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10 août 2002
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La libération des femmes 9
Impérialisme et oppression des femmes
Dès le début, le capitalisme a été expansionniste. Il a créé une économie capitaliste mondiale. Mais au cours de son histoire, il sest développé dune manière combinée et inégale. Le colonialisme, puis, à partir de la fin du XIXe siècle, limpérialisme, ont partagé le monde, pillant les ressources et le travail, et exploitant les régions dominées les colonies ou les semi-colonies au bénéfice du capital monopoliste.
A travers son expansion et sa domination du monde, le capital impérialiste a détruit à la fois les économies existantes et les relations sociales des modes de production pré-capitalistes dans les pays dominés par limpérialisme.
Il a détruit lagriculture de subsistance, apporté la ruine des industries textiles locales, détruit les réseaux dentraide et dobligation des villages et affaibli lautorité religieuse et féodale.
Mais là où le capitalisme a jeté bas des murailles de Chine, il a aussi déchiré la structure sociale des anciennes sociétés, y compris les structures familiales, avec comme objectif non pas le progrès, mais de faciliter lexploitation coloniale des peuples conquis.
Les conséquences pour les femmes
Pour les femmes, comme pour les masses exploitées dans leur ensemble, ces développements ont créé les conditions matérielles de libération des structures patriarcales, souvent brutales, qui prévalaient avant larrivée du capital impérialiste. Mais en même temps, ils ont approfondi et accru lexploitation et loppression dont elles souffraient.
Lintroduction de lindustrie capitaliste, linvasion de la campagne par le capitalisme, la perte des liens féodaux, ont conduit à la création dun prolétariat, la seule classe capable de mettre fin tout à la fois à lexploitation, à loppression et à la société de classe.
A lépoque impérialiste, ce chemin a été ouvert à la masse des femmes paysannes et travailleuses des colonies et semi-colonies. La soumission à la domination masculine dans la famille, la superstition, lignorance et lasservissement les formes de la vie familiale pendant des siècles peuvent être abolis une bonne fois pour toutes.
Pourtant, précisément parce que nous sommes à lépoque de limpérialisme, la possibilité dun tel progrès est bloquée, voire entièrement empêchée dans certains pays, aires ou secteurs, par létau réactionnaire de limpérialisme.
Le développement combiné et inégal a crée les conditions matérielles préalables et les obstacles à la libération des femmes dans les pays dominés par limpérialisme.
Seules des révolutions conduites par les travailleurs et dirigées en vue de la destruction totale du capitalisme pourraient se servir de ces conditions matérielles préalables et balayer ces obstacles.
Femmes et famille sous loppression impérialiste
Le rôle des femmes dans la production et la reproduction est sévèrement affecté par lexploitation impérialiste. La prolétarisation peut signifier, pour des millions de femmes, lenfer sans fin du travail agricole migratoire, sans espoir de jamais posséder des terres, ou le chômage et les taudis.
Pour les femmes qui vivent dans les semi-colonies les plus développées, comme la Corée du Sud, cela peut signifier la surexploitation pendant la jeunesse, suivie de la destitution une fois que la capacité de travail a été épuisée par des années de travail parfois dès lâge de 10 ans pour un salaire misérable.
Et pour des millions dautres femmes, ce processus conduit inexorablement à la prostitution (une industrie importante dans des pays comme la Thaïlande) ou à être exportée comme servante/épouse (en fait, esclave) dhommes vivant en Occident. La vente dépouses Philippines ou lexportation de jeunes femmes de Sri Lanka sont deux exemples écoeurants de ce commerce des femmes.
Les paysannes, elles, doivent supporter le double fardeau de lentretien de la maison et du travail au champ. Là où la terre est confisquée et où la différenciation entre les classes à la campagne laisse les plus pauvres sans terre, les femmes doivent se débrouiller pour élever leurs enfants, sans aucun soutien, sauf lespoir que leur époux qui travaille en ville donne une partie de son salaire.
