pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
4 février 2001
pix_transparent
Côte d’Ivoire : la crise continue

Les événements qui se déroulent en Côte d’Ivoire l’amène chaque jour au bord d’une guerre civile qui risque d’entraîner les pays voisins dans une guerre ethno-religieuse.

Depuis plusieurs semaines, les violences se sont multipliées, aggravées au début du mois de janvier par une tentative de coup d’Etat, attribuée par le régime aux "gens du nord", aux "étrangers", aidés par "les pays voisins", pendant laquelle des centaines de soldats ont voulu prendre le contrôle de plusieurs bâtiments-clés.

Depuis, l’hostilité envers la population musulmane du nord du pays, d’où vient Alassane Ouattara, - ancien premier ministre exclu des récentes présidentielles à cause de sa nationalité "douteuse" et bête noire du régime de Laurent Gbagbo - a pris une ampleur inquiétante. En même temps, le discours gouvernemental, évoquant la complicité des pays voisins, a monté les Ivoiriens des grandes villes contre "les étrangers".

Abidjan, la plus grande ville du pays, est saisie d’une fièvre xénophobe : des étudiants, encouragés par le parti de Gbagbo, le Front Populaire Ivoirien (FPI), et aidés par la gendarmerie, harcèlent et agressent les ressortissants des pays voisins, tel que le Burkina Faso, réclamant leur départ de Côte d’Ivoire.

Des actions similaires se sont déroulées dans d’autres villes, alimentées par de fausses rumeurs sur la mort d’étudiants ivoiriens provoquée par "des étrangers".

Dans le nord du pays, où habite un tiers de la population, de jeunes partisans de Ouattara sont déjà descendus dans la rue l’année dernière pour manifester leur colère suite à la décision de la Cour suprême d’invalider la candidature de leur leader aux élections présidentielles.

Cette décision était ressentie comme une mise en cause de la citoyenneté de toute la communauté dioula (les musulmans du nord du pays). En conséquence, les élections législatives du mois de décembre ont été largement boycottées dans le nord, suite à l’appel du RDR (Rassemblement des Républicains - parti d’Alassane Ouattara).

A l’époque, des attaques meurtrières avaient déjà eu lieu contre les gens originaires du sud, pour la plupart des chrétiens. Des jeunes du RDR, dont certains ont même soulevé la possibilité de diviser le pays pour "régler" le problème, évoquaient la possibilité d’un boycott "mouvementé". Les élections se sont déroulées dans un calme relatif, mais la tension n’a fait qu’augmenter.

Aujourd’hui la situation a empiré. La chasse aux "étrangers" s’ajoute à une instabilité politique qui dure depuis plus d’un an.
Cette instabilité est alimentée par Gbagbo, à grand renfort de gesticulations démagogiques, faute d’un programme politique capable de satisfaire les revendications fondamentales de la population (stabilité, arrêt de la chute du niveau de vie).

Une fois au pouvoir, Gbagbo a tourné le dos à ses anciens alliés du RDR de Ouattara, avec qui il avait pactisé un temps pour faire face à la dictature de Henri Konan-Bédié, chassé en décembre 1999.

Tout comme ses prédécesseurs, Gbagbo utilise la xénophobie afin détourner l’attention de la population de la crise économique qui secoue le pays. Cette crise est elle-même le produit conjugué de l’exploitation impérialiste et de la corruption cynique de grande envergure de l’administration et des forces politiques.

L’activité économique continue de chuter. Tant que la situation interne ne s’améliorera pas, il n’y aura aucune possibilité de reprise de l’investissement. L’absence quasi-totale de recettes dans les caisses de l’Etat renforce les conflits dans le secteur public.

Les fonctionnaires ont fait grève plusieurs fois ces dernières années. Plus récemment, ce sont les enseignants qui étaient en grève illimitée afin d’obtenir le paiement des contributions sociales. Malheureusement la tentative de coup d’Etat a eu un effet démobilisateur sur le mouvement. De quoi alimenter les rumeurs d’orchestration du coup par le gouvernement, afin de renforcer sa mainmise sur la population du sud.

En même temps, des fissures ont commencé à apparaître au sein de la nouvelle alliance entre le FPI de Gbagbo et le PDCI, le parti de l’ex-Président Konan Bédié, déchu par le coup d’Etat du Général Gueï.

