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4 février 2001
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Comment le PCF a trahi la grève des mineurs de 1948

Introduction

Nous rééditons ici un article paru dans Quatrième Internationale (janvier-février 1949) sur la grève des mineurs français de 1948. Les mineurs ont subi une répression sanglante, organisée par le Ministre "socialiste" de l'Intérieur, Jules Moch.

Cependant, les directions du PCF et de la CGT portent en grande partie la responsabilité de la défaite de la grève. Ces organisations ont refusé d'étendre l'action aux autres secteurs de la classe ouvrière. Le gouvernement a envoyé troupes et CRS dans les régions minières pour écraser la grève et tuer des grévistes à un moment où le pays entier était secoué par une vague de grèves.

Mais la direction de la CGT refusa d'organiser la grève générale. Les mineurs furent battus et durent reprendre le travail après 56 jours de grève. Cela devait être la dernière grève des mineurs à l'échelle du pays avant 15 ans. C'était une importante défaite de la classe ouvrière toute entière.

L'article que nous publions ici montre le rôle traître de la direction de la CGT et les efforts qu'elle déploya pour freiner la grève et empêcher son extension vers d'autres travailleurs. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ?

A l’époque, la CGT était dominée par l'appareil du PCF, dont l'objectif était de faire pression sur l'impérialisme français pour qu'il adopte une attitude "amicale" à l'égard de l'URSS. Cette politique fut imposée au PCF par la bureaucratie soviétique afin de contrecarrer la pression économique et militaire croissante de l'impérialisme nord-américain.

Le PCF avait déjà montré qu'il était disposé à servir d'intermédiaire entre la bourgeoisie et la bureaucratie du Kremlin en limitant et en cassant des luttes ouvrières. En 1944, à l'heure de la défaite de l'impérialisme allemand et de la fin de l'occupation, le PCF avait dit que les combattants dans la résistance devaient déposer les armes et adopter le mot d'ordre de "Un seul gouvernement, une seule armée, une armée républicaine et une seule police" !

Face au projet bonapartiste de de Gaulle, cette politique a fait courir d'énormes dangers à la classe ouvrière française. Comme l'article l'indique, la menace que représentait de Gaulle était bien réelle, bien que la bourgeoisie française ne fasse appel au Général qu'en 1958.

De 1945 à avril 1947, le PCF participa au gouvernement aux côtés du Parti socialiste (SFIO) et du MRP (Mouvement Républicain Populaire), parti bourgeois. Pendant toute cette période, où des dirigeants du PCF occupaient les ministères de l'Economie nationale, de la Production industrielle et du Travail, la politique du PCF était d'arrêter les grèves afin de préserver son alliance avec la bourgeoisie. C'est l'époque de "la grève, c'est l'arme des trusts", de "gagner la bataille de la production".

Thorez s'en prend aux ouvriers et les exhorte à "retrousser les manches". Il dénonce l'absentéisme et les grèves dans les bassins houillers. Tout est bon pour pousser à la production et à la reconstruction de l'économie... capitaliste !

En avril 1947 une énorme vague de grèves se déclenche pour les salaires. Parti de Renault-Billancourt où la grève fut lancée par des militants trotskystes, (nommés "Gaullistes-trotskystes-anarchistes" par le PCF!), le mouvement se développe à tel point que les staliniens ne peuvent plus le condamner.

La bourgeoisie y trouve prétexte pour exclure les ministres PCF du gouvernement le 5 mai, chose devenue inévitable depuis le lancement de la "guerre froide". Le 12 mars, Truman, Président des Etats-Unis, avait proclamé sa doctrine de "résistance à la subversion" et les ministres staliniens furent exclus systématiquement des gouvernements italien, belge et français. Pourtant, Thorez avait tout fait pour donner des gages de sa loyauté à la bourgeoisie. Désolé, il doit déclarer à Vincent Auriol qui lui demande un dernier effort que : "Je ne peux plus rien. J'ai fait tout ce que j'ai pu, je suis maintenant au bout de mon rouleau."

