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10 août 2002
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La libération des femmes — 14

Pour un mouvement des femmes travailleuses !


Nous nous appuyons sur la tradition russe et allemande des mouvements révolutionnaires des femmes travailleuses, et sur la défense par Trotsky et par la jeune QI de la position révolutionnaire sur la question des femmes. Nous voulons développer cette tradition et ces positions. Nous ne voulons pas copier leurs positions, ni leurs actions.

Mais nous pensons qu’elles représentent une expérience précieuse quant à la direction des femmes travailleuses dans le combat pour leur propre émancipation. Il faut aussi appuyer les positions marxistes avancées dans ces périodes, contre la capitulation de la sociale-démocratie et du stalinisme devant les analyses bourgeoises de la question des femmes.

Aujourd’hui, nous combattons pour la construction d’un mouvement de masse des femmes travailleuses, enraciné dans les entreprises, les syndicats et les communautés ouvrières.

Comme dans les mouvements allemand et russe, un tel mouvement ne devrait pas être séparé mais ancré dans les organisations de masse du prolétariat. Sa stratégie combative ne doit pas être limitée aux seules questions économiques, ou aux intérêts sectoriels des seules “femmes travailleuses”.

Dans son programme doit figurer le combat contre tous les aspects de l’oppression des femmes sous le capitalisme : la lutte contre les remises en causes du droit à l’avortement et à la contraception, la lutte contre la violence physique dont souffrent les femmes, la lutte contre les effets de la crise capitaliste tels les bas salaires, l’insécurité de l’emploi, la hausse des loyers, l’augmentation des prix, les attaques contre la Sécurité Sociale, etc. Un mouvement des travailleuses pourrait montrer la voie lors de tels combats.

Au sein d’un tel mouvement, les communistes révolutionnaires combattraient pour leur programme, et pour la direction du mouvement, face aux réformistes, aux centristes et aux féministes. Les révolutionnaires lutteraient pour convaincre les femmes d’adhérer au parti afin qu’elles soient liées dans le combat à l’ensemble des luttes de la classe ouvrière.

A ceux qui disent qu’un mouvement des femmes travailleuses diviserait la classe ouvrière et conduirait au séparatisme et au féminisme bourgeois plutôt qu’à la lutte révolutionnaire, nous répondons : D’abord, notre classe est déjà divisée entre les sexes du fait de l’oppression des femmes, ce qui conduit aux privilèges défendus activement par certains hommes par des méthodes telles l’exclusion des femmes de certains emplois et de certains syndicats), et au sexisme omniprésent au sein de la classe ouvrière.

Dans ces conditions, si les femmes veulent participer au mouvement ouvrier sur un pied d’égalité avec les hommes, elles devront combattre pour être entendues, pour que leur rôle soit pris au sérieux, et pour que la classe toute entière combatte pour les revendications des femmes.

Deuxièmement, un mouvement des femmes travailleuses est nécessaire pour toucher les femmes qui sont enfermées dans la famille, en dehors de la production sociale, en proie aux idées arriérées, et qui constituent des recrues potentielles pour la réaction. Troisièmement, quoique nous pourrions dire en tant que révolutionnaires, des mouvements des femmes travailleuses surgiront spontanément au cours des luttes.


Les femmes travailleuses s’organisent

Pays après pays, les femmes travailleuses se trouvent poussées à l’activité politique, à prendre la tête de quartiers ouvriers, les mouvements démocratiques et les syndicats, avec, partout, une certaine tendance à créer leurs propres organisations. Elles ont créé des regroupements au sein des syndicats, et lancé des campagnes en faveur de l’avortement ou pour l’égalité des salaires.

Elles ont créé des organisations de femmes pour soutenir les travailleurs hommes en lutte, comme les mouvements de soutien aux mineurs en Bolivie pendant les années 80 ou encore en Grande Bretagne, des organisations qui ont appuyé l’unité de la classe ouvrière et la solidarité de classe.

En même temps, la création de ces groupes de solidarité a montré que les femmes ont quelque chose de particulier à offrir, et ont renforcé leur propre capacité à participer au combat, même face à l’hostilité sexiste.

La construction d’un mouvement des femmes véritablement révolutionnaire, dirigée par des cadres communistes femmes, mettra au pied du mur à la fois le sexisme et l’hostilité rencontrés dans certains secteurs du mouvement ouvrier, les préjugés et les obstacles auxquels doivent faire face les femmes chez elles.

Le parti, et notamment ses militantes, devront lutter consciemment autour de ces questions dans la classe ouvrière, et dans leurs propres rangs dans la mesure ou le sexisme existe aussi dans le parti.

Si les communistes n’interviennent pas avec un programme clair pour la construction d’un mouvement des femmes travailleuses, alors la direction de ces organisations sera laissée aux mains des réformistes et des féministes, à la domination des forces de classe étrangères.

