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25 mars 2001
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Ukraine : entre dictature et révolution

Depuis quelques semaines l’Ukraine connaît sa crise politique la plus profonde depuis l’indépendance du pays en 1991. Le 1er mars, à Kiev, la police a détruit un campement de protestation contre le despotisme croissant du régime.

Le 9 mars, une manifestation contre Leonid Koutchma, le président du pays, a rassemblé 10 000 personnes et des heurts très violents ont eu lieu avec la police.

Le mouvement de protestation a été déclenché par le meurtre de Georgui Gongadzé, journaliste de l’opposition. Son corps décapité a été découvert en novembre : il s’agit du dixième journaliste assassiné en Ukraine depuis l’indépendance au début des années 1990.

La position de Koutchma a été particulièrement affaiblie par les révélations, appuyés par des enregistrements d’un officier de la garde présidentielle, selon lesquelles le Président avait donné des instructions pour "faire enlever Gongadzé par des Tchétchènes".

Toutefois, la crise du régime est plus profonde que ce "scandale des K7". Le mouvement "Ukraine sans Koutchma", qui a organisé les manifestations des dernières semaines, est une réponse à l’impact de la restauration du capitalisme qui est en marche depuis 1991.

Si l’économie est marquée par la croissance, après une décennie de stagnation, de pillage et de démantèlement de l’économie soviétique, cela se fait dans le cadre d’une terrible paupérisation de la population.

Le chômage a explosé, de 2,4% en 1997 à 8% en 2000 et il devrait encore augmenter cette année. Et la réalité est bien pire que les chiffres officiels.

Pour la plupart des travailleurs et des paysans, et récemment même pour les classes moyennes, la vie est une lutte pour survivre dans une misère terrible.

En plus de la colère ouvrière, il y a des signes évidents d’une division au sein de la nouvelle classe dirigeante. Il y a dix ans la bourgeoisie a émergé sous la forme de réseaux mafieux, très liés à l’oligarchie soviétique, et spécialisés dans le vol et le pillage de ce qui restait de l’état ouvrier dégénéré.

Ensuite, une différentiation s’est effectuée entre les capitalistes qui ont pu opérer la transition vers une économie capitaliste basée sur des investissements rentables et ceux qui sont restés ancrés dans les vieilles pratiques. Ces divisions s’ajoutent aux clivages régionaux et ethniques et se compliquent du fait de la position géostratégique du pays.

Du temps de l’URSS, la classe dirigeante ukrainienne était composée de Russes, tandis que les Ukrainiens subissaient une véritable oppression nationale. Avec l’indépendance, la situation s’est inversée et la population russe en Ukraine est de plus en plus opprimée.

De plus, les régions les plus industrialisées se trouvent dans l’Est, où la minorité russe est concentrée (la région du Donetz, Dniepropetrovsk, Kharkov, Odessa, la Crimée) : c’est dans ces régions qu’ont eu lieu des mouvements importants de lutte contre les conséquences de la restauration - grèves des mineurs du Donetz, révolte populaire à Dniepropetrovsk. Ce n’est pas un hasard si la plupart des grands patrons qui ont soutenu Koutchma lors des dernières élections venaient de ces régions.

Depuis l’indépendance, des sections de la nouvelle bourgeoisie se sont tournées vers l’Ouest et l’impérialisme, pour obtenir un soutien politique, économique et militaire.

Toutefois, aujourd’hui, leur tâche est plus difficile car l’UE, les USA et le FMI exigent de plus en plus de concessions pour leurs multinationales.

C’est le prix à payer pour une politique de soutien à l’Ukraine par les impérialistes, qui en avaient fait un pays clé dans leur effort de réduire les prétentions impérialistes de la Russie.

Ainsi depuis 1994, quand le pays a frôlé la guerre avec son puissant voisin, l’Ukraine a reçu des aides énormes des USA (les plus importantes après celles attribuées à Israël et à l’Egypte), pour un montant de 10 milliards de dollars.

Malgré cela, le pays reste très dépendant de la Russie, un pays qui est bien engagé dans la voie de la restauration du capitalisme et qui aspire à se construire en puissance impérialiste indépendante.

Cette dépendance est particulièrement claire dans le secteur de l’énergie : la dette de l’Ukraine envers la Russie s’élève à plusieurs milliards de dollars et pour payer cette dette Koutchma a accepté de donner aux monopoles russes des parts énormes des entreprises ukrainiennes qui doivent être privatisées.

Koutchma, qui avait toujours suivi une ligne pro-occidentale, a commencé depuis l’automne 2000 une réorientation vers la Russie, comme le prouvent les accords militaro-industriels signés au début de l’année.

Quand Koutchma était pro-occidental, il a encouragé le nationalisme ukrainien, y compris en soutenant des forces d’extrême droite et fascistes. Depuis le tournant vers Moscou, des sections importantes du nationalisme et du fascisme ukrainiens ont rompu avec leur ex-argentier et ont rejoint l’opposition.

Alors qu’en 1999 la classe dirigeante était unie derrière Koutchma et l’impérialisme occidental, le tournant vers Moscou a provoqué une âpre lutte de pouvoir : contre Koutchma se dressent la bourgeoisie pro-occidentale, les nationalistes et les fascistes.

