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3 décembre 2000
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Grève générale en Argentine

A la fin du mois de novembre, l’Argentine a été secouée par sa troisième grève générale depuis un an. Des millions de travailleurs - jusqu’à 90% de la population ouvrière - ont protesté contre la politique d’austérité que menace d’imposer le nouveau gouvernement de Fernando De la Rua, au pouvoir depuis un an.

Ecoles, hôpitaux, usines, transports et banques ont tous été fermés lors de ce mouvement qui visait à la fois le gouvernement mais aussi les effets catastrophiques sur l’économie de l’exploitation impérialiste.

En effet, tandis que les pays impérialistes continuent de baigner dans la reprise - quoique un peu ralentie aujourd’hui - les pays dominés par l’impérialisme souffrent toujours de la politique d’austérité imposée par le FMI.

L’Argentine, l’un des plus riches pays d’Amérique latine, vivant sous la botte des instances du capitalisme mondial, est écrasée par le poids de la dette contractée auprès des banques impérialistes.

C’est par crainte que l’Argentine ne puisse plus payer la dette que le FMI a proposé une nouvelle tranche d’aide de 20 milliards de dollars. Mais, comme toujours, il a exigé une contrepartie : un nouveau projet d’austérité visant :
• des limitations sur les dépenses publiques pendant cinq ans
• l’abolition du système de retraite actuel
• l’augmentation de l’âge de la retraite pour les femmes à 65 ans.

Cette attaque en règle vient après une augmentation des impôts, une baisse des salaires des fonctionnaires et une "réforme" réactionnaire des lois sociales.

L’Argentine connaît depuis deux ans une récession économique, et son taux de chômage atteint 15,8%.

La situation catastrophique que vivent les masses argentines - pauvreté, chômage, perte des droits sociaux - les pousse à entrer dans l’action, de manière plus radicale que par le passé.

La grève de 36 heures, qui a commencé à midi le 23 novembre, a été appelée par les trois grands syndicats argentins - la CGT officielle, la CTA et la CGT dissidente.

Cette dernière est la centrale la plus combative, dirigée par le péroniste Hugo Moyano, secrétaire général des camionneurs. Au début, la CGT officielle avait refusé d’appeler à la grève, mais elle a rejoint le mouvement une fois que la grogne a pris une ampleur évidente.

A la différence des grèves générales précédentes, où la bureaucratie syndicale a fait en sorte que les travailleurs restent chez eux, cette fois les syndicats ont organisé une grève active, avec manifestations, "caceroladas" (manifestations de femmes tapant sur leurs casseroles vides pour dénoncer l’austérité) et piquets de grève. Les grévistes ont organisé des barrages sur les routes, les ponts et les rues de Buenos Aires et dans d’autres régions.

Depuis l’arrivée au pouvoir de De la Rua il y a un an, plusieurs grands mouvements ont eu lieu. Au début de l’année il y a eu la lutte du peuple de Corrientes au nord-est du pays, et au début du mois de novembre la population de Salta, au nord-ouest du pays, a commencé un mouvement contre le chômage, qui a été brutalement réprimé par la police.

En effet, c’est la mort d’un manifestant, Anibal Veron, père de cinq enfants, licencié d’une entreprise qui lui devait huit mois de salaire, tué par la police de Salta alors que les manifestants coupaient une route, qui a mis le feu aux poudres.

Dégoûtés par la violence policière contre un travailleur qui ne cherchait qu’à avoir son dû, les travailleurs argentins ont participé massivement à la grève.

Malgré les aspects radicaux du mouvement, en partie appuyé par l’appareil syndical, il est évident que la bureaucratie syndicale péroniste, qui domine la classe ouvrière argentine depuis 1946, constitue le frein principal au développement des luttes des travailleurs argentins.

Ces dirigeants n’ont pratiquement pas bougé pendant les 10 ans du gouvernement péroniste de Menem, principal responsable de la politique de privatisation sauvage instaurée en Argentine depuis 1990, à l’instigation du FMI et de la Banque Mondiale.

Pour véritablement changer la situation, les travailleurs argentins auront besoin de formes de luttes et d’auto-organisation encore plus radicales que celles utilisées lors de cette grève générale.

Ils devront en particulier régler leurs comptes avec la direction syndicale actuelle, afin de rendre les syndicats réellement au service des travailleurs et de construire leur propre parti de classe, voué au service de la classe ouvrière et des pauvres et férocement opposé au capital, qu’il soit argentin ou impérialiste.


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