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10 août 2002
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La libération des femmes 11
La libération des femmes et le socialisme
Pour que les femmes connaissent une égalité politique, économique et sociale réelle avec les hommes, la base économique et sociale de leur oppression doit être détruite. Lexistence de la famille en tant que sphère privée du travail doit être abolie.
Ceci ne peut se faire que par la socialisation totale de la puériculture et du travail domestique. Pour cette raison, nous rejetons lidéalisation de la famille prolétarienne faite par le stalinisme. Cette famille prolétarienne nest quune copie de la famille bourgeoise : en effet le travail domestique privé est maintenu, dans lintérêt de la bureaucratie.
Lalimentation, le logement et le confort nécessaire à la reproduction de la force de travail doivent être la responsabilité collective de la société toute entière, mettant fin à la responsabilité individuelle de chaque famille. Ce nest que lorsque ce fardeau de lesclavage domestique aura été détruit que les femmes pourront participer pleinement à la production socialisée aux côtés des hommes.
Pourtant, cette socialisation naura un caractère véritablement socialiste que si elle est accompagnée par la destruction de la division du travail basée sur le sexe et les rôles qui en découlent dans la production socialisée.
Les femmes ne constitueront pas le seul sujet historique de cette transformation, de cette dissolution consciente de la famille bourgeoise et de la lutte pour surmonter les rôles liés au sexe. Mais elles seront le secteur de la classe ouvrière qui pousse avec la plus grande énergie et la plus grande détermination vers cette transformation.
Bien entendu, lors de ce combat, les femmes, en tant que masse, nagiront pas de façon homogène pour la destruction de la domination masculine et de la famille bourgeoise. Croire cela conduirait à appuyer lidée spontanéiste selon laquelle loppression en soi créera automatiquement une résistance uniforme parmi les opprimés.
Dans ce combat, comme dans dautres, lavant-garde jouera un rôle décisif. Le parti révolutionnaire, et dabord ses militantes, sera à lavant-garde de cette lutte. Les femmes communistes organiseront les couches les plus avancées, y compris les militants ouvriers qui ne sont pas au parti, surtout les femmes, pour combattre le sexisme, lutter pour légalité et mobiliser la masse des femmes travailleuses pour quelles jouent leur rôle de sujet historique de la transformation socialiste et de lémancipation des femmes.
Ces tâches sont inséparables du renversement de la propriété privée des moyens de production. Ce nest quà ce point quil sera possible, sur la base dune économie planifiée, dextirper de façon systématique tous les aspects de loppression des femmes, quils soient légaux, économiques, sociaux ou politiques.
Pour initier ce processus, il est nécessaire que la classe ouvrière, armée et organisée dans des conseils ouvriers et des milices ouvrières, sempare du pouvoir de lEtat et que la résistance des exploiteurs soit écrasée.
Le poids de loppression des femmes
La subordination des femmes et limportance de la famille dans la vie quotidienne ont été des caractéristiques de toute société de classe jusquà maintenant. La véritable libération des femmes et des enfants de leur oppression, ainsi que la transformation de la vie de tous sous le socialisme, exigeront une longue et difficile lutte contre les idées et les normes du passé.
La transformation de la personnalité, de lesprit, seront nécessaire pour que les gens vivent de façon collective et coopérative. Ceci va prendre des générations. Les profondes cicatrices psychologiques produites par la vie dans une société basée sur le profit, la cupidité et la compétition ne disparaîtront pas du jour au lendemain.
Un combat conscient pour le changement sera nécessaire pendant des années. Mais les bases matérielles de la vie collective, établies à travers la création de lEtat ouvrier, la planification pour les besoins et non le profit, et la destruction de la prison solitaire quest le ménage privé, feront en sorte que le combat pour un nouvel esprit, pour un nouvel être véritablement humain et des relations sexuelles véritablement libérées, sera possible.
En 1848 Marx et Engels ont revendiqué la destruction de la famille bourgeoise. En Russie après octobre 1917, il est devenu clair que les rapports familiaux bâtis par le capitalisme ne pourraient pas être abolis dun seul coup. LEtat ouvrier a crée la base sur laquelle le travail domestique pourrait être socialisé, même si le stalinisme a bloqué la réalisation de cet élément du programme révolutionnaire, comme tant dautres. En socialisant plusieurs aspects du travail domestique, lEtat ouvrier nabolit pas immédiatement la famille bourgeoise, mais crée les moyens avec lesquels les femmes peuvent se libérer de la prison familiale et du travail domestique privé.