La crise actuelle est donc caractérisée par une division au sein de la classe dirigeante, une désillusion croissante des classes moyennes et une haine des masses ouvrières et paysannes, jusqu’ici plutôt passives, contre le régime.

Face à ce danger, le risque est grand que le pouvoir décide d’aller vers une dictature, suivant l’exemple de son voisin biélorusse.

En février, Koutchma a limogé et arrêté le premier ministre Timoschenko et a prononcé une mise en garde contre les forces extrémistes qui "représentent une menace contre la sécurité nationale". Entre les lignes on peut lire la menace d’un coup d’état plus ou moins constitutionnel.

Des décennies de stalinisme ont laissé les masses dans la confusion et la désorientation. La bourgeoisie restaurationniste a ainsi pu mener sa contre-révolution sociale sans résistance significative, tout comme dans les autres ex-Etats ouvriers dégénérés.

Cela explique aussi la relative faiblesse numérique des récentes manifestations où la classe ouvrière était presque absente.

L’attitude du KPU (Parti communiste ukrainien), la force politique la plus importante du pays, est particulièrement honteuse. Au lieu d’intervenir dans la crise politique, il a prôné une politique ambiguë, faite de zig-zag et de passivité, qui au fond reflète son soutien au nouveau cours pro-russe de Koutchma.

Selon nos camarades de RV-MRM (Pouvoir Ouvrier-Jeunes marxistes révolutionnaires), la situation actuelle recèle d’énormes opportunités pour la classe ouvrière mais aussi d’énormes dangers.

Les travailleurs, les paysans et mêmes les classes moyennes haïssent le régime. Mais si le mouvement ouvrier ne prend pas le contrôle de la situation, cela peut conduire à une défaite majeure pour la classe ouvrière et au triomphe des forces contre-révolutionnaires.

Il est donc nécessaire d’organiser des manifestations de masses et des grèves qui débouchent sur une grève générale illimitée contre le régime.

Les travailleurs ne doivent absolument pas rejoindre les carriéristes bourgeois du Forum de Salut National (nouvel avatar du mouvement Ukraine sans Koutchma), mais au contraire s’organiser indépendamment.

De même, ils doivent intervenir dans les manifestations et tout faire pour en expulser les forces fascistes. La tâche est de gagner les forces démocratiques des étudiants et de construire une alliance de ces dernières avec le mouvement ouvrier.

Ainsi nos camarades soutiennent la revendication de démission de Koutchma et rejettent en bloc l’institution du président, aussi bonapartiste et antidémocratique en Ukraine qu’en France.

La seule solution pour un tel mouvement n’est pas d’appuyer tel ou tel autre candidat bourgeois mais de construire un gouvernement des ouvriers et des paysans, basé sur des conseils ouvriers, qui s’attelle à résoudre la crise économique en mettant les moyens de production sous le contrôle ouvrier et en adoptant démocratiquement un plan d’urgence.



"Pour une Ukraine sans bourgeoisie ni fascistes !"

Cette déclaration forme la base d’un front soutenu par nos camarades de RV-MRM et d’autres forces de gauche :
L’Ukraine est en train d’être vendue pour liquider les dettes. Les acheteurs sont les grands voisins de l’Ouest : les "partenaires stratégiques" d’outre-Atlantique et les européens avec leur "bon coeur". Ils sont tous des colonialistes capitalistes de l’Ukraine, indifférents au sort de la classe ouvrière.

Les laquais de l’administration locale représentent leurs intérêts dans la mise aux enchères du pays. Il est clair que le président veut exercer sans aucun contrôle ses tâches de gendarme.

Quant à l’opposition bourgeoise, elle déclare son aspiration à défendre les droits et les libertés bourgeois mais ses revendications démocratiques cachent la nature anti-ouvrière du gouvernement Yuchtchenko, pro-occidentale et pro-FMI.

Ils essayent de transformer la mobilisation en mouvement "Ukraine sans Koutchma ni communistes".

Si nécessaire, aucune fraction de la bourgeoisie n’hésite à utiliser la force. En février, les deux côtés ont utilisé des militants fascistes contre les tentatives des militants ouvriers pour donner au mouvement un contenu anti-bourgeois.

Dans cette situation complexe, la seule alternative à la réaction qui se prépare est la formation d’un front sous le mot d’ordre "Pour l’Ukraine sans bourgeoisie ni fascistes" sur la base des points suivants :
• Aucun soutien pour aucune fraction de la bourgeoisie !
• Condamnation des actes de terreur fasciste contre les ouvriers et les militants de gauche !
• Bannir les partis et les organisation fascistes !
• Résister aux tentatives d’établir une dictature bourgeoise ouverte. Défense de la liberté de parole et des autres droits et libertés démocratiques !
• Démission de gouvernement, du parlement et du président !
• Abolition de l’institution présidentielle !
• Libérer l’Ukraine du FMI, des oligarchies, de la bourgeoisie et de ses laquais et de ceux qui trahissent la classe ouvrière !


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