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10 août 2002
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La libération des femmes 4
Société de classe et oppression des femmes
Lapparition de la société de classe apporta avec elle la famille monogamique pour la femme. Dans les sociétés primitives la nature du mariage était variable. Les mariages appariés et les mariages par groupe étaient courants. Dans le premier cas, le mariage pouvait être dissout facilement à la demande de lun des partenaires.
Le degré de liberté sexuelle contenue dans ces mariages variait énormément dans les sociétés primitives, on ne peut pas dire que la monogamie était la norme. Son apparition comme norme dans les premières sociétés de classe marqua une nouvelle période historique pour la famille et pour les femmes.
Elle ajouta aussi une nouvelle dimension à la division sexuelle du travail qui intensifia loppression des femmes, et devint un élément commun de cette oppression dans toutes les sociétés de classe postérieures. Cette dimension était la privatisation du travail domestique au sein de lunité familiale individuelle. Comme la dit lanthropologue Eleanor Leacock :
La subordination du sexe féminin était basée sur la transformation de son travail socialement nécessaire en service privé, à travers la séparation de la famille du clan. Ce fut dans ce contexte que le travail des femmes, domestique ou autre, en vint à être effectué dans les conditions dun esclavage virtuel.
Malgré lexpansion massive des forces de production depuis lépoque antique, les femmes sont toujours des esclaves domestiques.
Dans la société esclavagiste, la famille nétait pas dabord composée des parents et de leurs enfants. A Athènes, durant le cinquième siècle av. J.-C., la famille caractéristique de la nouvelle classe dirigeante, les grands propriétaires desclaves et les propriétaires terriens dAttica, fut organisée autour de la communauté domestique, loïkos.
Dans ce cadre, les femmes organisaient le ménage et tissaient pour la consommation privée et pour le commerce, tandis que les hommes soccupaient de la politique, du commerce, des affaires de lEtat, etc. La loi limitait la participation des femmes au commerce.
Sur le plan formel, elles pouvaient posséder la propriété, mais elles ne pouvaient pas la contrôler.
Ce contrôle était laffaire des maris, ou, dans le cas dune fille héritière de la richesse familiale du fait de labsence dun fils, laffaire dun protecteur (kyrios). Le père ou le protecteur de la femme organisait son mariage pour accroître la richesse de la famille.
Bien entendu, les femmes esclaves furent opprimées par cette société patriarcale féroce, utilisées pour le bénéfice économique et le plaisir sexuel des hommes de la classe dirigeante. On leur refusa tout droit à leur propre famille, parce que les enfants desclaves nétaient rien dautre que les possessions du maître.
A cette subordination économique correspondait un régime féroce dans le domaine social. Si à Sparte le pouvoir était moins rigide, encore que la culture guerrière opprimât les femmes dautres façons, à Athènes, les femmes étaient cantonnées dans leurs propres domaines à lintérieur du foyer; pour leurs maris elles nétaient que des machines destinées à la reproduction.
Lamour sexuel individuel ne jouait aucun rôle. Un orateur cynique de la Grèce du quatrième siècle av. J.-C. expliquait ainsi lattitude dAthènes, la société esclavagiste la plus développée avant lapparition de lempire romain:
Nous avons recours aux courtisanes pour notre plaisir; nous maintenons des concubines pour nos besoins quotidiens, et nous nous marions à des femmes pour quelles nous donnent des enfants légitimes et quelles protègent nos foyers.
Dans la Rome antique, les femmes de la couche dirigeante connaissaient plus de liberté personnelle que leurs ancêtres dAthènes. Mais cela ne voulait pas dire que loppression sociale nexistait plus. Dans tous ses éléments fondamentaux, la famille romaine, la familia, était, comme loïkos, une communauté dans laquelle les femmes étaient responsables des questions domestiques, sans aucun contrôle indépendant sur la production domestique.
La chute de lEmpire romain et la transition, lente et difficile, vers la féodalité, modifièrent considérablement la structure de la famille. Le triomphe des barbares eut pour conséquence :
a) la fin de lesclavage comme mode de production dominant;
b) la fusion de la famille barbare largement identique au clan avec lunité familiale individuelle de lempire conquis.
Changement de production, changement de famille
Pendant plusieurs siècles, ce processus donna naissance à un nouveau mode de production et à un nouveau type de famille. La féodalité, un mode de production apparu après une période de transition, transforma la propriété du clan des tribus germaniques en propriété des seigneurs et des princes féodaux.
