|
|
|
|
  |
12 novembre 2001
|
 |
Léon Trotsky : Construire le socialisme implique émanciper les femmes et protéger les mères (1925)
[Cet article était publié dans le journal Za Novii Bit (La nouvelle vie) en décembre 1925. Il a été traduit en anglais et a paru dans la collection « Women and the Family » (Pathfinder Press, 1970). Nous lavons traduit de langlais.]
La manière le plus scientifique de mesurer notre avance consiste à regarder les mesures pratiques mises en uvres pour lamélioration de la position de la mère et de lenfant. Cet indexe est très fiable; il ne ment pas. De façon immédiate, il révèle les réussites matérielles et les accomplissements, dans le sens large du terme.
Lexpérience historique nous montre que même le prolétariat, déjà luttant contre les oppresseurs, est loin dêtre prompt en fixant suffisamment dattention sur la position opprimée de la femme en tant que femme au foyer, mère et épouse. Telle est la force terrible dêtre accoutumé à lesclavage familial de la femme. Et ce nest même pas utile de parler de la paysannerie.
Le fardeau et le désespoir du destin de la paysanne, quelle soit dune famille moyenne ou pauvre, ne peuvent probablement pas être comparés aujourdhui aux pires travaux forcés. Aucun répit, aucune vacance, aucune lueur despoir! Notre révolution nest que graduellement en train de toucher les fondements familiaux, et ceci dabord dans les villes et dans les régions industrielles. Elle ne pénétre que très lentement à la campagne, où les problèmes sont sans mesure.
Changer à la racine la position de la femme nest possible que si toutes les conditions de lexistence sociale, familiale et domestique sont changées. Limportance de la question de la mère est exprimée par le fait que, en essence, elle constitue un point vivant où se croisent tous les brins décisifs du travail économique et culturel. La question de la maternité est dabord celle dun appartement, de leau courante, dune cuisine, dune laverie, dune salle à manger. Mais cest autant une question dune école, des livres, dun lieu de récréation. Livresse bat dabord et sans pitié sur la femme au foyer et sur la mère. Lanalphabétisme et le chômage font de même. Avant tout, leau courante et lélectricité dans lappartement allège le fardeau des femmes.
La maternité est la question des questions. Ici tous les brins se réunissent, et dici ils partent dans tous les sens. La croissance évidente des ressources matérielles dans le pays crée la possibilité, et donc la nécessité, daller plus loin dans la considération de la mère et de lenfant quauparavant. Notre énergie dans ce domaine montrera à quel point nous avons appris de lier les buts avec les buts dans les questions de base de notre vie.
Comme cétait impossible dapprocher la construction de lEtat soviétique sans libérer la paysanne et la femme travailleuse de lembrouillement du servage, il est impossible davancer vers le socialisme sans libérer la paysanne et la femme travailleuse du servage de la famille et la ménage. Si dans le passé nous avons mesuré la maturité dun travailleur révolutionnaire non pas seulement par sa politique vis à vis le capitaliste, mais aussi par sa position à légard du paysan - cest-à-dire par sa compréhension de la nécessité de libérer le paysan du servage, aujourdhui nous pouvons et nous devons mesurer la maturité socialiste du travailleur et du paysan progressiste par son attitude vers la femme et lenfant, par leur compréhension de la nécessité de libérer la mère des travaux forcés, de lui donner la possibilité de se tenir droit et de simpliquer comme elle le devrait dans la vie sociale et culturelle.
La maternité est le moyeu de tous les problèmes. Cest pour cela que chaque nouvelle mesure, chaque loi, chaque pas pratique de la construction économique et sociale doit aussi être mesuré contre ses effets sur la famille, pour voir sil empire ou sil améliore le destine de la mère, sil améliore la position de lenfant.
