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21 janvier 2001
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Où va l’économie américaine ?

L’économie qui domine la planète, celle des USA, glisse lentement vers une récession. Au dernier trimestre 2000, tous les chiffres montraient une lente chute. La croissance est passé de 5% il y a un an à 2% au mois de septembre. Aujourd’hui elle doit avoisiner 1% et les principales sociétés de la "nouvelle économie" prévoient une baisse substantielle des profits. Et l’ancienne économie n’est pas en reste : General Motors prévoit 20 000 pertes d’emploi, alors que la chaîne de magasins Montgomery Ward a licencié 37 000 travailleurs et a fermé ses 250 magasins.

Pendant neuf années consécutives et jusqu’au début de l’année dernière, les USA ont connu une expansion sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale. Et puis, couac. Que se passe-t-il ?

Depuis le mois d’avril, Wall Street perd de la valeur, conduisant à une perte de 10% sur l’année. Le NASDAQ, le marché des valeurs technologiques, a perdu quant à lui 50% de sa valeur, entrainant dans sa chute des fleurons du commerce électronique.

FAinsi Amazon.com a vu son cours passer de 91,5 dollars au début de l’an 2000 à 13,8 dollars en janvier 2001, alors que e-Toys, vendeur de jouets sur internet, est au bord de la faillite, avec son cours à seulement 20 cents !

Il est assez significatif que ce soient des grandes sociétés de biens de consommation qui se cassent la figure : c’est la répercussion de la chute de la consommation des ménages suite à l’effondrement de Wall Street.

Dans le pays du dollar, presque la moitié des ménages possèdent des actions. En 1999, la somme représentée par cet actionnariat "populaire" atteignait un chiffre astronomique - 5,5 mille milliards de dollars ! Et 5% de cette somme - un montant tout de même colossal - ont été utilisés pour des dépenses ménagères sur des nouveaux biens et services, secteur qui représente les deux tiers de la croissance aux Etats-Unis.

Avec un peu de retard, les dépenses des ménages ont suivi les cours de la bourse dans sa chute libre. Les salaires n’ayant pas augmenté pendant les années 90, et l’épargne étant quasi-inexistante, l’impact sur la croissance était inévitable.

En conséquence, une grande partie des sociétés nord-américaines se trouvent dans le pétrin. Leurs revenus baissent, et en même temps elles sont endettées jusqu’au cou. Ce qui, de toute évidence, n’est pas rassurant pour les banques qui détiennent ces prêts dont certains ne seront jamais remboursés.

En effet, selon "The Economist", hebdomadaire britannique, les banques ont regardé de près leurs dossiers et en sont devenues blêmes. Afin d’empêcher une récession, la Banque Fédérale de Réserve a baissé les taux d’intérêts, espérant ainsi négocier ce que les économistes appellent un "atterrissage doux", au lieu d’un krach catastrophique.

Mais le fait que la Bourse soit toujours surévaluée, que bon nombre de crédits ne seront jamais remboursés et que les profits continueront à baisser laisse fortement supposer que les impérialistes ont du pain sur la planche.

Bien entendu, la seule superpuissance de la planète détient des réserves énormes qu’elle peut utiliser afin de limiter la récession qui s’annonce. Les années de croissance ont transformé les finances gouvernementales, qui présentent aujourd’hui un solde largement positif.

Le nouveau Président Bush veut imposer des diminutions d’impôts principalement en faveur des sociétés, en espérant endiguer la chute de la consommation. En même temps, la perte de valeur du dollar, si elle se poursuit, augmentera les exportations US, diminuant ainsi la part de la consommation interne dans le moteur de l’économie. Enfin, dans l’absence d’une riposte ouvrière d’envergure, les patrons pourront faire payer la crise aux travailleurs, principalement par une nouvelle vague de licenciements.

Si la possibilité d’un krach massif, comme en 1929, n’est pas à exclure, il semble plus probable que l’on se dirige vers une lente récession, comme celle qui a frappé le Japon depuis le début des années 90, principalement pour les mêmes raisons - les effets d’une énorme bulle spéculative.

