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10 août 2002
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La libération des femmes — 2

Avant l’oppression systématique : les femmes dans la préhistoire

L’oppression sociale systématique des femmes est inextricablement liée à l’existence de la société de classe. En raison du développement de la propriété privée et de la division de la société en différentes classes, la pleine égalité politique, sociale et économique fut niée aux femmes. La subordination des femmes n’est en rien “naturelle” ou “éternelle”.

Au cours de la période de développement de la société humaine qu’Engels a décrite comme “le communisme primitif”, la contribution des femmes à la société et leur rôle au sein de cette dernière furent perçus comme égaux — et parfois supérieurs — à ceux des hommes.

L’existence de telles sociétés — démontrée par les anthropologues et les archéologues — dément la théorie de ceux qui défendent la subordination des femmes parce “qu’il en a toujours été ainsi” et que, donc, il devrait toujours en être ainsi.

Elle montre aussi l’erreur des féministes, qui voient dans l’existence de l’oppression des femmes dans différentes sociétés est la preuve qu’elle n’est pas le résultat de la division de la société en classes.

La société de classe et les formes de propriété correspondantes sont le résultat de l’effondrement de la société gentilice. Les gentes avaient des possessions collectives ou communautaires; les éléments fondamentaux de l’organisation sociale consistaient en des communautés domestiques et non des familles.

Les gentes étaient souvent structurées selon des bases matrilinéaires, mais certains étaient patrilinéaires. La base de la production dans ces communautés étaient d’abord l’agriculture et l’élevage alors que les formes les plus anciennes de la société humaine consistaient en des groupes qui faisaient la cueillette mais n’utilisaient pas encore la terre comme moyen de travail mais comme objet de travail.

La terre n’était donc pas une propriété, même dans le sens d’une propriété commune. Ces groupes primitifs vivaient de la chasse et de la cueillette. Plus tard, l’horticulture et la domestication des animaux devinrent la base de la subsistance.

Dans ces sociétés il y avait des divisions du travail fondées sur le sexe et l’âge. Mais ces divisions n’étaient ni rigides, ni formalisées par le rituel ou la coutume. Elles n’étaient pas identiques dans tous les groupes, mais des traits communs relatifs aux rôles des hommes et des femmes, apparurent pendant cette période de la société humaine.

En général, les femmes s’occupaient plutôt de la cueillette que de la chasse, à cause de leur rôle dans la reproduction. La grossesse et l’allaitement des enfants (qui durait souvent longtemps), expliquent que les femmes s’occupèrent d’abord de la cueillette. Quoique ce travail fût dur, il était plus facile à effectuer que la chasse quand elles avaient un nourrisson. Les hommes s’occupaient d’abord de la chasse et des autres activités qui impliquaient une mobilité accrue et de quitter le campement.


La nature de la division du travail entre les sexes

Malgré certaines exceptions (assez souvent, par exemple, les jeunes femmes, avant de devenir mères, participaient à la chasse), on retrouve les mêmes caractéristiques dans la grande majorité des sociétés de chasseurs-collecteurs étudiées. Toutefois, cette division du travail n’était pas oppressive, ni pour l’époque, ni de façon intrinsèque.

Le travail de cueillette des femmes n’était pas moins valorisé que celui des hommes à la chasse. Une égalité approximative existait entre les sexes. Dans certaines situations, quand sa survie était menacée par le manque de femmes, un petit clan pouvait mener une attaque contre un clan voisin, et chercher à enlever des femmes, pour leur rôle dans la reproduction, tandis que les prisonniers hommes étaient généralement tués immédiatement.

Pour se protéger contre des telles attaques, les femmes étaient dépendantes de la protection des hommes, plus habitués à l’art de la guerre. Les féministes utilisent ces faits pour appuyer leur hypothèse selon laquelle l’oppression des femmes existait dans la société communiste primitive. Il n’en est rien. Cette dépendance était plutôt un élément de l’interdépendance des hommes et des femmes au sein de la société primitive.

L’importance de la reproduction comme élément déterminant la nature de la division du travail ne veut pas dire que l’oppression était déterminée biologiquement. Les rôles dans la reproduction ont joué une part importante dans la formation d’une division du travail, au départ non-oppressive.

Le facteur central qui a conduit à la transformation de cette division du travail en une division du travail oppressive n’a pas été le rôle reproducteur des femmes en soi, mais plutôt le développement des forces de production et l’évolution du rapport entre celles-ci et la reproduction.

Les forces de production ont connu une expansion lors du développement de l’horticulture et puis de l’agriculture, de la domestication des animaux et de l’élevage, et lors du développement de la métallurgie, conduisant à la production de meilleurs outils pour effectuer ces tâches et aussi à la production des armes. Ceci a créé les conditions pour la production d’un surplus, c’est-à-dire de plus de nourriture et de moyens de subsistance que ce qui était nécessaire à la survie du groupe.


Les origines de la société de classe

L’existence d’un surplus a stimulé une lutte au sein des gentes. Une couche d’individus, sortie du système complexe de rang qui dominait au sein des gentes, a commencé à faire valoir son contrôle direct sur le surplus, en contradiction avec les normes communautaires existantes précédemment. Les individus ayant acquis et contrôlant une forme embryonnaire de propriété privée entrèrent en conflit avec la gens tout entière.

Ce combat ne constituait pas encore une lutte de classes, mais plutôt la naissance de la société de classe. Le glas sonnait pour le “communisme primitif”. Pendant cette période, la gens fut remplacée par la famille individuelle et la monogamie fut imposée aux femmes. Ce processus a conduit à une oppression systématique des femmes.

Bien entendu, toutes sortes “d’oppression” existaient pendant ces premières phases du développement humain — les prisonniers, par exemple, qu’ils soient hommes ou femmes, étaient souvent opprimés. C’est aussi pendant ces phases que l’oppression de la sexualité, et d’abord celle des femmes, trouve son origine.

Dans des sociétés menant un combat acharné pour maintenir leur existence dans le cadre d’une économie de subsistance, certains facteurs, comme les problèmes démographiques, ont conduit à l’établissement de rites et de tabous qui ont souvent eu des conséquences brutales pour les femmes, à cause de leur rôle dans la reproduction (p.ex. chez les aborigènes d’Australie).

Ces exemples sont toutefois des exceptions, qu’on peut expliquer par des facteurs matériels conjoncturels : ils ne constituent pas la preuve de l’oppression sociale généralisée des femmes à cette époque.

L’oppression des femmes dans les sociétés qui se trouvaient au seuil de la division en classes était loin d’être un système cohérent d’oppression et de discrimination basé sur le sexe. La dissolution de l’égalité originelle du communisme primitif s’étala sur des milliers d’années; dans plusieurs sociétés tribales elle fut accompagnée par des mouvements contraires, pour le maintien de l’ancien ordre.

L’oppression sociale systématique des femmes en tant que sexe fut la conséquence de la lutte entre la propriété privée et le système de possession communautaire (ou, dans le cas du mode de production asiatique, la propriété étatique), et du triomphe de l’un sur l’autre.

Cette oppression sociale signifia l’exclusion systématique des femmes du partage égalitaire du produit social commun, et leur enleva tout contrôle sur le produit de leur propre travail.

Cette forme d’oppression, l’oppression sociale, ne peut se développer que là où il y a eu une production prolongée de surplus social et où le combat pour le contrôle de ce surplus nécessite le contrôle des fonctions productrices et reproductrices des femmes. L’oppression sociale des femmes fut donc le résultat de l’apparition de la société de classe. Ce n’est qu’avec la destruction de cette société de classe qu’elle pourra être jetée dans la poubelle de l’Histoire.

La production d’un surplus a fait que le processus d’échange entre gentes est devenu de plus en plus important, alors qu’auparavant prédominait la simple distribution des biens de consommation. Le commerce se développant, il est apparu que la valeur du surplus permettait l’acquisition de produits venant d’autres gentes.


Les hommes, les femmes et les classes


Les couches qui contrôlaient ce surplus, et qui ont ainsi pu devenir la classe dominante des nouvelles sociétés, étaient d’abord composées d’hommes, à cause du rôle de ces derniers dans la production. Alors que la division du travail existant précédemment était d’abord non-oppressive, elle joua un rôle central dans la création d’une classe dirigeante. Le rôle joué originellement par les hommes dans la chasse fut décisif sur trois points.