Les mariages et les structures familiales traditionnelles sont détruits ou recréés sous des formes qui intensifient loppression subie par les femmes; les femmes du prolétariat qui fuient les campagnes voient souvent leurs revenus diminués par la nécessité de subvenir aux besoins de la famille quelles ont laissé derrière elles.
La plupart du temps, les femmes travaillent pour des salaires inférieurs à ceux des hommes et elles sont souvent cantonnées dans le travail saisonnier. Tout ceci augmente le risque que les femmes se prostituent ou acceptent un véritable esclavage comme seules alternatives à la famine.
Loppression à la campagne
Pour les femmes qui restent à la campagne, en particulier en Afrique, lintroduction des techniques modernes en agriculture, et en particulier pour les récoltes destinées à la vente, a fait que les femmes ont perdu le contrôle des terres héritées par voie matrilinéaire et de la production de nourriture, bien que ce soient elles qui fassent la plupart du travail.
Lobligation de continuer à travailler dans ces conditions difficiles vient de la nécessité de produire des moyens de subsistance pour les personnes dépendantes, jeunes et âgées. Les formes antérieures de loppression des femmes la dot, la polygamie, lablation du clitoris ne sont pas éliminées par limpérialisme, bien que leur base sociale ait été minée.
Des millions de femmes, en particulier en Afrique et dans certains pays islamiques, sont victimes de lexcision ou de linfibulation. En Asie du Sud, des dizaines de milliers de femmes doivent supporter le fardeau des corvées dans la famille de leur époux.
La destruction partielle des structures et des obligations familiales traditionnelles peut laisser les femmes dans une situation moins protégée, menant, par exemple, à des horreurs comme laugmentation de limmolation des veuves en Inde.
Dans le monde dominé par limpérialisme, les progrès que le capitalisme apporte, comme léducation et la santé, ne profitent réellement quà une poignée de gens. Lalphabétisation des femmes demeure inférieure à celle des hommes.
Et malgré les progrès de la médecine, la plupart des femmes dans les semi-colonies nont aucun contrôle sur leur propre fécondité. En Afrique et en Asie, un million de femmes meurent chaque année en couches.
Etant donné ces conditions doppression, il nest guère étonnant que les femmes des colonies et des semi-colonies aient participé par milliers aux luttes contre limpérialisme. Au Vietnam, au Nicaragua, aux Philippines, en Angola et au Mozambique, des femmes ont pris les armes pour participer aux luttes courageuses contre les régimes soutenus et lourdement armés par limpérialisme, voire contre les impérialistes eux-mêmes.
Mais, à maintes reprises, les intérêts des femmes travailleuses et paysannes ont été trahis, soit par les directions nationalistes petites-bourgeoisies qui, une fois au pouvoir, ont cherché un nouvel accord avec limpérialisme, soit par les dirigeants staliniens dont le pouvoir bureaucratique reproduit beaucoup des pires traits de la vie familiale sous le capitalisme.
Dans certain cas, comme en Iran, le rôle subalterne traditionnellement joué par les femmes eut pour conséquence quaprès la révolution contre le Shah, celles-ci furent victimes dune terrible contre-révolution menée par les mollahs.
Dans dautres cas, les femmes ont connu des acquis réels, notamment en matière dalphabétisation, de santé, et, parfois, de droits démocratiques. Mais sans le renversement du capitalisme ou des dirigeants staliniens dans les Etats ouvriers dégénérés de naissance qui furent le produit de certaines luttes anti-impérialistes, tous les acquis des femmes seront temporaires, bloqués, éliminés ou rendus inefficaces par lexploitation continue de limpérialisme, les exigences du FMI ou les besoins de la bureaucratie parasitaire qui domine les économies planifiées.
En Afghanistan, la volonté du parti stalinien dirigeant de sacrifier le programme dalphabétisation des femmes comme partie intégrante de laccord quil avait passé avec les rebelles islamiques réactionnaires, nest quun exemple de la trahison dont est capable le stalinisme.
