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3 décembre 2000
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Vache folle : folie meurtrière
La passe darmes électoraliste entre Chirac et Jospin sur la vache folle a dû dégoûter tout le monde non seulement du boeuf, mais également de la politique. En lespace de quelques jours, la vache folle est devenue une vache à lait pour les politiciens de tout poil.
Dabord, Chirac - cote en baisse depuis le témoignage doutre-tombe de Jean-Claude Méry - décide de redorer son blason en se posant comme le pourfendeur de la viande avariée.
Aimant bien caresser le cul des vaches, il décide de faire main basse sur la vache folle en sommant le gouvernement Jospin dinterdire les farines animales - mesure qui aurait dû être prise dès le début de lépidémie de lencéphalite spongiforme bovine, à la fin des années 80.
Chirac qui, depuis cinq ans quil est au pouvoir, na rien fait pour protéger les consommateurs des méfaits de la mal-bouffe, se réveille tout à coup, dès quil renifle un avantage électoral éventuel. Sa rhétorique cynique ne connaît ni bornes, ni principes. Jospin, ensuite, dont la réponse est tout autant révélatrice. Sentant la sortie de Chirac comme un coup de sabot dans la cohabitation paisible, il sénerve... en privé.
En public, droit dans ses dossiers, Jospin na rien voulu faire, préférant se ranger derrière lavis des "experts" et plaidant surtout en faveur de lavenir de "la filière bovine française". Sur le fond, la santé des consommateurs ne lui importe guère, dès quelle entre en contradiction avec le bien-être de léconomie... capitaliste.
Et Jospin essaie de récupérer les vaches folles à son compte. Il refuse dinterdire les farines, mais accepte leur "suspension". Il donne des cadeaux énormes aux agriculteurs, sans pour autant faire taire la grogne des gourmands de la FNSEA, plus intéressés par leurs subventions que par la nécessité de produire de la nourriture correcte. Enfin il déclare que la viande française est "la plus sûre dEurope".
Sans doute. Sauf que les travailleurs des autres pays dEurope entendent le même son de cloche ! Tony Blair ne dit pas mieux. En effet, chaque gouvernement prétend que "sa" viande est la plus sûre et interdit limportation de viande provenant dautres pays. Chaque premier ministre sen donne à coeur joie, bouffant du boeuf plus souvent quà leur tour, de préférence sous le crépitement des appareils photos. Dans cette affaire, comme dans dautres, on voit lEurope se fissurer, et, au bout du compte, chacun défend... son bifteck.
Et les consommateurs dans tout ça ? Jospin soppose à linterdiction du boeuf dans les cantines scolaires. Le gouvernement octroie des sommes ridicules à la recherche par rapport aux cadeaux dont bénéficient ceux qui sont en grande partie responsables de la crise, cest à dire les grands producteurs agro-alimentaires.
En même temps, nous navons aucune idée actuellement du nombre exact de cas atteints par la variante humaine de lESB, mais une chose est sûre cest que des victimes, il y en aura, et quelles seront de plus en plus nombreuses.
Cette affaire est accablante pour le capitalisme. Au nom du marché, le capitalisme a commencé à utiliser des farines animales pour nourrir des herbivores. Au nom du marché, le gouvernement Thatcher a changé les conditions de fabrication des dites farines, avec comme conséquence des profits plus grands pour les capitalistes, des centaines de milliers de vaches folles à travers le continent, et peut-être, une épidémie touchant jusquà des centaines de milliers dêtres humains.
La peur des consommateurs envers la viande rouge est loin dêtre irrationnelle, comme veut nous le faire croire Jospin. Elle découle de la méfiance croissante dune partie importante de la population face à la mondialisation et à ses effets sur tous les aspects de notre vie quotidienne.
Reste à mettre en oeuvre une politique de contrôle populaire sur la qualité de la nourriture qui, seule, pourrait résoudre cette crise au profit de la population travailleuse, et ceci à léchelle continentale.
Le besoin de planifier la production agricole, sous le contrôle des producteurs et des consommateurs, sans que les grandes sociétés agro-alimentaires aient leur mot à dire, est devenu flagrant. Imposer une telle politique irait de pair avec le renversement du système capitaliste tout entier. Le capitalisme a créé la maladie de la vache folle ; il ne serait que justice quil en soit aussi la victime.
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