v
pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
13 novembre 2000
pix_transparent
Serbie : révolte ou complot ?

Quelques jours après la manifestation qui a rassemblé plus de 300 000 personnes à Belgrade et a précipité la chute de Milosevic, la nature du soulèvement est mise en question par les médias. Ainsi, le 5 octobre n’aurait été qu’une mascarade organisée par les opposants de toutes sortes à Milosevic, appuyés par les gouvernements occidentaux.

Ces analyses prennent comme point de départ la constatation que la prise du parlement serbe s’est faite sans véritable résistance de la part du pouvoir en place, ainsi que les déclarations du maire de la ville de Cacak, qui se targue d’une planification minutieuse de la journée du 5 octobre et de la prise du pouvoir : "Nous avions un plan, c’était une opération préparée".

D’abord Libération, puis Le Monde s’interrogent sur ce qui s’est passé : "Révolte populaire ou complot bien ourdi ?" titre ce dernier dans un article qui relègue les masses serbes à un rôle de pantin.

Ainsi, Le Monde insiste sur la pression exercée par les occidentaux pour une unification des oppositionnels à Milosevic, et sur leur aide financière ou logistique. Les deux quotidiens s’attardent sur la préparation et les liens des leaders politiques avec les policiers serbes plus ou moins ralliés à leur cause. Tout cela est sans doute bien réel. Mais cela n’explique pas la force du soulèvement, ni son développement.

L’erreur de cette approche de l’Histoire est encore plus flagrante quand on la lit dans les pages d’un journal se réclamant de la révolution. Et pourtant Lutte Ouvrière, devançant d’une semaine Libé et Le Monde, a décrit la chute de Milosevic comme une "victoire électorale suivie d’une mise en scène de soulèvement populaire", servant de caution démocratique aux occidentaux.

Sur ce dernier point, aucun doute. Mais parler de "mise en scène" ! Diriger 300 000 personnes dans la rue, c’est dans ce cas au moins une superproduction !

De plus, pour LO, "Sous l’oeil et la tutelle des impérialistes, ce n’est qu’à une tentative de replâtrage de ce système et de ce régime que l’on assiste, sur le dos des peuples et en jouant avec les aspirations populaires en Serbie".

Ce que LO - tout comme sa "fraction" oppositionnelle - semble ne pas vouloir dire, c’est que le mouvement s’est enclenché avec la grève des mineurs de Kolubara, quatre jours après le premier tour des élections.

En résistant à l’intervention de la police, soutenus par des milliers d’habitants des alentours, ils ont menacé le pays de paralysie et ont servi de détonateur à une grève massivement suivie par les travailleurs serbes.

Mais on ne trouvera rien de pareil dans les pages de LO, tout comme on ne trouve pas d’analyse de ce qui se passait dans les jours qui ont suivi, c’est-à-dire le développement d’un embryon de dualité de pouvoir dans les entreprises alors que les travailleurs du rang ont pris les promesses de changement à leur propre compte et, selon les mots du journal gauchiste le Financial Times, ont créé "des comités de grève, des comités ouvriers", et organisé "des lock-out et des occupations", virant les anciens directeurs.

Malgré les pressions de Kostunica - qui, lui, n’a que faire du changement, sauf à la tête du régime, bien entendu - et sous l’oeil plus qu’inquiet des banquiers occidentaux, la situation perdure à l’heure où nous écrivons même si Kostunica et ses alliés arrivent de plus en plus à colmater la brèche.

Mais le moment était là pour ceux qui voulaient le voir et, s’ils étaient sur place, pour le saisir. La leçon est claire : des "révolutionnaires" qui ferment leurs yeux sur la réalité d’un mouvement parce qu’il ne correspond pas entièrement à leur image de "la" révolution, se réduisent, qu’ils le veuillent ou non, au rôle de commentateurs passifs. Tout comme les journalistes des grands quotidiens.
pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous