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4 mars 2001
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La situation en Palestine

(Thèses du groupe trotskyste palestinien) 1947

[Introduction de Quatrième Internationale (1948) : La thèse de nos camarades palestiniens, que nous publions ci-après, a été élaborée avant la proclamation formelle de l’Etat d’Israël et l’invasion de la Palestine par les armées des Etats arabes. Comme elle permet de comprendre le fond des événements, il nous suffira d’une brève mise au point de la position de la IVème Internationale face aux récents événements.]

Ce que nous avons déclaré au moment de la décision de l’ONU du partage de la Palestine (Quatrième Internationale, novembre-décembre 1947) reste complètement justifié en ce qui concerne le nouvel "Etat" miniature d’Israël. Loin de résoudre la question juive, il va lui donner une acuité encore plus tragique, non seulement en accentuant les tendances antisémites en Grande-Bretagne et dans les pays du Proche-Orient, mais aussi et surtout en cristallisant les sentiments anti-impérialistes des masses arabes dans tous les pays environnants. Même abstraction faite de l’attitude des grandes puissances, cet Etat n’a aucun avenir historique. Sujet à des crises et à des convulsions permanentes - la guerre civile permanente n’ayant été évitée que par le nettoyage complet de tous les villages arabes sur son territoire - il sombrera dans une effroyable boucherie à une prochaine étape de la révolution arabe, si le prolétariat juif ne se détache pas à temps du chauvinisme sioniste. La tâche des révolutionnaires juifs en Israël est de préparer cette rupture. Leur ligne politique doit rester inébranlablement celle de la lutte contre le partage de la Palestine, pour la réintégration du territoire d’Israël dans une Palestine unie, dans le cadre d’une Fédération des Etats Arabes du Moyen-Orient qui garantira à la minorité juive tous les droits d’autonomie culturelle nationale.

Les potentats féodaux arabes Farouk et Abdullah, loin de lutter contre le partage de la Palestine, cherchent surtout à partager ce malheureux pays entre leurs propres royaumes. Leur invasion avait surtout pour but de détourner l’attention de leurs propres sujets de la tension sociale montante dans leurs pays. En même temps, ils ont cherché à exploiter les sentiments anti-impérialistes des masses pour couvrir leur propre capitulation misérable devant le capital mondial (affaire du Soudan, traités de l’Irak et de la Transjordanie avec la Cité, etc.). Quelques semaines de guerre ont suffi à dévoiler l’organisation lamentable de leurs forces militaires. Ce n’est pas sous leur direction que les masses arabes pourront réunifier la Palestine. Encore moins la lutte contre l’impérialisme se développera-t-elle sous leur égide, alors que même dans l’affaire de la Palestine les souverains arabes sont prêts à se laisser imposer finalement le compromis élaboré actuellement par les grandes puissances.

Il en va tout autrement de l’opposition que les masses arabes manifestent de toute part contre l’Etat d’Israël et l’intervention de l’impérialisme dans cette partie du monde. Cette opposition est une force incontestablement progressive, qui, demain, ira renforcer le courant général de la révolution arabe au Moyen-Orient. Aujourd’hui les masses restent dans l’expectative, aussi longtemps que leurs propres maîtres semblent se charger du combat. Quand la trahison de ceux-ci éclatera à la face du monde, l’intervention indépendante des masses arabes sera à l’ordre du jour. Elle permettra à ce moment une convergence de la lutte contre les seigneurs féodaux et l’effroyable misère sociale et de la lutte contre l’impérialisme et le sionisme. Préparer dès aujourd’hui cette convergence est la tâche des révolutionnaires du Moyen-Orient qui, tout en luttant contre tout courant chauvin et antisémite, concentreront leur propagande sur les mots d’ordre suivants :

A bas le partage de la Palestine ! Pour une Palestine arabe unie et indépendante, avec pleins droits de minorité nationale à la communauté juive.
A bas l’intervention impérialiste en Palestine ! Hors du pays toutes les troupes étrangères, les " médi-ateurs " et " observateurs " de l’ONU ! Pour le droit des masses arabes à disposer d’elles-mêmes. Pour l’élection d’un Assemblée Constituante au suffrage universel et secret! Pour la révolution agraire !
A bas la Ligue Arabe, instrument de l’impérialisme ! A bas les rois corrompus et les féodaux exploiteurs ! Vive la révolution socialiste arabe dans le Moyen-Orient !

La faiblesse de l’impérialisme britannique après la deuxième guerre mondiale, la consolidation de la bourgeoisie indigène dans quelques colonies importantes et le développement de la classe ouvrière ainsi que l’intensification de sa lutte sociale et anti-impérialiste ont obligé la Grande-Bretagne à évacuer ses troupes de certaines colonies et à prévoir un réajustement de la défense de l’Empire. D’autre part, la bourgeoisie indigène est devenue un agent de la domination impérialiste indirecte plus digne de confiance du fait de la peur grandissante devant la classe ouvrière organisée qui est sortie plus forte que jamais de cette guerre. Particulièrement dans les colonies et semi-colonies et dans les régions coloniales où l’impérialisme américain a pénétré comme principale puissance économique, l’impérialisme britannique essaie d’assigner une partie des tâches de la défense de l’Empire et de la préparation de la prochaine guerre mondiale à l’impérialisme américain. D’autre part, la Grande-Bretagne cherche à maintenir autant d’influence économique et d’autorité sur la bourgeoisie indigène qu’il est possible de le faire. C’est ce qui se passe à présent dans le Moyen-Orient. D’une part, l’impérialisme britannique évacue une partie de ses troupes de Palestine et de l’Irak et laisse à l’ONU, c’est-à-dire à l’impérialisme américain, le soin de décider le sort de la Palestine et, d’autre part, il incite à la "guerre sainte" en Palestine afin de gagner de l’influence politique sur le monde arabe et il s’efforce de s’allier aux Etats arabes, comme par le traité prévu avec l’Irak qui donnerait à l’impérialisme britannique le maximum de pouvoir possible dans les conditions de domination indirecte. L’antagonisme entre les impérialismes américain et britannique dans cette région se manifeste particulièrement dans la question de savoir de quelle façon chacun d’eux peut obtenir le maximum d’influence directe sur l’économie et la politique indigènes tout en y envoyant le plus petit nombre de troupes. La décision de diviser la Palestine appuyée par les Etats-Unis apparemment en opposition à la Grande Bretagne a crée la situation suivante dans l’Orient arabe : la Grande-Bretagne a obtenu la possibilité de retirer une partie de ses troupes tout en reforçant son prestige dans le monde arabe; l’Amérique, dont les intérêts pétroliers n’ont pas souffert d’une certaine perte de prestige à cause des liens économiques qui lient la bourgeoisie indigène à l’impérialisme yankee, y a gagné un agent direct : la bourgeoisie sioniste qui, de ce fait, est devenue complètement dépendante du capital américain et de la politique américaine. De plus, l’impérialisme américain a maintenant une justification pour intervenir militairement dans le Moyen-Orient chaque fois que cela lui conviendra. Tous les deux ont créé une situation de chauvinisme grandissant dans laquelle il est devenu possible d’écraser la classe ouvrière arabe et tous les mouvements de gauche dans tout l’Orient arabe - et ceci est également dû à cause de l’appui russe au plan impérialiste de division de la Palestine.