Le bureau politique du PDCI a annoncé que son parti ne comptait pas siéger au parlement sans qu’il y ait eu des élections partielles dans le nord, indiquant son souci de "préserver l’unité nationale et l’intégrité du territoire", ce qui a suscité des accusations de manoeuvre politique.

En effet, étant donné le rôle joué par le PDCI du temps de Bédié dans l’ostracisme politique de Ouattara, accusé de ne pas être "100% ivoirien" et donc mis hors jeu pour les élections présidentielles, ces accusations de manoeuvre ne sont sûrement pas sans fondement.

Il s’agit peut-être d’une tentative désespérée de la part du PDCI de regagner le terrain perdu depuis le renversement de Bédié par le Général Gueï et d’apparaître comme la seule force capable d’unifier le pays et d’attirer les investisseurs étrangers.

En tout état de cause, la "démocratisation" de la Côte d’Ivoire, déclenchée après la mort d’Houphouët-Boigny en 1993 qui a soigneusement protégé les intérêts de l’impérialisme français pendant plus de 30 ans, semble être déjà morte.

Comme dans d’autres pays africains, la "transition démocratique" n’a été qu’un prétexte pour l’ouverture plus directe aux marchés libéraux, et donc à la concurrence néo-libérale. Les conséquences en sont similaires : chute brutale du niveau de vie des travailleurs et des paysans, salaires non-payés dans la fonction publique ; tandis que les élites politiques, faute d’une plate-forme politique cohérente, ont recours à la xénophobie pour garder leur base électorale dans la population.

Gbagbo, tout comme le Général Gueï avant lui, a promis de créer des conditions institutionnelles pour que la Côte d’Ivoire puisse poursuive son chemin "démocratique" et sortir de sa crise prolongée. Tout comme le Général Gueï, il n’a pas tenu ses promesses.

Au contraire, ce sont les dirigeants et les militants du FPI qui ont alimenté la crise. Malgré les appels du gouvernement pour que cessent les attaques contre "les innocents", c’est bel et bien le FPI qui, une fois au pouvoir, a refusé de mettre fin à la mise en cause de la citoyenneté de Ouattara, et en conséquence, de celle de tout le peuple dioula du nord du pays.

Et ce sont les militants du FPI qui descendent dans la rue en scandant "Burkinabés, on n’en veut pas". Les rumeurs impliquant des pays frontaliers du nord de la Côte d’Ivoire dans la tentative de coup d’Etat n’ont fait qu’élargir le champ des victimes potentielles de la xénophobie.

Le FPI fait partie de l’Internationale Socialiste. Ses dirigeants ont assisté aux congrès du Parti Socialiste français, ainsi qu’à ceux du PCF. Le fait que ces partis ont refusé de condamner l’action de Gbagbo est plus que parlant, tout comme le fait que le Parti Socialiste a rapidement reconnu la victoire du Laurent Gbagbo aux élections présidentielles, malgré l’exclusion de la plupart des candidats et un boycott assez fort.

Evidemment, les bonnes relations entretenues entre le FPI et le PS, avec en toile de fond les rapports économiques impérialistes, comptent plus que la démocratie en Côte d’Ivoire.

Le fait que Ouattara représente plus ouvertement les intérêts de l’impérialisme américain en tant qu’ancien directeur du FMI, n’est sûrement pas étranger à l’affaire non plus.

Pour rompre ce cercle vicieux des violences ethno-religieuses, il faut la mobilisation de la classe ouvrière toute entière, contre les affrontements, contre les attaques envers les étrangers et pour de nouvelles élections à une Assemblée constituante, défendue par les organisations armées des travailleurs et des paysans.

De cette manière, les revendications indépendantes des travailleurs peuvent rassembler tous les exploités et les opprimés de toutes les communautés.

Ceci créerait les conditions pour la création d’un nouveau parti politique, un parti des travailleurs qui, par son indépendance de classe et à travers un programme révolutionnaire, pourrait faire face à la xénophobie, aux manoeuvres cyniques des partis actuels et à l’exploitation impérialiste qui est fondamentalement responsable de la situation actuelle.


Haut



pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous