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10 août 2002
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La libération des femmes — 3

L’analyse d’Engels à la lumière de la paléontologie moderne


L’analyse de l’oppression des femmes faite par Engels était, sur le fond, correcte. Pourtant, de nouvelles données anthropologiques ont remis en question certains détails de son analyse, que nous sommes donc amenés à corriger et à modifier. A savoir :

1) La théorie d’Engels selon laquelle le droit maternel constituait une étape universelle de la société et que cette étape comprenait une période de domination féminine n’a pas été confirmée par les découvertes anthropologiques et archéologiques modernes. Il semble clair que certaines gentes étaient matrilinéaires, mais il n’y a pas de preuve qu’elles aient été dominées par les femmes. Une égalité approximative existait entre les sexes. Qui plus est, cette égalité se manifestait aussi dans les gentes patrilinéaires qui existèrent durant cette première phase de la société humaine. Mais parce que la destruction de la matrilinéarité fut toujours un élément du développement de la société de classe, Engels avait raison de parler d’une défaite historique des femmes. Cette défaite fut le résultat d’un processus et non d’un acte conscient et catastrophique accompli par les hommes, contre les femmes.

2) L’accent mis par Engels sur l’élevage du bétail comme centre primordial de l’accumulation d’un surplus ne doit pas nous masquer l’importance du combat pour le contrôle de la terre qui fut un élément important dans le processus qui conduisit à l’oppression des femmes. Le passage de l’horticulture à l’agriculture fit de la terre une source essentielle du surplus. Tandis que dans les sociétés agricoles les femmes purent maintenir plus ou moins leur égalité, dans les sociétés nomades, qui faisaient de l’élevage, la situation fut tout à fait différente. Mener le bétail, qui était le seul apanage des hommes, contribuait beaucoup plus au produit social que le travail des femmes. Dans ce contexte, des éléments fondamentaux du patriarcat et de l’oppression des femmes furent établis et, lors des guerres et des invasions, imposés aux sociétés agricoles vaincues. La domination des hommes dans la conduite de la guerre faisait que ces derniers étaient les principaux bénéficiaires des combats, dont l’enjeu était des terres.

3) Engels identifiait la société esclavagiste comme la première véritable société de classe dans laquelle la subordination des femmes était légalement inscrite. En fait, les civilisations urbaines de la Mésopotamie furent des sociétés de classe, dominées par de grands propriétaires terriens et une caste de prêtres qui exigeait un tribut de la masse des fermiers, au sein desquelles la famille patriarcale fut établie et reconnue par les lois de l’Etat.
La différence entre ces sociétés et les sociétés esclavagistes du monde ancien était qu’elles montraient plus clairement et plus souvent les traces des anciennes gentes communautaires d’où elles tiraient leurs origines (p.ex. l’idée que les biens appartenaient aux dieux, plutôt qu’aux individus, et que les prêtres n’étaient que leurs administrateurs; les femmes pouvaient échapper aux aspects de leur oppression légale en payant pour servir dans un temple, etc).

4) A l’analyse d’Engels il faut ajouter une explication des raisons qui firent que les femmes furent subordonnées en tant que sexe. La transformation de la division du travail typique des sociétés de chasseurs-collecteurs a consisté à passer d’une division essentiellement coopérative à une division marquée par l’oppression systématique. Le conflit entre la famille et la gens se trouvait à l’origine de cette transformation.

5) Un élément important dans la compréhension d’Engels de l’origine de l’oppression des femmes fut le principe darwinien de la sélection naturelle. Pour Engels, ce principe se réalisait à travers le tabou universel de l’inceste.

Ainsi, Engels comprenait le développement de l’humanité comme une série de phases progressives : d’abord la bande antique, caractérisée par sa promiscuité, ensuite la famille punaluenne et les gentes, pour arriver au mariage apparié, accueilli par les patriarches dominants comme terre fertile sur laquelle le mariage monogamique pourrait être établi de force.

Même si Engels agissait de façon progressiste en suggérant que la monogamie venait assez tard dans le développement humain, la séquence des formes familiales qu’il avançait était loin d’être universelle.

Sur ce point Engels ne dépassait pas le déterminisme biologique; il ne pouvait pas établir le lien entre le développement de la reproduction et de la production selon le niveau de développement de la formation sociale.

Le développement des formes familiales doit être étudié selon la méthode historico-matérialiste, de la même façon qu’on étudie la sphère de la production, et non selon la manière darwinienne.

Le tabou de l’inceste et les règles du mariage doivent être compris sur le plan social, dont les origines se trouvent dans le niveau des forces de production et les rapports qui gouvernent celles-ci.

Une fois ces modifications et additions faites, les origines de l’oppression des femmes peuvent toujours être expliquées par la méthode du matérialisme dialectique utilisée par Engels et la question des femmes peut être comprise comme étant fondamentalement une question de classe.


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