La communauté serve, qui travaillait un lopin de terre sur un domaine féodal, formait une unité de travail qui fonctionnait de façon coopérative, cherchant sans cesse à augmenter le surplus de production que ses membres pouvaient consommer, une fois leurs obligations envers le seigneur remplies. Bien entendu, la vie était misérable pour les serfs, et les seigneurs cherchèrent à leur nier tout sauf les moyens de subsistance minimales.
Mais la féodalité, en éliminant lesclavage comme mode de production dominant, et en transformant la famille serve en communauté de production, a produit une économie agraire dynamique, comparée à celle de la fin de lEmpire romain et aux méthodes agricoles primitives des clans germaniques.
La féodalité a ainsi joué un rôle important en faisant avancer la société après leffondrement du monde antique.
Dans cette situation, loppression des femmes changea de forme. Pour les femmes de la classe dirigeante, la gestion domestique devint la gestion des domestiques; ce rôle fut moins fondamental pour léconomie familiale que dans le cas de loïkos ou de la familia. De plus, les filles de la classe dirigeante devinrent des biens de grande valeur pouvant être utilisés, à travers les mariages arrangés, dans la construction des alliances, lélargissement des domaines, etc.
Pour les serfs, par contre, la famille fut lunité de production de base. Le mari, la femme et les enfants travaillaient la terre de façon coopérative, avec comme objectif la production de moyens de subsistance pour eux-mêmes, et dun surplus pour le seigneur.
Mais les serfs ne purent renverser la perte du contrôle du surplus et des moyens de subsistance déjà subie par les femmes. Lidéologie des seigneurs féodaux, raffinée et exprimée par lEglise, confina toutes les femmes dans un statut inférieur.
Dans lEurope médiévale, loppression sexuelle touchait de façon différente les femmes des différentes classes. Au sein de la classe dirigeante, lamour courtois entre une femme et un homme autre que son mari était largement toléré, à condition que celui-ci soit un noble ou un chevalier. Mais pour la masse des femmes serves, les règles de la morale chrétienne créaient une situation dans laquelle la relation sexuelle hors mariage était réprimée.
En particulier, ladultère pouvait être puni par la torture, voire la mort. La mise en place par lEglise de règles, comme lobligation de se confesser au moins une fois par an (introduite durant le Moyen Age), permettait aux prêtres de se mêler directement de la vie privée des serfs. Bien entendu, la réalité était plus complexe que la morale chrétienne, et la sexualité pervertie y compris celle entre les prêtres et les femmes mariées était souvent tolérée.
Sur le plan économique, les serves furent toujours considérées comme la propriété du seigneur reste évident de lesclavage. Dans plusieurs régions de lEurope féodale, les serfs étaient obligés de présenter leurs femmes au seigneur pour le droit de cuissage.
Le maintien, au sein dune même famille serve, de lesclavage domestique privé aux côtés de la production sociale coopérative, fut le facteur matériel décisif dans la perpétuation de loppression de la grande majorité des femmes.
La communauté domestique serve ne pouvait pas survivre plus longtemps que la féodalité elle-même. Par exemple, en Grande Bretagne, le premier pays industriel moderne, la dissolution de la féodalité conduisit finalement à la destruction de la paysannerie.
Les propriétaires terriens chassèrent les paysans des terres et contribuèrent à la création dune classe de travailleurs libres, de prolétaires.
Séparés de la terre quils travaillaient de façon coopérative, les familles paysannes ne soccupaient plus de la production sociale, même si, pendant la première phase de lindustrialisation, certaines industries étaient toujours basées sur les foyers.
Dans les villes durant la révolution industrielle, la famille paysanne fut sapée; tous ses membres participaient à la production dans les usines ou les mines, où ils travaillaient comme prolétaires individuels pour un patron, plutôt que pour le maintien de la communauté domestique. La transition de la féodalité au capitalisme ne sest pas déroulée dans tous les pays suivant le modèle britannique, mais ses éléments essentiels et leur impact sur la famille ont en général été identiques.
Par exemple, dans les pays germaniques et en Europe centrale, la majorité des serfs, qui travaillaient comme domestiques au manoir, navaient souvent pas de famille. Le seigneur avait le droit dautoriser le mariage, de le refuser ou de le demander.