Le grand nombre denfants sans abris dans nos villes montre avec une clarté terrible que nous sommes toujours embrouillés dans les restes de lancienne société, qui se manifestent de façon la plus brutale dans lépoque de sa chute. La position de la mère et de lenfant na jamais été si difficile que pendant les années de transition de lancien vers le nouveau, notamment pendant les années de la guerre civile. Lintervention de Clemenceau et de Churchill, et des éléments commandités par Kolchak, Denikin et par Wrangel ont frappé le plus cruellement à la femme travailleuse, à la paysanne, à la mère, et nous ont légué un taux denfants sans abris sans précédent. Lenfant vient de la mère; lenfant sans abris est dabord le fruit de la mère sans abris. La considération de la mère est la meilleure manière daméliorer la sort de lenfant.
La croissance générale de léconomie crée les conditions dune reconstruction graduelle de la famille et de la vie domestique. Toutes les questions qui sont liées à ceci doit être posée dans tout leur grandeur. Des directions diverses, nous nous orientons vers le renouveau du capital de base du pays; nous acquérons de nouvelles machines pour remplacer les vieilles; nous construisons de nouvelles usines; nous renouvelons les chemins de fer; le paysan acquiert des charrues, des semoirs, des tracteurs.
Mais le capital le plus fondamental est constitué par le peuple, cest-à-dire sa force, sa santé, son niveau culturel. Ce capital a encore plus besoin dun renouveau que léquipement des usines ou les outils des paysans. Il ne faut pas imaginer que les siècles desclavage, de famine et de servage, les années de guerre et dépidémies, sont passés sans laisser une trace. Non. Lorganisme vivant qui est le peuple en porte les blessures et les cicatrices. La tuberculose, le syphilis, la neurasthénie, lalcoolisme : toutes ces maladies et maintes dautres semparent parmi la masse de la population. Il faut assainir la nation. Sans cela, le socialisme est impensable.
Il faut toucher les racines, les sources. Et où se trouve la source de la nation sinon dans la mère? Il faut donner la place au combat contre le manque dégards envers les mères! La construction des logements, la construction de lapprovisionnement des soins des enfants, des crèches, des salles à manger et des laveries communales doit être mise au centre de nos préoccupations, et cette attention doit être vigilante et bien organisée.
Ici la question de la qualité est décisive. Le soin des enfants, et léquipement pour la nourriture et la laverie doivent être organisé en sorte que par leurs avantages ils peuvent sonner le tocsin à lancienne unité familiale, fermée et isolée, totalement soutenu par les épaules courbées de la femme au foyer et la mère. Inévitablement, lamélioration de lenvironnement appelle une vague de la demande, et ensuite une vague des moyens.
Le soin des enfants dans des équipements publics, comme la nourriture des adultes dans les cantines communales, est moins cher quau sein de la famille. Mais le transfert des moyens matériels de la famille aux centres de soin denfants et aux cantines nauront lieu que si lorganisation sociale apprend à satisfaire les exigences fondamentales de meilleure façon que dans la famille. Aujourdhui il faut particulièrement faire attention aux questions de la qualité. Le contrôle social vigilant et lencouragement continu de tous les organes et de toutes les institutions qui servent la famille et les besoins domestiques de masses laborieuses sont essentiels.
Bien entendu, les initiateurs du grand combat pour la libération des mères doivent être les femmes travailleuses avancées. A tout prix ce mouvement doit être dirigé aux villages. Dans notre vie de ville, aussi, il reste beaucoup du caractère paysan et petit-bourgeois. La vision des femmes tenue par beaucoup de travailleurs nest pas socialiste, mais conservatrice, paysanne, essentiellement médiévale. De cette façon la mère paysanne, opprimée par le joug de la famille, fait descendre la mère travailleuse. Il faut faire monter la paysanne. Elle doit vouloir se dresser, cest-à-dire elle doit être réveillée et montrée la voie.
Il est impossible davancer en laissant la femme loin derrière. La femme est la mère de la nation. De lesclavage des femmes pousse des préjugés et des superstitions qui ensevelissent les enfants de la nouvelle génération et qui pénètrent profondément dans les pores de la conscience nationale. La meilleure voie, et la plus efficace, du combat contre la superstition de la religion et la voie de la préoccupation totale pour la mère. Elle doit être redressée et éclairée.
La libération de la mère nécessite la coupure du dernier cordon ombilical liant le peuple avec le passé sombre et superstitieux.
Introduction
Premier article
Haut
|
 |
|
|
|
|
|