Il s’agit de la méthode du front unique. Aux organisations ouvrières et aux féministes, nous disons : les femmes de la classe ouvrière souffrent de l’oppression, elles sont victimes d’attaques considérables durant les périodes de crises capitalistes, et elles ont besoin de lutter. Elles ne devraient pas placer leur confiance dans les dirigeants syndicaux réformistes actuels, ni dans les partis staliniens ou sociaux-démocrates, ni encore dans les mouvements et partis nationalistes petit-bourgeois.

Mais nous reconnaissons que, dans la période actuelle quand les révolutionnaires ne représentent qu’une partie infime de la classe ouvrière, il serait sectaire, voire enfantin, de se limiter à la construction d’un département féminin du parti, ou à un “mouvement communiste des femmes”.

L’écrasante majorité des femmes travailleuses font confiance aux dirigeants et aux partis réformistes pour qu’ils combattent pour leurs revendications. Il faut, selon nous, exiger que ces dirigeants luttent, qu’ils soient responsables de leurs actions, et que les femmes s’organisent pour empêcher leur trahison.

Mais le front unique n’est jamais une fin en soi. Il n’existe pas seulement pour l’unité de combat, mais aussi pour mettre à l’épreuve les directions concurrentes — qu’elles soient réformistes, centristes ou révolutionnaire. Il s’agit donc d’une tactique qui permet aux révolutionnaires de prendre la direction des masses aux autres forces politiques.

Mais ceci ne peut pas être transformé en un processus évolutif. Comme pour d’autres fronts uniques, les réformistes et les centristes essayeront — et parfois arriveront — à scinder le mouvement. Les communistes n’ont pas peur de prendre la responsabilité de diriger un mouvement des femmes explicitement communiste luttant aussi bien contre le réformisme que contre les mouvements des femmes bourgeois.

Après la révolution, la tâche des communistes sera d’étendre ou de construire un mouvement des femmes véritablement de masse, sur la base du programme d’action communiste. Si d’autres partis ouvriers ou paysans se rallient à la dictature prolétarienne, un mouvement de masse des femmes communiste pourrait garder son caractère de front unique.

Dans tous les cas, il faut construire un mouvement dirigé par les femmes communistes pour organiser des formes spéciales d’agitation et de travail parmi les femmes, avec comme objectif d’organiser des militantes et des non-militantes dans la lutte active pour leur propre émancipation.

Ceci impliquerait des mesures organisationnelles telles que des conférences et des comités locaux démocratiques et indépendants qui seraient complémentaires plutôt qu’opposés à la participation des femmes dans les organisations de la classe ouvrière (syndicats, parti, conseils ouvriers).

Nous n’avons pas peur de gagner au communisme la direction de masse de la classe ouvrière. Notre objectif stratégique demeure toujours un mouvement communiste de masse des femmes. Au cours de cette lutte dans tous les fronts uniques qui pourraient être tactiquement nécessaire, l’organisation communiste a le devoir d’organiser ses militantes comme une fraction communiste, sous la discipline totale du parti.


L’importance du travail dans les entreprises

Le centre du mouvement communiste des femmes travailleuses doit se trouver parmi les femmes organisées dans les entreprises. Cela veut dire s’organiser pour s’assurer que les syndicats s’occupent des revendications des femmes, construire des groupes de femmes non-mixtes dans les syndicats pour permettre aux femmes de discuter de leur oppression particulière et pour gagner en confiance combative, faire adhérer de plus en plus de femmes aux syndicats et développer la conscience de classe.

En s’organisant contre la bureaucratie syndicale qui refuse de prendre au sérieux les revendications des femmes, le mouvement des femmes travailleuses fera partie intégrante du combat pour la construction d’une opposition de la base et d’une direction alternative.

Mais un mouvement des femmes travailleuses va également attirer les femmes qui vivent dans des HLM, des bidonvilles et des townships; il va faire sentir son influence à la campagne, parmi la masse des paysannes qui souffrent d’une pauvreté et d’une oppression écrasantes.

Pour les révolutionnaires, la construction d’un tel mouvement n’est pas un choix parmi d’autres, mais une partie essentielle du combat pour unifier la classe ouvrière et ses alliés dans la lutte pour le renversement du capitalisme et la construction du socialisme. Dans les pays dominés par l’impérialisme, il pourrait s’avérer nécessaire d’appliquer le front unique anti-impérialiste avec des forces bourgeoises ou petite-bourgeoises pour arracher des mesures progressistes.


La tactique révolutionnaire

Nous reconnaissons que le combat pour la libération des femmes est inséparable du combat pour le socialisme, mais nous n’ignorons pas la question des droits démocratiques et les luttes des féministes autour de ces questions.

Nous appuyons le combat pour des réformes démocratiques qui accorderaient aux femmes la reconnaissance de l’égalité dans la loi, dans les questions de propriété, dans la politique etc. L’expérience du féminisme nous montre que de tels “droits” sont difficiles à arracher et à maintenir, même sous des régimes qui se disent démocratiques et progressistes.