Le nationalisme petit-bourgeois a trahi de la même façon, et en fera autant à lavenir. Seul le programme de la révolution permanente, dans lequel les droits démocratiques réels et une solution progressiste à la question agraire sont inséparablement liés à lavènement du pouvoir ouvrier et du socialisme, peut offrir aux femmes la perspective dune solution réelle à leur combat contre loppression.
Lesclavage, le racisme et loppression des femmes
La première période coloniale fut caractérisée par des enlèvements massifs dAfricains de lOuest, et leur mise en esclavage par les marchands européens et les propriétaires de plantations aux Amériques. Des familles, voire des communautés entières, furent déchirées.
La force de travail et la capacité reproductrice furent entièrement contrôlées et exploitées par les esclavagistes. Les femmes esclaves se virent refuser toute liberté de choix dans les relations sexuelles et personnelles, et, en tant que propriété des esclavagistes, furent systématiquement violées et vilipendées par ceux-ci.
Les esclaves femmes étaient presque entièrement responsables de léducation de leurs enfants mais navaient aucun contrôle sur leur avenir. Il nest pas surprenant que les femmes noires furent à lavant-garde de la lutte contre lesclavage aux Etats-Unis.
Lesclavage a laissé son empreinte sur les sociétés quil a affectées. En particulier, il a contribué au développement du racisme et ainsi au triple fardeau doppression dont souffrent les femmes noires de la classe ouvrière en Amérique du Nord, en Amérique Latine, aux Antilles et en Europe.
Le système du travail imposé sur les colonies na pas produit de tels extrêmes de subordination et doppression, mais il a imposé de nouveaux fardeaux aux femmes qui, du fait que les impérialistes exigeaient des hommes leur force de travail, se sont trouvées seules responsables de la famille.
Au XXe siècle, leffet dévastateur de limpérialisme sur les économies des pays semi-coloniaux a créé une force de travail migrante à léchelle planétaire. Les femmes qui se trouvent dans cette catégorie souffrent de formes spécifiques de discrimination et du poids terrible de loppression dans les pays daccueil.
Le racisme institutionnalisé, et les manifestations plus générales du racisme qui prennent la forme du chauvinisme, empêchent la grande majorité de ces femmes de bénéficier des acquis que les femmes des pays impérialistes ont arraché à la démocratie bourgeoise. Dans la plupart des cas, le racisme oblige ces femmes à se retirer au sein des communautés immigrées.
Là où, pour des raisons culturelles ou idéologiques, lidéologie patriarcale domine ces communautés, les femmes peuvent être confrontées à dautres obstacles qui les empêchent de jouir de leurs pleins droits démocratiques, de participer au mouvement ouvrier ou de lutter contre leur propre oppression.
Elles sont donc dans lincapacité de soulever la question de loppression des femmes au sein des organisations du mouvement ouvrier. Les lois sur limmigration renforcent la position subordonnée des immigrées qui, dans le cadre du mariage, sont qualifiées de personnes dépendantes dun homme. Le poids de cette oppression et de cette subordination rendent également doublement difficile le combat de ces femmes contre loppression au sein de leurs propres communautés et familles.
Un autre effet des contrôles de limmigration dans les pays impérialistes est de maintenir des milliers de femmes séparées de leur mari. De cette façon, ni le pays dorigine, ni le pays où le mari travaille, ne prend en charge leur bien-être.
Le poids de loppression, lié au racisme au sein du mouvement ouvrier et le refus des mouvements de femmes existants de lutter de façon conséquente pour lintérêt des femmes noires, créent les conditions dans lesquelles se développe le soutien aux stratégies des séparatistes et des nationalistes noir. Ces stratégies proposent la séparation des combats des femmes noires de ceux de tous les travailleurs noirs, et du prolétariat tout entier.
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