Le capitalisme a dabord détruit ces liens de dépendance personnelle, conduisant à des formes diverses de cohabitation et, par la suite, à une explosion démographique. Cest seulement plus tard que lEtat capitaliste accorda à la majorité des gens le droit légal à lactivité sexuelle, mais en imposant alors le mariage bourgeois monogamique.
Le développement et la transition décrits ici sont dabord européens. En dehors de lEurope, la nature et le degré de subordination des femmes étaient définis par les différents rapports sociaux existants (par exemple, dans le mode de production asiatique).
Néanmoins, loppression des femmes, qui vient de leur position au sein de la famille, est commune à toutes les sociétés de classe.
Le développement du capitalisme
Le capitalisme industriel révolutionna la nature de la production humaine, et, ainsi, la forme spécifique de loppression des femmes. La communauté domestique cessa dêtre lunité de base de la production; il fut remplacé par lusine et la ferme capitaliste.
La famille ouvrière ne produisait plus ses moyens de subsistance, elle ne possédait plus de moyens de production. Le capitalisme créait ainsi le prolétariat, une classe qui ne possède que sa force de travail. La vente de la force de travail devint pour les prolétaires le seul moyen de survivre. Lintroduction des machines dans la production industrielle permit que tous les travailleurs, sans distinction de sexe ou dâge, soient utilisés dans la production.
Durant la première période du capitalisme industriel, qui sest dabord développé en Grande-Bretagne, les nouveaux rapports de production ont détruit les anciennes formes de la famille et de la communauté domestique en faisant venir tous leurs membres à lusine, à la mine ou à la fabrique.
La capacité des travailleurs à survivre et à se reproduire a été atteinte par ce développement, car le temps de travail domestique nécessaire à la reproduction de la force de travail avait été pris par la production capitaliste. Cette situation provoqua des luttes ouvrières qui avaient pour objectif la réduction de la journée de travail et la limitation du travail effectué par les enfants et les femmes.
Mais si la communauté domestique en tant quunité de production sociale fut détruite par le capitalisme, la famille demeura. Elle restait le moyen par lequel la nouvelle classe des prolétaires se reproduisait et recréait sa force de travail.
Le capitalisme minait la capacité du prolétariat à recréer cette force. En obligeant chaque membre de la famille prolétarienne à travailler de longues heures, il minait la famille elle-même. Devant la lutte déterminée du prolétariat, des secteurs de la classe capitaliste ont estimé quil fallait agir.
Objectivement, le maintien de la famille prolétarienne en tant que moyen de reproduction de la force de travail et du prolétariat lui-même, était dans lintérêt du patronat. Mais la soif de profits fait perdre de vue aux capitalistes leur intérêt objectif à long-terme.
Cest seulement quand laction ouvrière crée des scissions au sein de la classe dirigeante que cette dernière en vient à ignorer les objections des patrons réactionnaires et à accorder des réformes dont lobjectif est la préservation du pouvoir du capital.
Ainsi, au sein du prototype du capitalisme industriel, la Grande-Bretagne du dix-neuvième siècle, la bourgeoisie libérale a cédé devant la pression du prolétariat et a accordé une réforme dont elle-même avait saisi limportance.
Femmes et travail
Lorsque les capitalistes ont cédé sur la limitation de la journée de travail, il ny avait rien dautomatique dans ce comportement éclairé. La classe dirigeante était divisée et a accordé la réforme pour éviter le pire laction révolutionnaire de la classe ouvrière. Marx, lui, a vu à juste titre ces réformes législatives comme une victoire décisive pour la condition économique de la classe ouvrière.
Lintroduction de lois limitant la durée de la journée de travail de tous les travailleurs, et encore plus des femmes et des enfants, a permis à la classe ouvrière de jouir du temps nécessaire pour la reproduction de sa force de travail. Ceci a été lun des facteurs qui a conduit à la réduction de la participation des femmes à la production, et leur prise en charge du travail domestique.
Il en résultera que lunité familiale, brisée par la brutalité de lindustrialisation, fut reformée, ayant dès lors la fonction limitée dassurer la reproduction de la force de travail. Ce processus na pas conduit à lexclusion totale des femmes de la production sociale capitaliste, mais a fait en sorte que cette participation navait plus quun rôle secondaire, celui dassurer lexistence dune armée de réserve industrielle flexible.