Dans la mesure où ce processus de socialisation est réussi (à travers la puériculture, des cantines et des laveries communes), les bases de lancienne famille, héritée du capitalisme, sont détruites.
Dans ce sens lancienne famille, comme lEtat lui-même vont disparaître en même temps quon avance vers le communisme. Mais, de la même manière que nous ne voulons pas prévoir, de façon utopique, la nature des relations sexuelles sous le communisme, nous refusons de présenter une image de la famille sous le communisme.
La famille bourgeoise disparaîtra. Ce qui la remplacera sera décidé par les gens du futur, ceux qui seront libérés de tous les contraintes matérielles et idéologiques qui caractérisent et tourmentent les relations familiales sous le capitalisme. De la même façon on créera les conditions dune véritable libération sexuelle à travers laquelle les gens pourront définir librement leur propre sexualité.
Les femmes travailleuses et la révolution socialiste
Le rôle des femmes dans le renversement du capitalisme et la construction du socialisme est essentiel. En tant que partie de la classe ouvrière, les femmes doivent être impliquées dans la lutte pour le pouvoir. Partout dans le monde, les femmes ont démontré leur capacité à lutter.
Il en est souvent ainsi que les femmes travailleuses, confrontées aux difficultés terribles produites par les responsabilités familiales et le travail, constituent une force explosive dans la lutte des classes, comme ce fut le cas en Russie en février 1917.
Qui plus est, parce que les femmes sont souvent inorganisées, ou récemment organisées, elles peuvent, pendant un certain temps, montrer un militantisme explosif libéré des règles bureaucratiques qui caractérisent la routine syndicale normale.
Précisément à cause des fardeaux et des tâches qui découlent du travail domestique et la puériculture, les organisations indépendantes des femmes, comme les comités de contrôle des prix formés par les femmes au foyer, ou les comités pour la distribution de la nourriture, jouent un rôle décisif, en tant que partie intégrante dun mouvement prolétarien des femmes, dans létablissement des organes du pouvoir ouvrier dans les périodes révolutionnaires et pré-révolutionnaires.
Ne pas gagner de façon positive les femmes à ce combat peut les laisser en proie à lidéologie de la classe dirigeante et permettre quelles agissent de façon réactionnaire dans la classe ouvrière. Comme ce sont les femmes qui sont les plus impliquées dans la puériculture et leur tâches quotidiennes et qui sont les principaux bâtisseurs du foyer, leur expérience et leur contribution dans la planification de laccomplissement social de ces tâches seront très importantes.
Les femmes travailleuses seront au centre du le combat pour lémancipation des femmes et de la classe ouvrière elles constituent la couche la plus opprimée de leur sexe. Parmi les femmes, ce sont elles qui ont lintérêt le plus radical dans la destruction de leur oppression. Pour répondre aux besoins fondamentaux des femmes prolétariennes, il faudra plus que des droits et des opportunités égalitaires, ou des schémas utopistes pour la libération psychologique et sexuelle individuelle.
Au sein de la classe ouvrière, elles nont pas de privilèges aristocratiques : en général, elles sont moins bien formées et ne touchent pas de hauts salaires qui pourraient les conduire à se réconcilier avec le capitalisme.
Mais trop souvent, les femmes travailleuses les mieux organisées ont été trahies par les dirigeants syndicaux qui, eux, ont fait la paix avec le capitalisme. Cette situation, liée au fait que les femmes sont traditionnellement plus arriérées, du fait de leur isolement au foyer, qui ouvre la brèche aux idées véhiculées par les médias et par lEglise, montre quune oppression et une exploitation accrues ne sont pas suffisantes pour pousser les femmes à la direction du combat pour la libération. Ceci est vrai même dans les pays semi-coloniaux, où loppression des femmes travailleuses et des paysannes est encore plus aiguë que dans les pays impérialistes.
Mais la classe ouvrière est la première classe exploitée capable de mettre fin à toute exploitation. Ce nest pas simplement parce quelle est la classe la plus exploitée et la plus opprimée, mais parce que le capitalisme lui-même met le prolétariat au coeur de la production socialisée, lui permettant de devenir conscient de lui-même en tant que classe, de sorganiser contre les capitalistes, de les renverser, et de réorganiser la production.
Les femmes font partie intégrante de cette classe et de cette potentialité. Le capitalisme na jamais pu impliquer toutes les femmes prolétariennes dans la production, mais les femmes constituent pourtant un élément vital de la main-doeuvre : cest cette section, en partie libérée des effets néfastes de lisolement domestique, qui peut agir en tant quavant-garde de toutes les femmes prolétariennes.
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