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3 décembre 2000
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Défendons nos droits !

Au sommet de Nice, l’Union européenne a mis la question des "droits sociaux" à l’ordre du jour à travers l’adoption de sa "charte des droits fondamentaux". Celle-ci prétend tracer les contours d’une "Europe sociale", différente du capitalisme nord-américain, plus sauvage et moins attentif aux besoins des travailleurs.

Il n’en est rien. L’Europe, en tant qu’impérialisme unifié en puissance, est avant tout l’oeuvre des patrons et de leurs gouvernements, et est entièrement vouée à la défense du capitalisme, coûte que coûte. Son rôle fondamental est de participer à la mise en place du nouvel ordre mondial.

Comment pourrait-il en être autrement ?

Les capitalistes européens sont en guerre commerciale permanente les uns contre les autres et, en tant que bloc politique, contre ceux des USA et du Japon. Dans une guerre tout est permis et avant tout le sacrifice des populations civiles - en l’occurrence, les travailleurs.

Toute la politique européenne, y compris celle débattue autour du sommet de Nice, le montre.

La vague de fusions à l’échelle européenne impulsée par l’Euro l’année dernière a certes donné de la cohérence au visage du capitalisme européen, en créant beaucoup d’entreprises véritablement continentales. Mais celle-ci est limitée en comparaison avec le capitalisme nord-américain.

La Commission, quant à elle, veut réviser l’article 133 du Traité d’Amsterdam dans le sens d’un renforcement de ses pouvoirs au détriment du droit de veto des Etats.

Cette révision vise à rendre obligatoires les accords signés par la Commission avec les instances du capitalisme mondial (par exemple l’accord général sur le commerce des services instigué par l’OMC).

L’Europe n’aura toujours pas de gouvernement élu, mais elle aura bel et bien un appareil exécutif, non-élu celui-ci, capable de passer outre les instances nationales.

Enfin, la fameuse "Charte" n’est qu’un cache-sexe qui ne reconnaît le droit de grève que "conformément aux législations et pratiques nationales", mais qui inscrit le droit absolu à la propriété privée à l’échelle continentale.

La France, dont le gouvernement - il faut s’en rappeler - se réclame de "la gauche", et qui vient de présider l’Europe en fanfare, montre clairement où les impérialistes veulent amener le continent. La rhétorique d’une "Europe sociale" dissimule (mal) l’objectif principal d’une équipe qui cherche à renforcer la rentabilité du capitalisme européen. La flexibilité passe donc avant les besoins de travailleurs.

Ces exemples flagrants le prouvent :
• Les 35 heures à la sauce Aubry : ce qui aurait dû être un acquis ouvrier - la réduction du temps de travail - est vite devenu un cauchemar pour les travailleurs, obligés d’accepter une flexibilité accrue qui permet aux patrons de déterminer la durée hebdomadaire du travail. Le capitalisme français en sort renforcé, les travailleurs, eux, sont affaiblis.
• La restauration du travail de nuit pour les femmes, adoptée par la majorité PS à l’Assemblée au nom de l’égalité. En fait, cette restauration généralise une oppression et une exploitation accrues, dont souffraient déjà les seuls travailleurs hommes, à toute la classe ouvrière. Encore une fois, les patrons sont contents, les travailleurs beaucoup moins.
• La volonté affichée de diminuer les contributions patronales aux caisses de retraites et à la Sécu. La poursuite du Plan Juppé, tant pourfendu en novembre-décembre 1995 (cinq ans déjà!), la proposition de loi Fabius sur l’épargne salariale, avec en arrière plan la menace contre le système de retraites actuel, montrent clairement que la France - comme toute l’Europe - emboîte le pas aux USA, où tout est payant, tout est privé, et le patron est roi.

Evidemment, l’accord de fond sur ces questions est tellement général au sein des partis politiques - malgré l’opposition symbolique du PCF au travail de nuit pour les femmes, par exemple - qu’aucune différence fondamentale ne s’est exprimée lors du récent congrès consensuel du PS. La politique de l’actuel gouvernement de la gauche plurielle, ainsi que les actions de la France lors de sa présidence de l’Union européenne montrent clairement qu’il n’y a rien à attendre des partis réformistes. Comme toujours, ils font le sale boulot du capital.

La réponse à la mondialisation et à l’offensive néo-libérale dans les pays de l’Europe ne se trouve pas non plus dans un retour vers "une Europe des nations", dans un refus en soi du processus d’intégration. De tels pays seraient obligés de mener une politique d’austérité brutale afin de se faire concurrence entre eux d’une part, et de concurrencer les USA et le Japon d’autre part.

Il serait également erroné d’imaginer qu’en domptant le capitalisme, en réduisant les sociétés à échelle humaine, on pourrait trouver une solution durable.

Il s’agit là d’une vision utopiste avancée au dix-neuvième siècle par Proudhon, et qui ne résiste pas longtemps à la dure épreuve des faits : tels des piranhas, une floppée de petites sociétés capitalistes finissent rapidement par n’en former que quelques-unes, très grosses et repues, ayant bouffé leurs concurrents.

Cette concentration du capital est une loi de la jungle capitaliste.

Non, la seule solution est que les travailleurs prennent leurs affaires en main, à commencer par les luttes quotidiennes dans les entreprises, mais aussi qu’ils participent activement à la vague de mobilisations contre la mondialisation.

En s’organisant à la base, en créant ses propres instances de lutte - comités de grève, milices ouvrières, comités de quartier - en élisant ses représentants et en renouvelant de fond en comble ses organisations syndicales traditionnelles, la classe ouvrière européenne a les moyens de changer totalement la situation, de repousser une fois pour toutes l’offensive néo-libérale et de balayer les organisations réformistes qui sont de véritables obstacles à la libération des travailleurs.

Une telle politique exige à la fois parti et programme. Le parti révolutionnaire qui nous a fait tant défaut au XXe siècle doit être créé dès que possible afin de servir le prolétariat français et européen dans le XXIe siècle.

Il doit mettre au coeur de son programme l’auto-organisation et la puissance du prolétariat, l’action des masses et la démocratie ouvrière la plus complète. Il doit rejeter toute forme de nationalisme - y compris celui de l’Europe, pas encore né - adoptant une politique résolument internationaliste, communiste et révolutionnaire.


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