En Grande-Bretagne, durant la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, des secteurs de laristocratie ouvrière dans les syndicats ont utilisé la législation sociale et la re-création de la famille pour exclure les femmes de la production dune façon qui allait au delà de ce qui était nécessaire pour protéger la reproduction de la classe ouvrière.
De cette manière, la mise en oeuvre dune législation sur le fonctionnement des usines, qui était nécessaire et progressiste pour les travailleurs, se fit au détriment dune participation féminine accrue au monde du travail. La famille devint le seul moyen de survie physique et sociale de la classe ouvrière au sein du système capitaliste; pour cette raison, elle fut défendue par les travailleurs.
Mais ce havre a été aussi une prison pour les femmes, institutionnalisée en tant que moyen de reproduction de la force de travail. De cette façon, la division du travail entre le travail domestique et la production sociale fut accentuée; loppression des femmes en fut renforcée.
Pendant cette période comme aujourdhui lunité familiale prolétarienne était profondément contradictoire. Dun côté, cétait le seul endroit où les travailleurs hommes et femmes pouvaient se retirer pour se régénérer physiquement, se détendre et se nourrir emotionnellement. De lautre, sa structure oppressive intrinsèque lempêcha souvent de satisfaire ces besoins. Elle ne fut quune protection limitée face à la dévastation capitaliste.
Le rôle de laristocratie ouvrière
Dans des pays comme la Grande-Bretagne, la prospérité de laristocratie ouvrière lui a permis de garder la femme au foyer à plein temps, reproduisant ainsi lidéal de la famille bourgeoise. A travers laristocratie ouvrière, cet idéal fut transmis à tout le prolétariat. La défense de cet idéal est devenue un lieu commun pour la politique réformiste.
De cette façon, les dirigeants réformistes, sappuyant sur laristocratie ouvrière, transformèrent la défense de la famille comme moyen de survie en défense de lidéal bourgeois réactionnaire de la famille.
Ceci explique, partiellement, pourquoi la famille prolétarienne ne disparut pas, contrairement à ce quavait prévu Marx et Engels. Une autre raison fut que le capitalisme lui-même ne pouvait pas concevoir une autre structure sociale capable de satisfaire ces besoins, tant à légard de la force de travail que des travailleurs.
Avec le développement du capitalisme à léchelle mondiale, et en particulier le développement de limpérialisme, la destruction de la famille héritée des périodes pré-capitalistes sest répétée à maintes reprises. Au cours de son développement, le capitalisme, de façon répétée, a contredit son idéal de la famille.
Pendant la traite des esclaves entre lAfrique et lAmérique, il y a eu une destruction totale de la famille et de lidéologie de la vie familiale. Dans les pays dominés par limpérialisme durant les périodes dindustrialisation très rapide, les hommes, les femmes et les enfants furent organisés dans le système de travail salarié sans protection et sans considération pour leur capacité à maintenir une vie familiale ou domestique.
De la même façon, dans les pays industrialisés, durant les crises économiques, le chômage, la pauvreté et la division physique des familles produite par lémigration, minent la norme de la famille bourgeoise.
Pourtant, lEtat bourgeois reconnaît lintérêt social général de la bourgeoisie à maintenir la famille et souvent, des Etats en voie de modernisation promeuvent lidéal de la famille en même temps quils minent sa capacité à fonctionner en tant quunité de reproduction de la force de travail.
Dans lAfrique du Sud impérialiste, les familles sont physiquement divisées pour faciliter lexploitation des travailleurs noirs. La famille ouvrière dans les pays semi-coloniaux, sans protection sociale, est déchirée dans les bidonvilles et les ghettos qui entourent les centres industriels urbains.
Des bandes de jeunes, au Mexique et à Sao Paolo, sans-abri et récoltant ce quils peuvent, aux enfants férocement exploités qui travaillent comme des semi-esclaves dans les ateliers clandestins de Thaïlande, il ne manque pas de preuves de la volonté du capitalisme de sacrifier la famille ouvrière sur lautel du profit.
Seule la lutte de la classe ouvrière peut mettre fin à ce processus brutal. Pour Marx, quand les travailleurs européens arrachèrent une limite légale à la durée de la journée de travail, ceci constitua pour eux une victoire sur les capitalistes, même si cela contribua à la re-création de la famille.
