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25 mars 2001
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Derrière la diminution du chômage : la précarité

Le gouvernement n’arrête pas de se vanter de la diminution du chômage, en particulier de la baisse d’un million de demandeurs d’emploi en quatre ans. Celle-ci touche toutes les catégories, y compris les deux secteurs qui, par le passé, ont résisté aux effets de la reprise - les chômeurs de moins de 25 ans (-17,9% en un an) et les chômeurs de longue durée (-25,5% sur la même période).

Derrière les chiffres, par contre, une réalité moins rose se profile. D’abord, les chiffres en question sont en partie trafiqués. Ils font référence aux demandeurs d’emploi, et non pas au chômeurs. 500 000 chômeurs ont été radiés des listes de l’ANPE, sans que le moindre emploi ait été créé !

Mais il est également évident que la diminution du chômage est bien réelle : des emplois sont créés, des travailleurs, en particulier des jeunes, peuvent trouver un emploi là où, l’année dernière c’était carrément impossible. Dans certains secteurs - informatique, électronique, bâtiment, voire la métallurgie - les patrons manquent de main d’oeuvre, à tel point que certains politiciens (de droite !) ont même soulevé la possibilité d’inaugurer une nouvelle vague d’immigration afin de combler les manques.

Pourtant, ce genre de situation n’est pas la règle : une partie croissante des emplois proposés ne sont pas des postes bien rémunérés, exigeant une bonne formation. Il s’agit plutôt d’emplois précaires - CDD, intérim, emplois jeunes - taillés avant tout pour des jeunes ou d’autres travailleurs obligés de bosser pour un salaire de misère dans des conditions difficiles. Ces dernières ont souvent été aggravées à cause de la flexibilité liée à l’annualisation du temps de travail, permise par les lois Aubry sur les 35 heures.

De plus le nombre d’emplois précaires augmente - selon l’INSEE ils représentent plus de 12% des emplois, contre 7,7% il y a 10 ans. Même dans les grandes entreprises, le nombre de précaires peut atteindre une proportion délirante - par exemple, la CGT de Citroën-Aulnay vient de dénoncer le fait qu’autour de 30% des ouvriers sur le site sont des intérimaires.

Pour les patrons, les 35 heures et l’utilisation croissante de l’intérim ou des CDD ne font qu’une lorsqu’il s’agit d’augmenter la flexibilité. L’objectif est simple : permettre au capital d’exploiter les travailleurs dans le temps voulu et au degré nécessaire pour rentabiliser l’investissement, peu importe les droits des travailleurs, leurs conditions de travail ou leurs salaires.

Si l’intérim, les CDD et les emplois jeunes sont les moyens préférés par l’industrie et par le secteur public afin d’imposer la précarité, il existe aussi des secteurs entiers qui fonctionnent sur ce système d’emploi.

L’exemple le plus clair, c’est la restauration rapide - McDo, Pizza Hut et autres Quick. Le cas de McDonald’s est caractéristique : les jeunes sont usés, payés au SMIC, employés à temps partiel et rendus corvéables à merci, les patrons sachant pertinemment qu’ils ne resteront pas.

En effet, un salarié McDo reste en moyenne un peu plus d’un an dans son poste. Et le patronat s’en fout, parce que, vu le chômage des jeunes et le manque d’argent qui touche des centaines de milliers d’étudiants, il sera toujours possible de remplacer le partant avec de la chair fraîche.

Particulièrement gonflés, les patrons considèrent qu’en exploitant les jeunes ainsi, ils leur rendent service ! Ainsi, le Directeur des Ressources Humaines chez McDonald’s ose affirmer :
"McDo n’est pas le problème, mais la solution. Ce n’est pas la restauration rapide qui engendre la déqualification. Au contraire, il faudrait plus d’emplois de ce type pour insérer massivement les jeunes peu qualifiés."

McDo n’engendre peut être pas la déqualification, mais chez "Ronald" la formation est nulle et les emplois disponibles sont avant tout... ceux qui n’exigent aucune qualification.

Et si l’on mettait en oeuvre un véritable programme de formation pour permettre aux jeunes sans qualification de trouver un emploi décent et bien rémunéré ?

Rien de plus loin de la pensée de ce DRH... et de celle du gouvernement Jospin. En effet, le gouvernement, tout comme le patronat, compte sur la précarité afin d’assurer la baisse continue du chômage - et la hausse des profits.

Et pourtant, justement parce que ces sales jobs se trouvent littéralement au coin de chaque rue de chaque grande ville, les patrons de la restauration rapide se trouvent face à une main d’oeuvre moins docile qu’ils ne l’avaient espéré. La reprise ne profite pas seulement aux patrons, elle peut aussi donner confiance aux travailleurs !

Ainsi, depuis quelques mois, les employés des boîtes de restauration rapide se sont rebiffés :
• Au mois de décembre, les jeunes de McDo Paris St Germain, appuyés par divers syndicats, se mettent en grève. Après 14 jours de grève, ils font plier la direction et gagnent, entre autres, une prime de Noël de 500F.
• Dans la foulée, encore à Paris, Pizza Hut Opéra, le plus important du pays, débraye. Ils arrachent, entre autres, une augmentation des salaires et une prime de 1500 F.
• Enfin, à Pizza Hut Rouen, en mi-janvier, les jeunes font grève et gagnent de meilleurs conditions de sécurité, et de nouvelles mobs vérifiées toutes les semaines.

La leçon pour tous les travailleurs est claire : si des jeunes de ce secteur, sans tradition militante, parfois presque sans organisation, ont pu lutter et arracher des victoires, nous le pouvons tous.

Travailleurs d’intérim, fonctionnaires, travailleurs du privé, nous avons tous des revendications en matière de salaires, de conditions du travail ou concernant les retraites à faire valoir.

En luttant ensemble, en s’organisant de manière démocratique et en se dotant d’un programme de lutte, nous pouvons tous arracher de nouvelles victoires et repousser l’offensive gouvernementale et patronale.


Vade-mecum de la lutte contre la précarité

Lutter contre la précarité, arracher de meilleurs conditions du travail, c’est possible, y compris dans les bastions de l’économie néo-libérale telles que McDo. Mais il faut s’organiser, il faut se protéger contre la répression patronale, et il faut assurer la participation maximum des jeunes dans le mouvement :
• D’abord, il faut contacter un syndicat - par exemple, la CGT a joué un rôle important en appuyant les luttes à Pizza Hut et à McDo. Le syndicat peut aider les jeunes à se défendre contre des patrons, fournir des moyens logistiques pour les tracts et autocollants. Il peut également amener le soutien actif des autres travailleurs précaires.
• Il faut organiser une réunion de tous ceux qui travaillent sur la boîte, pour que l’action et les revendications soient décidées démocratiquement.
• Dès le mouvement déclenché, il faut contacter la presse locale et nationale, et avant tout envoyer des délégués aux restaurants avoisinants pour étendre le mouvement.

Avec le soutien des autres travailleurs précaires, on peut changer les conditions de travail. On peut créer un rapport de force qui empêchera les patrons de traiter les jeunes comme du bétail. Déjà, à Rennes et ailleurs, nos camarades du groupe jeune Révolution ont lancé une campagne contre la précarité, visant l’organisation des jeunes travailleurs dans le secteur de la restauration rapide. Pour participer à leur campagne ou se procurer leurs autocollants et tracts, écrivez à : revo@pouvoir-ouvrier.org


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