pix_transparent
pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
10 août 2002
pix_transparent
La libération des femmes — 10

Comment le stalinisme opprimait les femmes


En URSS, les femmes demeuraient opprimées, même si c’était un Etat ouvrier basé sur des rapports de propriété post-capitalistes. L’élément central de l’oppression des femmes — l’existence d’un domaine séparé de travail domestique à l’intérieur de la famille, dont les femmes sont chargées, pour la plus grande partie — demeurait très répandu dans l’Etat ouvrier dégénéré, comme il l’est dans les pays impérialistes.

Ce n’était pas la conséquence d’une quelconque base “naturelle” de l’oppression des femmes, distincte de la société des classes. Cette situation reflète plutôt la manière dont l’URSS a dégénéré après une période post-révolutionnaire saine jusqu’à cet état stagnant.


La politique bolchévique

La Révolution bolchévique d’octobre 1917 portait dans son programme la promesse de la libération totale des femmes. Immédiatement après avoir pris le pouvoir, le nouveau gouvernement promulgua des lois qui, en ce qui concerne la condition des femmes, allaient beaucoup plus loin que ce que toute “démocratie” bourgeoisie avait fait auparavant ou depuis, abolissant les inégalités envers les femmes dans le domaine des droits légaux, politiques ou civiques.

En décembre 1917, l’enregistrement civique du mariage et le droit de divorcer facilement et librement furent accordés; en 1920, l’avortement fut légalisé et devint libre et gratuit dans les hôpitaux soviétiques. De plus, les bolcheviks tentèrent de supprimer les éléments fondamentaux de l’oppression des femmes au foyer. Des plans furent élaborés pour la socialisation des soins aux enfants, l’organisation de cantines et de laveries communales, etc. De la propagande encourageant l’organisation communautaire de la vie fut diffusée.

De plus, un Département de la Femme (“Zhenotdel”) fut établi, qui par sa taille et son activisme, mobilisa des millions de femmes de la classe ouvrière et de paysannes dans des discussions, des décisions et dans le travail pratique pour la mise en oeuvre du programme de libération des femmes.

Toutefois, ces plans ne furent jamais réalisés à une grande échelle, d’abord à cause des ravages de la guerre civile et de la famine, qui placèrent le jeune régime sous une terrible pression économique. Pendant la guerre civile, des cantines communales furent établies, non pas dans le cadre d’un grand plan de socialisation et d’amélioration de la qualité de la vie, mais plutôt pour effectuer une distribution efficace des ressources alimentaires. Après la guerre, la Nouvelle Politique Economique fut introduite, qui eut comme conséquence la création d’un chômage de masse, qui touchait d’abord les femmes.


La contre-révolution bureaucratique

Au milieu des années 30, le régime avait complètement abandonné le programme bolchevique pour la socialisation des tâches ménagères. La croissance de la bureaucratie, dans le cadre de pénuries généralisées — intensifiées par les premiers plans quinquennaux — conduisit à des restrictions dans les services de cantines, de laveries et de crèches, déjà pauvrement équipés et organisés. Le travail domestique privé fut encore une fois sollicité.

L’emploi de domestiques devint courant dans la couche bureaucratique. Une grande campagne hypocrite fut lancée pour la construction de la “nouvelle famille”, pour légitimer le retour de l’esclavage domestique comme objectif programmatique. Les proclamations selon lesquelles la “famille socialiste” était basée seulement sur l’amour étaient démenties par l’introduction de restrictions sur le divorce et la vie sexuelle.

En fait, comme l’a dit Trotsky, toute la logique du stalinisme était de renforcer la fréquence des “mariages de convenances” comme moyen d’accéder aux privilèges ou aux biens qui faisaient défaut.

L’incapacité du stalinisme à répondre aux besoins des femmes dans les domaines de la contraception ou de l’avortement ont conduit directement à la croissance du nombre de “faiseuses d’anges” et de décès suite à des avortements. La réponse bureaucratique fut de rendre illégal l’avortement en 1936, plutôt que de mettre en place un système de santé approprié. Ce n’est qu’en 1956, dans le contexte d’une vague d’avortements avec complications infectieuses, que la loi fut réformée.

La situation catastrophique de l’économie soviétique eut pour conséquence que la grande majorité des appareils ménagers qui, dans les pays impérialistes, ont diminué le temps nécessaire pour les tâches ménagères furent inaccessibles aux femmes soviétiques. Ceci, combiné aux fréquentes pénuries alimentaires, a pu rendre le “double travail” des femmes soviétique encore plus oppressif que celui des femmes des pays impérialistes.

Cette trahison de la révolution bolchévique a conduit à discréditer le socialisme aux yeux des travailleurs du monde entier, et en particulier des femmes travailleuses, pour qui cette société “communiste” n’a pas impliqué un véritablement changement.




Lire la suite

Haut


pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous