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11 avril 2002
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Léon Trotsky : Discussion sur le programme de transition (juin 1938 - extraits)
Trotsky-- La signification du programme cest le sens du Parti. Le Parti représente lavant-garde de la classe ouvrière. Le Parti est com posé dune sélection des éléments les plus conscients, les plus avan cés, les plus dévoués et le Parti peut jouer un rôle politique et histo rique important sans relation directe avec sa force numérique. Il peut être un petit Parti et jouer un grand rôle. Par exemple, lors de la première révolution russe de 1905, la fraction bolchévique ne comptait pas plus de 10 000 membres, les Menchévicks de 10 000 à i2 000 membres, cest là le maximum. A cette époque, ils appartenaient au même parti, cest-à dire que lensemble du Parti ne comptait pas plus de 20 000 à 22 000 ouvriers. Le parti dirigeait les Soviets à travers tout le pays grâce à une politique juste et grâce à sa cohésion. On peut objecter que la différence quil y a entre les Russes et les Américains, ou tout autre pays capitaliste ancien, cest que le prolétariat russe était un prolétariat totalement frais et vierge, sans aucune tradition de syndicalisme et de réformisme conservateur. Cétait un jeune prolétariat frais, vierge, ayant besoin dune direction et bien que le Parti dans son ensemble ne comptait pas plus de 20 000 ouvriers, ce Parti guida deux à trois millions douvriers dans le combat.
Maintenant, quest le Parti ? En quoi consiste sa cohésion ? Cette cohésion est une compréhension commune des événements, des tâches, et cette compréhension commune, cest le programme du Parti. Tout comme les ouvriers modernes (davantage que les barbares) ne peuvent pas travailler sans outils, dans le Parti le programme est linstrument. Sans le programme chaque ouvrier doit improviser son outil, trouver des outils improvisés, et lun contredit lautre. Cest seulement lorsque lavant-garde est organisée sur la base de concep tions communes que nous pouvons agir.
On peut dire que nous navons pas eu de programme jusquà présent. Pourtant nous avons agi. Mais ce programme était formulé dans différents articles, motions, etc... En ce sens, le projet de programme nannonce pas une nouvelle invention, ce nest pas louvrage dun seul homme, mais le résultat dun travail collectif élaboré jusquà ce jour. Mais un tel résumé est absolument nécessaire pour donner aux camarades une idée de la situation, une compréhension commune. Les petits bourgeois, les anarchistes et intellectuels ont peur dadmettre de donner à un Parti des idees communes, une attitude commune. Il nest imposé à personne, car quiconque se joint au Parti le fait volontairement.
Je crois quil est important à ce sujet de souligner ce que nous voulons dire par liberté en lopposant à la nécessité. Cest très souvent une conception petite-bourgeoise que nous devrions avoir une libre individualité. Ce nest quune fiction, une erreur. Nous ne sommes pas libres. Nous navons pas de libre volonté dans le sens de la philosophie métaphysique. Lorsque je désire boire un verre de bière jagis en homme libre, mais je ninvente pas le besoin de la bière. Ceci vient de mon corps, je ne suis que lexécutant. Mais dans la mesure où je comprends les besoins de mon corps et peux les satisfaire consciemment, alors jai la sensation de liberté par la compréhension de la nécessité. Ici la juste compréhension des besoins de ma nature est la seule liberté réelle donnée aux animaux sous tous les angles, où lhomme est un animal. La même chose est vraie pour la classe ouvrière. Le programme pour la classe ouvrière ne peut tomber du ciel, nous ne pouvons arriver quà une compréhension de la néces sité. Dans un cas ce fut mon corps, dans lautre cest la nécessité de la société. Le programme est lexpression de la nécessité, que nous avons appris à comprendre, et, étant donné que la nécessité est la même pour tous les membres de la classe que nous pouvons atteindre une compréhension commune des tâches et cette compréhension, cest le programme. Nous pouvons aller plus loin et dire que la discipline de notre parti doit être très stricte parce que nous sommes un Parti révolutionnaire devant faire face à de puissants ennemis conscients de leurs intérêts, et maintenant nous ne sommes pas seulement attaqués par la bour geoisie, mais encore par les staliniens, les agents de la bourgeoisie les plus haineux. Une discipline absolue est nécessaire, mais elle doit venir dune compréhension commune Si cette discipline est imposée du dehors, cest un joug. Si elle vient de la compréhension, cest lexpression de la personnalité mais sans cela cest un joug. Alors la discipline est une expression de ma libre individualité. Ce nest pas une opposition entre la volonté personnelle et le Parti, car jy ai adhéré par ma propre volonté. Cest là également la base du pro gramme et il ne peut être assis sur une base politique et morale sûre que si nous la comprenons à fond.