D’abord, les hommes contrôlaient les animaux domestiques, une sphère de production dynamique en ce qui concernait l’expansion du surplus. Deuxièmement, l’importance accrue de la terre comme source de valeur conduisit à des luttes pour la terre. Du fait de leur rôle dans la chasse, les hommes contrôlaient les armes (et, de ce fait, les outils), et avaient la capacité d’en fabriquer et de s’en servir. Pendant les guerres, les hommes n’avaient pas seulement pour rôle de combattre les gentes rivales, mais aussi de détruire le contrôle qu’exerçait les femmes sur les terres.

Les femmes travaillaient toujours la terre, mais les hommes s’appropriaient de nouvelles terres dont ils contrôlaient le produit. Le troisième avantage des hommes était que c’était généralement eux qui voyageaient. Avec le développement des forces de production, les voyages n’avaient plus seulement pour objectif la guerre, mais aussi le commerce. Dès le début, ce sont les hommes qui, en générale contrôlaient le commerce, même s’il y a eu des exceptions, comme certaines tribus en Afrique occidentale.

Les hommes jouissaient d’avantages dans les domaines de la production et de l’échange. C’est ce qui a fait qu’une couche parmi ceux qui étaient les mieux placés pour prendre le contrôle de la distribution du surplus collectif du groupe est devenue une classe dirigeante embryonnaire. Dans les premières sociétés de classe, la transformation du surplus collectif en propriété privée prenait souvent un caractère religieux, les possédants étant une caste de prêtres.

L’idée que la propriété privée n’était en fait que la possession communautaire des biens, contrôlée par des représentants des “dieux”, était l’héritage des traditions de la gens et une justification idéologique du nouveau régime qui les avait remplacées.

Ce processus donnait forme à l’ordre économique du ménage privé. La division du travail entre les hommes et les femmes devenait profondément oppressive pour les femmes. Le travail social des femmes — la cueillette, l’agriculture et la gestion du ménage — fut transformé en travail privé au service du ménage, la famille monogamique.

Ce fut le rôle des femmes dans la production qui les condamna à une position subordonnée au sein de la société. Pendant ce processus, le conflit entre les possessions communautaires et la propriété privée transforma l’organisation sociale et conduisit à l’oppression sociale systématique des femmes.

L’accumulation de la propriété privée par une caste réduite exigeait la fin du système égalitaire de distribution qui existait au sein des gentes. Le large réseau des demandeurs du produit au sein de la gens — une gamme considérable de parents, ayant chacun un droit égal — dut être détruit pour permettre la concentration du surplus.


Le développement de la famille et de l’Etat

Le résultat de la contradiction entre la possession communautaire et la propriété privée fut l’apparition d’une unité sociale plus restreinte, au sein de laquelle seuls des descendants directs pouvaient hériter.

Ce groupe, la famille telle qu’on la connaît aujourd’hui, s’est développé par la transformation de ce qui avait été le mariage apparié, temporaire et facilement dissout, entre un homme et une femme de deux gentes différentes, en base permanente du nouveau ménage.

Ce mariage apparié est devenu permanent, et pour les femmes il était sexuellement exclusif. Cela voulait dire que tous ses enfants étaient nécessairement ceux de son mari, et donc les héritiers légitimes de la richesse de celui-ci.

En même temps que ce mariage devenait la forme dominante de l’organisation sociale, des lois et des codes furent introduits pour renforcer la subordination des femmes, conduisant à la perte de toute égalité, tant pour les droits aux possessions à la propriété, que dans la vie sociale ou politique. La communauté domestique collective de la gens fut transformée en la prison de la famille monogamique. La patrilinéarité devint la norme et la matrilinéarité fut renversée.

Le conflit entre les gentes (la société gentilice) et la famille, reflet du conflit entre le communisme primitif et la propriété privée, créa le besoin objectif d’un pouvoir public pour arbitrer cette lutte.

Ainsi fut créée la base matérielle de l’Etat. Au sein des gentes, aucun pouvoir extérieur n’était nécessaire; les membres de chaque gente travaillaient en coopération, chacun ayant les mêmes droits et responsabilités.

L’Etat, externe, renforça la nature patriarcale de la famille et de l’héritage. Ces développements, qui ont pris plusieurs milliers d’années et se sont déroulés d’une façon profondément inégale, et combinée, ont créé les premières sociétés de classe (les anciennes villes-royaumes en Mésopotamie, en Egypte, etc).

Ces sociétés de classe étaient patriarcales. Les femmes avaient subi une défaite historique. 


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