Il faut arracher une victoire semblable dans les pays semi-coloniaux, mais cette victoire sera forcément liée à la destruction de la domination impérialiste à travers létablissement du pouvoir des travailleurs. A son tour, ceci peut faire en sorte que la classe ouvrière ne cherche pas un soulagement à la misère dans la famille bourgeoise, au sein de laquelle la femme est une esclave.
La révolution bourgeoise et ses conséquences
La famille bourgeoise sest développée sous le capitalisme avec un rôle différent de celui de la famille prolétarienne. Ses fonctions principales sont la reproduction de la prochaine génération de la classe dirigeante et la transmission de la richesse par voie patrilinéaire.
Ces fonctions exigeaient le contrôle continu de la sexualité féminine; la monogamie féminine demeurait essentielle pour la garantie de la paternité du mari. Souvent, le mariage bourgeois fut utilisé par les familles richissimes afin de réunir le capital. Le mariage bourgeois fut donc différent des mariages des époques précédentes.
Jusquau triomphe du capitalisme, les mariages furent toujours organisés par des personnes autres que les deux partenaires. Même aujourdhui, les mariages arrangés sont majoritaires dans bon nombre de pays semi-coloniaux, ce qui est un signe de létat arriéré dans lequel ces pays demeurent à lépoque impérialiste.
La bourgeoisie naissante du dix-huitième siècle remplaça les mariages arrangés par le contrat de mariage, un contrat signé par deux individus libres qui ont décidé qui devrait être leur partenaire. Pour justifier ce nouveau système, qui faisait partie de sa lutte contre laristocratie féodale, la bourgeoisie a appuyé et romancé lidée selon laquelle lamour sexuel individuel devait être la raison du mariage.
Mais ce nétait quun masque hypocrite qui cachait les véritables motivations de la bourgeoisie. Ce nouveau système lui donnait une couverture morale face à laristocratie décadente et en même temps lui permettait de marquer dun sceau particulièrement oppressif le mariage monogamique.
Le contrat, auquel les deux signataires participaient librement, entérinait la domination de lhomme au sein de la famille et faisait de lamour sexuel un moyen de garantir la fidélité de la femme dans le mariage.
Le contrat laissait lhomme libre de pratiquer lamour sexuel avec dautres femmes et, avec le développement du capitalisme, surtout avec les prostituées. Mais les premiers pas du développement capitaliste impliquèrent aussi les révolutions bourgeoises démocratiques qui brisèrent les fers économiques et politiques qui entravaient la production capitaliste.
Ces révolutions proclamèrent les droits de lhomme mais narrivèrent pas à accorder, dans la pratique, légalité de la femme, même si, parfois, les révolutionnaires bourgeois furent prêts à la soutenir pour gagner le soutien de lensemble du peuple.
Les lois ont limité la liberté des femmes; elles navaient toujours pas le droit de posséder et de contrôler la propriété, ni de voter, ni de se présenter aux élections, ni de divorcer, ni de participer à léducation publique, ni daccéder aux professions libérales ou dutiliser les méthodes de contraception disponibles pour contrôler leur fertilité. Ceci en contradiction flagrante avec les idéaux de la démocratie bourgeoise.
Le combat pour ces droits fut à lorigine du mouvement des femmes bourgeoises de la fin du dix-neuvième siècle. Malgré des exceptions, la résistance généralisée que manifesta la classe dirigeante pour accorder ces droits limités, même aux femmes de sa propre classe, montrait à quel point elle sentait la nécessité de défendre la forme de la famille qui produisait des héritiers pour hériter de la propriété, et son manque denthousiasme pour étendre les droits démocratiques, qui ensuite pourraient être réclamés par les classes subordonnées et utilisés dans leur lutte contre la bourgeoisie.
Au vingtième siècle, dans la plupart des pays impérialistes, la majorité des droits démocratiques, sinon la totalité, a été accordée aux femmes. Pourtant, ces droits formels demeurent limités et sont souvent attaqués quand les crises capitalistes exigent que la bourgeoisie renforce lidéologie de la famille et la position dinégalité des femmes.
Alors que ceci vise principalement à ce que la famille ouvrière assure de plus en plus lentretien de ses membres, les femmes bourgeoises doivent se comporter comme un modèle montrant le rôle naturel de la femme au sein de la famille.
Les droits arrachés par les femmes bourgeoises sont loin dassurer une véritable égalité car ils ne visent pas les racines de leur propre oppression, et celles des femmes travailleuses, cest à dire lexistence continue de la famille.
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