Le projet de programme nest pas un programme complet. Nous pouvons dire quil y a des choses qui manquent dans ce projet de programme et il y a des choses qui, par leur nature même, ne concer nent pas le programme. Les choses qui nappartiennent pas au programme, ce sont les commentaires. Ce programme ne contient pas seulement des mots dordre, mais également des commentaires et des polémiques contre nos adversaires. Mais ce nest pas un progralme complet. Un programme complet devrait donner une expression théorique de la société capitaliste moderne dans sa phase impéria liste. Les raisons de la crise, laugmentation du chômage, etc... dans ce projet cette analyse nest brièvement résumée que dans le premier chapitre, car nous avons déjà dit sur ces questions dans des articles dans des livres, etc... Nous écrirons encore plus et mieux. Mais ce qui est dit ici est suffisant pour les nécessités pratiques, car nous sommes tous du même avis. Le début du programme nest pas complet. Le premier chapitre nest quune suggestion et non une expression complète. La fin du programme nest pas non plus complète, car nous ny parlons pas de la révolution sociale, de la prise du pouvoir à travers linsurrection, de la transformation de la société capitaliste en dictature et de la dictature en société socialiste. Cela ne mène le lecteur que sur le pas de la porte. Cest un programme daction daujourdhui jusquau début de la Révolution socialiste. Et du point de vue pratique, ce qui est actuellement le plus important est de savoir comment nous pouvons diriger les différentes couches du prolétariat dans la voie de la révolution sociale. Jai entendu dire que les camarades de New-York commencent maintenant à organiser des groupes dans le but non seulement détudier et critiquer le projet de programme, mais également délaborer les moyens pour présenter le programme aux masses et je pense que cest là la meilleure méthode que peut utiliser notre Parti.
Le programme nest quune première approximation. Il est trop général de la façon dont il est présenté pour la prochaine conférence internationale. Il exprime la tendance générale du développement mondial. Nous avons un court chapitre concernant les pays coloniaux et semi-coloniaux, nous avons un chapitre concernant les pays fascistes, un chapitre sur lUnion Soviétique, et ainsi de suite. Il est évident que les caractéristiques générales de la situation mondiale sont semblables car elles découlent toutes de la pression de léconomie impérialiste, mais chaque pays a ses conditions particulières et une politique réaliste doit commencer par considérer ces conditions particulières dans chaque pays et même dans chaque partie du pays. Cest pour cela quune étude très sérieuse du programme est la première tâche de chaque camarade aux Etats-Unis.
Il y a deux dangers dans lélaboration du programme. Le premier est de sen tenir à des lignes générales abstraites et de répéter les mots dordre généraux sans aucune relation avec les syndicats locaux. Ceci est la direction du sectarisme abstrait. Lautre danger est lopposé, celui de trop adapter aux conditions spécifiques, de relacher la ligne révolutionnaire générale. Je pense quaux Etats-Unis le deuxième danger est le plus immédiat. Je me souviens à ce sujet tout particulièrement du cas de larmement des piquets de grèves, etc. Quelques camarades avaient peur que ce ne soit pas approprié aux ouvriers, etc... (...)
