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21 janvier 2001
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Debout, les forçats de la toile !

Bizarre, bizarre. Le capitalisme invente la plus grande avancée dans la communication depuis le livre (Internet), les cours surévalués des actions de la "nouvelle économie" alimentent une énorme bulle spéculative, et nous sommes censés être entrés de plein pied dans une ère nouvelle. Et puis, quand on regarde de près, la "nouvelle économie" ressemble férocement à l’ancienne.

Certes, les travailleurs des start-up sentent plutôt la pizza froide et le coca tiède que le cambouis, mais les valeurs qui priment au sein des sociétés de la nouvelle économie sont en fait celles de l’avant-dernier siècle.

Ainsi, dans les centres d’appel - qui constituent une part croissante de la création d’emplois dont se vante le gouvernement - les conditions du travail sont terribles. La flexibilité imposée d’office par la direction oblige souvent les travailleurs à couper leur journée de travail en plusieurs périodes, multipliant ainsi les temps de trajet, voire conduisant à un emploi du temps plein de temps morts. La formation est souvent inexistante, et les salaires frôlent le SMIC.

Face donc à un patronat qui ne se révèle pas cool du tout mais plutôt gourmand de profits (quoi de plus normal, après tout !), les travailleurs ont dû se replier sur quelque chose d’aussi "démodée" que l’organisation syndicale et l’action ouvrière. Le côté interactif en plus, bien entendu.

Ainsi, depuis le mi-décembre, les travailleurs de Freesbee, fournisseur d’accès à internet, sont entrés en conflit avec leur patrons... en direct, sur un site web (http://ledb.free.fr).

Suite au rachat de Freesbee par un concurrent, Liberty Surf, la direction veut délocaliser vers Bordeaux 90 personnes du centre d’appel, actuellement basées à Paris. Naturellement, les travailleurs ne sont pas d’accord. Pour faire pression sur la direction afin de gagner un véritable plan social permettant un reclassement avantageux des travailleurs, les salariés et la CFDT ont lancé leur site web.

En effet, tout comme les travailleurs, les syndicats ont commencé à comprendre que la lutte des classes passe aussi par les mailles du web. Ainsi SUD a commencé à créer une section chez Amazon.fr, FO s’est implantée à Club Internet et la CFDT, qui dit représenter 10% des entreprises de plus de 10 salariés dans le secteur, un peu partout.

En même temps, les syndicats ont compris que la communication électronique peut jouer un rôle important dans la mobilisation. Déjà, la transmission par e-mail des informations sur des luttes fournit une source importante pour les militants. Et les sites web des syndicats peuvent - s’ils sont bien faits et régulièrement mis à jour - constituer le point de départ des prises de contact, voire d’organisation.

Mais dans le nouveau monde de la communication, comme dans l’ancien, il ne suffit pas de transmettre une information - par e-mail ou par tract - tout comme il ne suffit pas de la recevoir - en regardant une page web ou en lisant un journal. L’essentiel, c’est l’organisation et l’action que permet une telle information.

Et là, les syndicats ont du chemin à faire. Ce n’est pas seulement leurs moyens de communication qui sentent la poussière, c’est avant tout leurs moyens d’organisation et leur politique. Trop liés à une politique de négociation patronale, trop bureaucratiques, ils ne représentent plus depuis longtemps un pôle de mobilisation attirant pour les travailleurs.

C’est donc plutôt par défaut que les travailleurs de la nouvelle économie se sont tournés vers eux. Le défi, à la fois pour les militants syndicaux qui veulent réellement lutter pour les intérêts des travailleurs, et pour les salariés de la nouvelle économie qui veulent défendre leurs droits, sera de transformer toute la pratique et la politique des syndicats pour qu’ils combattent de façon conséquente et démocratique le capitalisme et ses méfaits, qu’il soit basé sur la nouvelle économie ou l’ancienne.


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