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11 décembre 2000
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Michelin et les 35 heures : les patrons sont gonflés !
Partout dans le pays, limposition des 35 heures à la sauce Aubry conduit à des attaques importantes contre les conditions de travail. Chez Michelin, lune des plus importantes entreprises privées du pays, les négociations autour des 35 heures durent depuis un an. Treize réunions ont eu lieu entre direction et syndicats, pour trouver un accord sur cette question.
Pour la direction, le passage aux 35 heures est tout bénéfice, celle-ci profitant dun mode de calcul de la RTT contesté à juste titre. Celui-ci prend pour base le temps de travail "effectif", cest à dire sans les pauses. De plus, la direction propose un maximum de dix jours de congés supplémentaires dégagés par les 35 heures.
Enfin, pour Michelin, les 35 heures sont loccasion de maintenir le travail le samedi, voir de pouvoir augmenter le nombre de samedis travaillés (15 actuellement). En fait, cest toute une série davantages acquis par les luttes que remet aujourdhui en cause la direction de Michelin.
Face à ces attaques en règle, les syndicats nont initialement appelé quà des initiatives ponctuelles, en particulier à des horaires de débrayage, la veille des réunions syndicats-patronat. De quoi laisser sur leur faim les travailleurs toujours présents devant lusine, et décidés à vraiment en découdre avec la direction.
Mais depuis le début doctobre, les travailleurs, se gardant bien dattendre un quelconque appel syndical, organisent des blocages, des manifestations, et des débrayages spontanés. Par exemple, le vendredi 27 octobre, plusieurs centaines de travailleurs se mettent en grève, bloquant lentrée des usines, brûlant des pneus à lextérieur, les équipes de jour relayant les équipes de nuit. Et ceci sans aucune consigne syndicale. Devant le mécontentement grandissant, et face à la déclaration de Michelin, annonçant un ultimatum dans les négociations, une manifestation dampleur se déroule le 8 novembre, mobilisant plus de 3000 travailleurs jusque devant la préfecture.
Cette fois, tous les syndicats participent - CGT, FO, CFTC et CFDT. Mais avec des revendications différentes. Concernant la question des jours de congés supplémentaires pour les salariés "postés", la CFDT en réclame 22, et la CGT 34 (la direction nen accordant que 10).
Cette mobilisation dampleur produit son effet, et fait peur à la direction, montrant ainsi lefficacité des actions coordonnées et de masse. Michelin, devant cette grogne, utilise la bonne vieille méthode du chantage : si les syndicats ne veulent pas signer laccord proposé, alors plus question denvisager la création de 1000 postes, plus de départs en préretraite à 56 ans, et une augmentation ridicule des salaires. La direction est bien pressée den finir avec les négociations, voyant le malaise augmenter, et les travailleurs déborder les syndicats.
De plus, Michelin, peut-être pour faire perdurer le mythe de lentreprise "familiale", propose un référendum sur la question des 35 heures. Bien sûr, cette brillante idée née dans les cabinets de consultants en management et ressources humaines consiste à donner formellement un droit de parole aux ouvriers, qui sont les premiers concernés. Mais cette "habile" tactique vise simplement à légitimer les propositions de lentreprise Michelin, sous couvert dun "accord" de la majorité des travailleurs.
Loin de faire preuve dun quelconque souci de respect vis-à-vis des travailleurs, Edouard Michelin, fils et patron affirme ce que la plupart des travailleurs ont compris depuis longtemps : "Le patronat de papa cest fini, avec la mondialisation seule lexigence des marchés compte". En effet. Cest pourquoi les travailleurs des sites français de Michelin doivent impérativement nouer des liens de solidarité avec ceux des autres sites à travers le monde. Certes, les 35 heures représentent un problème hexagonal, mais les conséquences se feront sentir partout dans lentreprise, à léchelle internationale.
Michelin représente lillustration même des effets des 35 heures au niveau national, et des moyens de les combattre. Au lieu de se prononcer contre les propositions du patronat, les syndicats (désunis), écoutent et négocient, voire, quand cest plus que nécessaire, râlent et agissent.
Comme cest déjà arrivé dans dautres entreprises, les salariés de Michelin nont pas attendu leurs syndicats pour manifester contre les 35 heures.
Par contre, ils sont en droit dattendre de leurs syndicats quils sorganisent réellement contre les attaques en cours, par une mobilisation forte, massive et solidaire. Mais sous le contrôle des grévistes, et non pas celui des seuls dirigeants syndicaux !
En effet, les seules actions spontanées ne peuvent faire plier réellement le patronat dans sa campagne de déstabilisation des acquis ouvriers.
Seule une riposte globale, à lappel de tous les syndicats, et relayée par une grève générale illimitée pourra contrer la direction de Michelin et imposer une véritable réduction du temps de travail, dans lintérêt des travailleurs.
Un tel mouvement relayé et appuyé à léchelle internationale, repousserait non seulement lattaque actuelle de la direction, mais créerait les bases dune nouvelle donne au sein de lentreprise, les travailleurs prenant la place du conducteur.
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