gouvernemental à ce qui constitue une attaque majeure contre les droits des chômeurs. La CGT et FO ont beau crier sur tout les toits leur opposition au projet, ils ne font strictement rien, à part compter... sur le gouvernement, qui, lui, avale tout.

Ayant donc gagné cette première partie - sans réelle bataille de la part du mouvement ouvrier - il ne peut y avoir aucun doute quant à la volonté du MEDEF d’imposer les autres aspects de son projet : abolition des CDI, refonte de la Sécurité Sociale, des retraites et des instances paritaires, etc.

Et là, il faut être clair. En récusant toute attaque patronale, il ne faut pas imaginer que les structures actuelles gouvernant les rapports entre travailleurs et capitalistes soient des acquis ouvriers qui constitueraient une position définitive du prolétariat.

En fait, toutes ces structures ont eu un rôle à jouer dans l’établissement de la paix sociale. De la même façon, les syndicats, à travers leur direction bureaucratique, l’ANPE, l’Unedic, voire la Sécurité Sociale, sont des parties intégrantes d’un système qui intègre la classe ouvrière dans une collaboration de classe. Elles constituent l’expression-même du réformisme à la française.

Mais cette forme, tout comme les besoins patronaux, n’est pas immuable.

Les changements dans les rapports concurrentiels entre les capitalistes et leurs Etats, qu’on peut englober sous l’étiquette de la "mondialisation" expliquent largement pourquoi ce qui pouvait paraître acceptable pour le CNPF hier ne l’est plus pour le MEDEF aujourd’hui.

Les patrons modernes ont besoin de changer les accords qui se trouvent à la base des rapports entre classes, afin d’augmenter leurs profits.

L’erreur, pour les travailleurs, serait de suivre certains de leurs dirigeants syndicaux et politiques, et de limiter leur lutte à la défense de la situation actuelle.

C’est tout simple : si on se mobilise suffisamment fortement pour repousser les attaques du MEDEF et mettre fin à la complicité gouvernementale (et il le faut), il serait criminel de s’arrêter là, de ne pas avancer des revendications positives visant à notre propre refondation sociale, une refondation ouvrière.

Parce que, concernant les droits des chômeurs, le contrôle ouvrier sur l’organisation du travail, ou encore l’ouverture des livres de compte et l’abolition du secret commercial, la situation actuelle laisse à désirer.

Loin de constituer l’horizon indépassable de la condition ouvrière, les structures actuelles ne constituent même pas le minimum vital pour défendre les droits et les intérêts des travailleurs.

Une telle riposte unitaire est loin d’être fantasmagorique. La remontée des luttes, y compris dans le privé, se poursuit au rythme de la diminution du chômage et de l’augmentation des profits.

Guère étonnant qu’après des années de chute du pouvoir d’achat, les travailleurs veuillent rattraper les patrons.

Notre tâche, à l’heure actuelle, est de transformer cette grogne omniprésente en riposte généralisée. Nos dirigeants actuels ne veulent pas le faire, loin de là.

C’est aux travailleurs eux-mêmes d’imposer une telle unité, dans l’action, en envoyant des délégués afin d’étendre tout débrayage à toute l’entreprise, à toute la zone industrielle, à tout le secteur, et enfin à toute la classe.

En nous organisant autour d’un programme d’action, avec pour objectifs non seulement la défense des acquis actuels, mais aussi l’obtention de nouvelles avancées sociales, fondamentales et durables, visant tout le pouvoir des capitalistes et de leurs Etats, en nous forgeant une nouvelle direction révolutionnaire, alors nous pouvons mettre fin aux rêves réactionnaires de Sellière, à la complicité de Jospin et Cie et à la lâcheté de tous nos dirigeants syndicaux.


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