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10 août 2002
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La rentrée sera chaude !

La victoire de l’UMP aux élections législatives représente une défaite pour les travailleurs et les jeunes qui sont descendus dans la rue entre les deux tours de l'élection présidentielle pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour.

Cette défaite a été orchestrée par les partis de la gauche plurielle, en particulier par le Parti Socialiste qui, après avoir donné à Chirac une majorité écrasante le 5 mai, a décidé de ne pas mener de campagne contre la droite.

Pour les cyniques qui dirigent le PS, la direction de leur parti dans l’après-Jospin était, après le départ de Jospin, une question plus importante que la lutte contre l’offensive patronale promise par le programme Chirac-Raffarin.

La ré-élection de Chirac lui a permis de former un gouvernement et d’avancer un programme dont l’objectif était d’attirer des électeurs potentiels du FN, et surtout d’assainir la situation pour les patrons en mettant fin à la guerre intestine qui mine la droite depuis le milieu des années quatre-vingt-dix.

On nous a dit qu’une victoire écrasante pour Chirac le ridiculiserait et exposerait la nature illégitime de son pouvoir, étant donné son score minable du 21 avril.

Qui à l’air ridicule aujourd’hui ?

Certainement pas la droite, qui détient tous les pouvoirs.

Et surtout pas le patronat qui a enfin un gouvernement de droite prêt à appliquer le programme du MEDEF, un gouvernement qui ne sera pas obligé de céder des miettes aux travailleurs comme l’a fait le gouvernement de la gauche plurielle.

Bien entendu, le gouvernement Jospin défendait avant tout les intérêts des capitalistes, mais il était aussi obligé de faire semblant d’écouter certaines exigences des mouvements sociaux (ce qui explique l’adoption de quelques mesures progressistes, tels la CMU et le PACS).

Bien entendu, il ne s’agissait que de miettes, mais le patronat, lui, veut garder tout le gâteau, ce que le gouvernement Chirac-Raffarin lui servira sur un plateau d’or.

Les résultats de la gauche aux législatives témoignent de l’intensification de la crise de direction de la classe ouvrière.

L’abstention massive des électeurs de gauche exprime une sanction de la politique de la gauche plurielle, tout comme l’échec de Jospin au premier tour de l’élection présidentielle.

Certains résultats locaux expriment très clairement cette sanction, comme le rejet de Martine Aubry, architecte des 35 heures à la sauce PS, à Lille.
Le PCF a été encore plus sanctionné et, avec 21 députés, parvient tout juste à créer un groupe parlementaire.

En perdant son siège, Robert Hue a bel et bien payé le prix de la participation du PCF au gouvernement Jospin. Au lieu d’être la “ voix des travailleurs ” au gouvernement, le PCF, en participant jusqu’au bout au gouvernement Jospin, et en refusant de voter contre les mesures anti-ouvrières du gouvernement, n’a servi que de couverture de gauche à la politique pro-capitaliste du gouvernement.

Il n’est donc pas étonnant que les travailleurs et les jeunes aient tourné le dos à la gauche plurielle. Depuis 1997 les privatisations se sont succédées, le chômage n’a pas décru de manière significative et reste un problème majeur — là où les emplois sont créés, ce sont avant tout des emplois précaires et mal payés.

Pourtant, la victoire de l’UMP n’exprime pas un virage à droite de la population française. Le taux d’abstention-record montre que le nouveau gouvernement ne jouit pas du soutien de larges couches du pays, en particulier chez les travailleurs et les jeunes.

L’abstention record, encore plus élevée chez les électeurs de gauche, illustre la désaffection des travailleurs à l’égard de leurs partis traditionnels. Au premier tour de l’élection présidentielle, cette désaffection s’était exprimée de manière positive, par le vote de 3 millions d’électeurs qui ont voté pour les candidats de Lutte Ouvrière et de la LCR.

Les voix qui se sont portées sur LO et sur la LCR sont révélatrices d’une opposition de gauche au PS et au PCF. Une opposition qui peut servir de base à un nouveau parti, un parti qui défendra les intérêts des travailleurs jusqu’au bout, en balayant les patrons et leurs alliés réformistes.

Mais pour cela il faut aller au-delà des enjeux électoraux en s’appuyant sur les luttes des travailleurs et en visant autre chose qu’un simple score électoral. Malheureusement, LO et la LCR ont refusé de faire cela, et, elles aussi, ont payé le prix, avec des scores nettement plus bas que lors du premier tour des présidentielles.

En se présentant l’une contre l’autre, LO et la LCR empêchaient les travailleurs de former un front commun contre la droite et contre la Gauche Unie.

Toutes deux portent la responsabilité de cet échec, qui est aussi celui de toute une partie combative de la classe ouvrière.

La LCR, pour sa part, n’a proposé que la répartition des circonscriptions 50:50 entre les deux organisations.

Cette proposition ne prévoyait pas de programme commun et encore moins l’intégration des travailleurs et des jeunes qui avaient voté LO et LCR à l’établissement du programme ou à la sélection des candidats.

LO, par sectarisme et peut-être piquée par le bon score du candidat de la LCR lors des présidentielles, a refusé toute alliance, prétextant le fait que la LCR avait appelé à voter Chirac le 5 mai. Comme c’est souvent le cas, LO a opéré un repli sectaire là où il aurait fallu défendre une position ouverte et combative.

Une campagne unie et combative, rassemblant les travailleurs et les jeunes dans les quartiers autour d’un programme d’action focalisé sur l’auto-organisation des travailleurs et le contrôle ouvrier, aurait pu avoir un impact loin au-delà des seuls résultats électoraux.

On aurait pu montrer à tous ceux qui souhaitent rompre avec le réformisme et passer à l’offensive contre le gouvernement, qu’il y avait des forces politiques disposant de la volonté et la vision politiques nécessaires pour dépasser la division et pour prôner une politique clairement révolutionnaire. Mais LO et la LCR ont refusé une telle démarche.

Il n’est pas trop tard.

Le gouvernement Raffarin n’hésitera pas à lancer une véritable guerre de classe contre les travailleurs, les immigrés et les jeunes. La nomination au poste de Ministre des Finances d’un dirigeant de l’industrie et membre du MEDEF montre clairement les évolutions à venir.

La réduction des impôts de 5 %, au prix de 2.7 milliard d’Euros, est un cadeau à la classe capitaliste – les plus riches bénéficieront de 30 % de cette réduction, et dans le même temps le gouvernement opérera des coupes sombres dans les services publics afin de la financer. Déjà le gouvernement refuse toute augmentation du SMIC et prétend que, vu l’état des finances du pays, il va falloir vite diminuer les dépenses. On peut aussi s’attendre à un renforcement de la répression anti-jeune et anti-immigrée.

Dès la première attaque, il nous faut une riposte déterminée. Mais sans la construction d’une alternative politique aux réformismes du PS et du PCF qui nous ont tant trahis, il y a le risque que toute grande riposte de la classe ouvrière ne termine comme celle de 1995 qui a certes permis de mettre fin à certaines attaques du gouvernement Juppé, mais qui a laissé en place Juppé et son “plan” pour la Sécu, mais a aussi préparé la voie au gouvernement Jospin !

Pendant la période estivale, le gouvernement Raffarin et les patrons ne chômeront pas. Ils s’appliqueront à étudier les combats passés et à tirer les leçons afin de ne pas commettre les mêmes erreurs. Les travailleurs et les jeunes seraient bien avisés de faire de même. La rentrée sera chaude !

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