Libérée de sa participation contraignante au gouvernement, la direction du PCF doit maintenant pouvoir se servir de la combativité ouvrière pour redorer son blason et pour faire pression sur la bourgeoisie.

Pour ce faire, elle s'appuie sur ses militants ouvriers, notamment dans les bassins houillers, pour lancer des actions, mais à condition qu'elles restent maîtrisées par l'appareil de la CGT et isolées les unes des autres. Les besoins diplomatiques de la bureaucratie stalinienne en URSS dictent ce cours "gauche" et la création d'une organisation stalinienne internationale, le Kominform, en est une expression.

L'été 1948 voit la confirmation de la rupture entre celle-ci et l'impérialisme "démocratique" à la suite de l'accord des trois Occidentaux sur l'Allemagne, de l'échec des dernières conversations à Quatre et du blocus de Berlin-Ouest. Cependant, comme cet article l'explique, ce tournant "gauche" ne contredit aucunement le rôle traître qu'a joué le PCF lors de la grève des mineurs.

Cette période a également connu le développement de divisions au sein du mouvement ouvrier français qui persistent aujourd'hui. Après la "libération" de la France par l'impérialisme allié, il n'y eut qu'une seule Confédération ouvrière, la CGT. Créée à partir de la fusion des bureaucraties syndicales social-démocrate et stalinienne, c'est rapidement cette dernière qui l'emporte au sein de la Confédération. En 1946, elle contrôle déjà plus de 80% des unions régionales.

A la suite des grèves de 1947, la CGT fut affaiblie par deux scissions importantes. Dans l'enseignement, la FEN est créée au début de 1948. Mais, scission beaucoup plus nuisible au mouvement ouvrier, Force Ouvrière est constituée en avril 48 avec le soutien de l'impérialisme US.

Ces scissions ont participé à l'affaiblissement du mouvement ouvrier. Cela est clairement démontré dans l'article lorsqu'il discute de l'effet probable de la défaite de la grève et de l'impact de la scission sur les travailleurs. La CGT en a particulièrement souffert. Le nombre d'adhérents, bien que gonflé par l'appareil, est tombé de près de six millions en 1946 à trois millions en 1950.

C'est donc de cette période que provient le faible taux de syndicalisation qui persiste aujourd'hui. L'article soulève la question de savoir si on peut vraiment parler d'un mouvement syndical de masse après la grève des mineurs.

Mais aujourd'hui la situation est bien pire, avec 10% à 15% seulement de travailleurs syndiqués. Cependant, comme dans les années 40, les dirigeants syndicaux sont toujours capables de diriger et de trahir des grèves, en l'absence d'une alternative révolutionnaire. Aujourd'hui, comme hier, il s'agit de développer une politique permettant de faire face aux bureaucraties syndicales réformistes.

Disons en guise de conclusion que cet article fournit un exemple saisissant de l'importance des revendications transitoires dans la lutte des classes: c'est à dire de la nécessité d'avancer des revendications et des formes d'organisation qui permettent à la classe ouvrière de dépasser son niveau actuel de conscience pour faire face à la question du pouvoir. La grève générale est une arme vitale dans l'arsenal révolutionnaire, comme l'indique cet article. Face à la répression, les travailleurs devaient avoir recours à la grève générale pour faire échec au blocage des salaires et à la violence du gouvernement.

Ce mot d'ordre, ajouté au nécessaire contrôle de la grève par la base, était au coeur de la politique de la section française de la Quatrième Internationale, le Parti communiste internationaliste. Son intervention prouve que, quelle que soit la dégénérescence ultérieure de la QI, ses militants étaient toujours capables en 1948 de se servir de la méthode de Lénine et Trotsky dans des luttes d'envergure. Pour nous, c'est cela l'héritage révolutionnaire dont nous nous réclamons, c'est cela la méthode que nous cherchons à appliquer dans la lutte des classes d'aujourd'hui.

Janvier 2001


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