Les féodaux arabes de la bourgeoisie du Moyen-orient représentés par la Ligue Arabe voient dans la bourgeoisie sioniste un concurrent non seulement sur le marché des moyens de consommation du Moyen-Orient (en ce qui concerne l’Egypte) mais également sur le marché des agents impérialistes dans l’Orient arabe. Par sa guerre raciale contre les Juifs de Palestine, la Ligue Arabe veut limiter la zone d’activité des industries juives et prouver à l’impérialisme qu’elle est un facteur qui peut encore mieux servir que le sionisme. En même temps, elle favorise l’impérialisme dans ses plans sur une grande échelle au Moyen-Orient et elle n’est que trop intéressée à suivre ses ordres en vue d’utiliser cette guerre chauvine pour aviver les sentiments anti-russes et pour écraser brutalement la classe ouvrière arabe et tous les groupes de gauche. Elle voit dans l’épouvantail sioniste et dans le problème palestinien en général une trop belle occasion pour détourner l’attention des masses opprimées des pays arabes de leurs problèmes sociaux et de l’exploitation impérialiste et indigène et pour exacerber les haines raciales contre les minorités et pour recruter des chômeurs pour "Gihad" en Palestine. Dans ces circonstances, l’antagonisme traditionnel entre les deux cliques de la Ligue Arabe - la famille hashemite britannique d’une part et le bloc américain du roi du pétrole de l’Arabie, de l’Egypte et du régime actuel en Syrie d’autre part - se manifeste dans leur compétition pour l’intervention la plus extrême et la plus active en Palestine afin d’être sur place, d’y créer un fait accompli et de rassembler le butin dès qu’il sera nécessaire de se conformer aux décisions finales de l’impérialisme.

Si dans le passé, l’activité politique du parti révolutionnaire parmi les ouvriers juifs a été difficile à cause de la position privilégiée de ceux-ci dans l’économie fermée des Juifs, elle le sera d’autant plus aujoud’hui que cette position a été soutenue non seulement par l’impérialisme américain mais encore par la Russie. Le tournant des staliniens juifs, devenus les adeptes les plus enthousiastes de la division de la Palestine et de la création de l’Etat juif, limite encore les points de contact qui auraient pu être utilisés par le parti révolutionnaire comme point de départ pour son activité parmi les ouvriers juifs. D’autre part, l’influence accrue de la réaction féodale arabe s’exprime par un chauvinisme accru du côté juif. Une certaine perspective de notre travail consiste dans la possibilité de gagner individuellement des staliniens qui sont demeurés fermement opposés à la division et qui peuvent par conséquent admettre la trahison de la Russie stalinienne.

L’analyse précédente montre que dans le proche avenir (les prochains mois) on ne peut pas s’attendre à des actions sur une grande échelle de la part des ouvriers arabes, encore moins d’actions communes entre ouvriers arabes et juifs. Avant que ne se fasse sentir la lassitude provoquée par la détérioration de la situation économique et par l’effusion de sang et qui sera le point de départ d’une nouvelle montée révolutionnaire, il est très probable qu’il y aura un renforcement du chauvinisme et des massacres sur une grande échelle. Dans le proche avenir, notre travail sera limité essentiellement au maintien des liaisons entre les camarades arabes et juifs, à renforcer les cadres, particulièrement du côté arabe, comme base pour une activité révolutionnaire dans l’avenir. Nous devons expliquer patiemment aux couches les plus avancées du prolétariat arabe et à l’intelligentsia, que les actions militaires raciales ne font qu’agrandir le fossé entre les Juifs et les Arabes et conduisent ainsi pratiquement à la division politique; que le facteur fondamental et que la cause principale de la division c’est l’impérialisme ; que les combats actuels ne font que renforcer l’impérialisme ; que grâce à la direction bourgeoise et féodale des pays arabes - qui est l’agent de l’impérialisme -nous avons été battus à une étape de la lutte anti-impérialiste ; et que nous devons nous préparer pour la victoire à une prochaine étape - c’est-à-dire pour l’unification de la Palestine et de l’Orient arabe en général - en créant la seule force qui puisse parvenir à ces buts: le parti prolétarien révolutionnaire unifié de l’Orient arabe. Notre succès dépendra en très grande partie de la consolidation, entre temps, des forces communistes révolutionnaires en Egypte.

Haïfa, janvier 1948

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Les marxistes et la guerre
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Deux articles inédits de Trotsky sur la libération des femmes
Introduction
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Trotsky sur le programme

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