Partout je demande: que devrions-nous faire ? Adapter notre programme à la situation objective ou à la mentalite des ouvriers ? Et je pense que cette question doit être posée à tous les camarades qui disent que notre programme nest pas adapté à la situation en Amérique. Ce programme est un programme scientifique. Il est basé sur une analyse objective de la situation objective. Il ne peut être compris dans son ensemble par les ouvriers. Il serait très bien que lavant garde le comprenne dans la prochaine période et qualors elle sadres se aux ouvriers: « Vous devez vous défendre du fascisme » Que voulons-nous dire par situation objective ? Ici nous devons analyser les conditions objectives pour une révolution sociale. Ces conditions sont exposées dans les uvres de Marx-Engels et demeurent inchangées dans leur essence aujourdhui. Dabord, disait Marx, aucune société ne disparait avant davoir épuisé toutes ses possibilités. Quest-ce que cela signifie ? Que nous ne pouvons éliminer une société par une volonté subjective, que nous ne pouvons organiser une insurrection comme le firent les Blanquistes. Que signifient les « possibilités » ? Qune « société ne peut disparaître » ? Tant que la société est capable de développer les forces productives et denrichir la nation elle demeure forte et stable. Ce fut la condition de la société basée sur lesclavage, sur la féodalité, et de la Société capitaliste. Ici nous arrivons à un point très intéressant que jai analysé précedemment dans mon introduction au « Manifeste Communiste ». Marx et Engels attendirent une révolution toute leur vie. Et surtout pendant les années 1848-1850, ils sattendirent à une révolution sociale Pourquoi ? Ils disaient que le système capitaliste était devenu un frein au développement des forces productives. Etait-ce correct ? Oui et non. Cétait juste dans le sens que si les ouvriers avaient été capables de satisfaire aux besoins du 19 ème siècle et de prendre le pouvoir, le développement des forces productives aurait été plus rapide et la nation plus riche. Mais étant donné que les ouvriers nen étaient pas capables, le système capitaliste demeure avec ses crises, etc. Pourtant la ligne générale était ascendante. La dernière guerre de 1914-1918 fut le résultat de létroitesse du marché mondial pour le dévelop pement des forces productives et chaque nation tentait déliminer toutes les autres nations afin de semparer du marché mondial. Elles ny réussirent pas et maintenant nous voyons que la société capitaliste entre dans une nouvelle phase. Ils furent nombreux à dire que cétait le résultat du fait que la société a épuisé ses possibilités.
La guerre nétait que lexpression de lincapacité dune plus grande extension. Après la guerre nous avons eu la crise historique devenant de plus en plus aiguë. Le développement capitaliste fut partout ca ractérisé par la prospérité et puis les crises, mais le nombre des crises et des périodes de prospérité augmentait. Au début de la guerre nous voyons que les cycles des crises et des périodes de prospérité forme une ligne de déclin. Cela signifie maintenant que la société a totale ment épuisé ses possibilités internes et doit ètre remplacée par une nouvelle société ou alors lancienne société ira à la barbarie tout comme la civilisation de la Grèce et de Rome parce quelle avait épuisé ses possibilités et ne pouvait être remplacée par une autre classe. (...)
Ce nest pas une crise de conjoncture, mais une crise sociale. Notre parti peut jouer un rôle important. Ce qui est difficile pour un jeune parti évoluant dans une atmosphère lourde de traditions précédentes dhypocrisie, est de lancer un mot dordre révolutionnaire. « Cest fantaisiste ».. « Ce nest pas adéquat en Amérique ». Mais il est possible que cela changera lorsque vous lancerez les mots dordre révolu tionnaires de notre programme. Il y en a qui riront. Mais le courage révolutionnaire ne consiste pas seulement à être tué, mais à supporter le rire de gens stupides qui sont en majorité. (...)
Question: Lidéologie des ouvriers ne fait-elle pas partie des facteurs objectifs ?
Trotsky: Pour nous autres, petite minorité, lensemble est objectif la mentalité des ouvriers incluse. Mais nous devons analyser et classer. Ies éléments de la situation objective qui peuvent être transformés par notre propagande et ceux qui ne peuvent pas lêtre. Cest pour cela que nous disons que le programme est adapté aux éléments fondamentaux et stables de la situation objective et notre tâche consiste à adapter la mentalité des masses à ces facteurs objectifs. Cest une tâche pédagogique que dadapter la mentalité des masses à ces facteurs objectifs. Cest une tâche pédagogique que dadapter la mentalité. Nous devons avoir de la patience, etc. La crise de la société est la base pour notre activité. La mentalité cest larène politique de notre activité. Nous devons donner une explication scientifique de la société et lexpliquer clairement aux masses. Cest là la différence entre le Marxisme et le Réformisme.
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