Mais il ne faut pas sous-estimer la puissance des impérialistes nord-américains. Déjà, en 1998, au moment de l’effondrement des bourses dans le Sud-Est asiatique, bon nombre d’observateurs - y compris nous-mêmes - s’attendaient à ce que la "contagion asiatique" touche le géant impérialiste et que l’économie mondiale tombe rapidement en récession. Il n’en fut rien.

En quatre étapes, les USA ont bien tiré leur épingle du jeu :
• La Banque Fédérale a diminué les taux d’intérêt, sauvant ainsi les sociétés les plus touchées par l’effondrement des marchés asiatiques.
• Le FMI, aux ordres des USA, a sauvé les économies les plus puissantes qui risquaient de suivre la voie asiatique - le Brésil, la Corée et la Russie.
• L’argent qui a fui les bourses d’Asie a atterri à Wall Street, où il est rapidement entré dans la bulle spéculative qui se constituait autour de la nouvelle économie. De janvier 1999 à avril 2000 la bourse nord-américaine a flambé, conduisant à une vague de fusions et d’OPA, et à l’investissement dans des équipements nouveaux.
• A partir de 1996 la productivité a commencé à augmenter grâce aux innovations technologiques. Les attaques massives et systématiques menées contre le prolétariat nord-américain depuis plus de 20 ans ont permis aux capitalistes de refuser toute augmentation de salaires, et donc de renforcer les profits et de réduire la pression inflationniste.

Aujourd’hui, les politiciens comprennent que la période expansionniste est peut-être terminée, mais ils ne comprennent pas pourquoi. En effet, les économistes officiels ne peuvent pas comprendre la crise parce qu’ils refusent d’accepter que la source réelle de la richesse n’est pas la vente des marchandises, mais le travail effectué par les salariés. Ce fait élémentaire leur échappe pour la simple raison que si on comprend ceci, on comprend aussi que le capitalisme est un système foncièrement instable.

Voici l’explication. Les capitalistes investissent dans la technologie afin de maximiser leur capacité de concurrence. Ils peuvent ainsi produire des marchandises moins chers que d’autres capitalistes, renforçant ainsi leurs profits et, si possible, leurs parts de marché.

Au bout d’un certain temps, cette poussée expansionniste conduit à la suraccumulation du capital - le marché étant saturé, le capital (représenté par des machines et des stocks) est supérieur à la valeur produite par la vente de la production.

C’est ce qui s’est passé en 1997 dans le Sud-Est asiatique, après six années pendant lesquelles cette région a attiré 40% des investissements planétaires.

Les dettes des entreprises et des gouvernements étaient si élevées qu’elles n’auraient jamais été remboursées, vu la saturation du marché des voitures, des ordinateurs et de l’électroménager (les principaux produits de la région). Craignant de tout perdre, les investisseurs et les banques se sont retirés, précipitant le krach.

Et c’est aussi ce qui se profile aux USA aujourd’hui.

Si récession il y a, on peut s’attendre à une bataille idéologique assez importante. Normalement, patrons et gouvernements mettent les crises sur le dos de l’action des travailleurs - ces derniers, incorrigibles sceptiques, refusant les délocalisations, exigeant des hausses de salaires, rejetant la flexibilité.

Mais aux USA, la classe ouvrière a subi tellement d’attaques gouvernementales et patronales que personne n’oserait dire qu’elle est responsable de la crise qui se profile.

Parfois, ils expliquent leurs crises par des facteurs "externes", tels la hausse du prix de pétrole. Mais jusqu’en 1998 le prix du baril était très bas, et la hausse importante qui est survenue depuis a eu lieu après la chute de Wall Street, et n’en était pas la cause. Qui plus est, le prix a rapidement diminué et est depuis tombé à des niveaux "normaux".

Cette fois-ci, les capitalistes auront du mal à trouver un bouc émissaire.

Le néo-libéralisme domine toute l’économie mondiale, permettant au capitalisme de fonctionner sous une forme assez "pure", sans trop d’intervention étatique. Qui alors serait responsable d’une crise éventuelle, sinon le système lui-même ?


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