Comme pour toutes les revendications démocratiques, seule la classe ouvrière parvenue au pouvoir peut garantir de tels droits. Par exemple, en soutenant le combat pour le droit de vote des femmes, nous combattons pour le droit de vote pour tous, et contre un suffrage basé sur la propriété, la race ou la religion. Nous appelerions les travailleurs à s’organiser et à faire grève pour soutenir de telles revendications, en liant cette lutte à la question du pouvoir ouvrier.

Nous cherchons à convaincre les féministes petites-bourgeoises de participer avec la classe ouvrière au combat pour les revendications démocratiques ou d’autres revendications. Nous rejetons la création d’un front populaire des partis bourgeois et ouvriers pour la réalisation de telles réformes démocratiques. Des telles alliances entre les classes lient les travailleurs à un programme bourgeois et nient l’indépendance des partis de la classe ouvrière.

Les MLF des années 60 et 70 furent basés sur des forces principalement petites-bourgeoises et sur les “cols blancs”. Dans leur politique, ces mouvements vantaient l’avantage d’une alliance avec les bourgeoises, mais ces dernières ignoraient généralement la proposition et maintenait leurs propres organisations.

Les révolutionnaires doivent mener un débat constant avec les femmes travailleuses, les étudiantes et les intellectuelles qui ont adhéré au MLF. L’activité commune autour des questions comme l’avortement peut fournir la possibilité de gagner de telles femmes à la politique révolutionnaire et à rompre avec le féminisme.

La construction d’une tendance révolutionnaire à l’intérieur d’un mouvement féministe de masse petit-bourgeois pourrait être une tactique importante pour le parti révolutionnaire, mais n’impliquerait nullement une concession au séparatisme ou à l’autonomie politique, parce que les femmes communistes s’opposeraient toujours à des telles positions et chercheraient toujours à construire des liens avec les travailleurs, hommes et femmes.

Mais nous défendons le droit d’un mouvement des femmes travailleuses de créer des structures indépendantes (par exemple des fractions de femmes dans les syndicats) et des formes d’expression culturelles (par exemple des fêtes ou des concerts non-mixtes, etc).


La question du parti

Pour les marxistes, la stratégie cohérente pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière — le programme — est inséparable des militants organisés qui combattent pour et appliquent ce programme — le parti. La question de la libération des femmes fait partie intégrante de ce programme et les femmes communistes font partie intégrante de ce parti, à sa base et à sa direction.

Un tel parti doit combattre le sexisme dans ses propres rangs, parmi les travailleurs combatifs et dans la classe ouvrière en général. Pour cela, il doit prendre des mesures spéciales afin de renforcer et d’encourager les femmes au sein du parti et de la classe.

Pour cela, le droit des femmes de se réunir dans des groupes non-mixtes et l’organisation de crèches permettant aux mères de participer aux réunions politiques, sont fondamentaux. Les communistes soulignent dans leur agitation que tant que le travail domestique et la puériculture ne sont pas totalement socialisés, les hommes sont politiquement et moralement obligés d’y participer.

Ces droits doivent être garantis, mais nous rejetons totalement la position selon laquelle le parti centraliste démocratique est nuisible à la pleine participation des femmes, et que les femmes doivent donc organiser “leur combat” de façon séparée parce qu’elles seules ont l’expérience subjective de leur oppression.

Si cette expérience est un élément vital dans la mise en oeuvre de la stratégie et de la tactique, l’oppression des femmes et son rapport à la société de classes — comme l’existence de l’exploitation de la classe ouvrière — n’ont pas été découvertes par la seule expérience subjective. Cette oppression a fait, fait et fera l’objet d’une analyse scientifique pour laquelle le parti tout entier est l’instrument nécessaire.

Les femmes travailleuses seront vitales pour la construction du parti révolutionnaire, comme elles le seront pour la construction du socialisme après la création d’un Etat ouvrier. Sans la direction d’un parti révolutionnaire, les luttes spontanées des femmes ne seront pas en mesure de tirer les leçons des luttes du passé, de représenter un défi efficace aux dirigeants réformistes du mouvement ouvrier ou aux dirigeantes féministes du mouvement des femmes.

Toute victoire qui en résulterait risquerait d’être partielle et temporaire et ne parviendrait pas à poser les questions fondamentales de l’oppression des femmes et de l’exploitation de classe, sauf si les femmes qui auraient participé au combat étaient gagnées au parti révolutionnaire, à son programme pour la libération des femmes et pour le socialisme.

C’est à la construction d’un tel parti et d’un mouvement de masse des femmes travailleuses, dirigé par des communistes révolutionnaires, qu’oeuvre la Ligue pour une Internationale Communiste Révolutionnaire. 


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