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13 novembre 2000
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Le marxisme et loppression des femmes
Loppression des femmes ne se limite pas à une faible représentation dans toute instance de pouvoir. La face cachée de liceberg ce sont ces millions de femmes travailleuses pour qui les éphémères ministres femmes du premier gouvernement Juppé et les députées du RPR ont été les plus opposées à leurs acquis, et qui vivent une réalité quon occulte : les différences salariales et la discrimination dans lemploi.
Alors que les luttes des années 70 avaient permis de réduire les inégalités entre hommes et femmes dans le domaine du travail salarié (dans le travail domestique elles sont toujours restées profondes), depuis dix ans lécart se creuse de nouveau.
La crise touche plus les femmes que les hommes. Le taux de chômage des femmes est plus élevé pour toutes les tranches dâge, y compris chez les plus jeunes (6,8 points décart pour les moins de 25 ans, 4 points pour les 25-49 ans), en moyenne mieux formées que les hommes.
Pour les femmes immigrées, la situation est encore pire, et lécart avec les hommes est plus grand : leur taux dactivité est de 30% contre 60% pour les hommes immigrés.
Les médias mettent souvent en avant quaujourdhui les femmes font des études supérieures et ont réussi à occuper des postes autrefois "typiquement masculins", bien payés et considérés. Ce quils ne disent pas, cest que les diplômées de lenseignement supérieur ont moins de chance de trouver du travail quil y a 20 ans, baisse que lon nobserve pas pour les hommes. Pour celles qui choisissent des filières scientifiques ou technologiques le taux de chômage est trois fois plus élevé que celui de leurs camarades hommes.
Aujourdhui encore 45% des femmes travaillent dans 20 professions sur 455 (infirmières, secrétaires, institutrices, vendeuses, ouvrières du textile, femmes de ménage, etc).
Alors quelles représentent 57% des bacheliers et 55% des étudiants, les femmes représentent 36% des cadres supérieurs et 45% des professions intermédiaires, mais 60% des emplois peu ou non qualifiés.
Les femmes sont donc encore plus surqualifiées pour les postes quon leur offre que les hommes. De plus, elles sont plus victimes de la précarité puisque 55% des CDD sont des femmes.
Lessor du temps partiel, à 83% des femmes, accroît encore les écarts de salaire entre hommes et femmes pour un même travail à temps complet, notamment chez les employés. Alors que les salaires féminins représentent en moyenne 80% des salaires masculins pour les métiers manuels et 67% seulement pour les métiers non-manuels, ils sont en réalité, toutes catégories confondues, du fait du temps partiel, 36% plus bas.
Ce qui rend encore plus fausse laffirmation que les femmes auraient enfin obtenu "à travail égal salaire égal".
Elles sont embauchées avec des salaires plus bas parce quon leur confie des emplois "féminins", elles obtiennent moins de primes et de promotions que les hommes parce que les compétences spécifiques des métiers dits féminins nen font pas lobjet et que les patrons considèrent que leur salaire nest que complémentaire, elles ont moins dancienneté du fait des interruptions dans leur carrière pour les naissances et léducation des enfants. Bref, les travailleuses sont toujours dévalorisées et les laissés pour compte.
En conséquence elles en arrivent à penser quil vaut mieux que ce soit elles qui sinvestissent moins dans le travail salarié, et donc plus dans le travail domestique.
Elles privilégient les emplois à temps partiel, proches des écoles et à des horaires compatibles avec léducation de leurs enfants, même sils sont mal rémunérés et peu intéressants.
Cela creuse encore plus les écarts de salaire avec leurs maris et explique que le déséquilibre dans la répartition des tâches éducatives et domestiques reste très important.
Dans les couples, 80% des tâches domestiques sont toujours effectuées par les femmes. Loppression des femmes dans le travail domestique continue, avec ou sans salaire, avec ou sans double journée de travail.
Le fardeau des tâches domestiques et éducatives, le déficit chronique de places en crèche et dans les petites sections de maternelle, mais surtout le type demplois qui leur sont offerts, mal payés et souvent à temps partiel, avec des horaires de plus en plus flexibles et même de nuit, font que beaucoup de femmes qui aimeraient pourtant continuer à travailler demandent finalement lallocation parentale déducation. Celle-ci, créée par la gauche en 1985 (encore merci le PS ! ), puis étendue par la droite, est, du fait des écarts de salaire hommes-femmes, une allocation "maternelle".
Si elle ne parvient pas à dissuader les femmes de retravailler, elle augmente leur dépendance financière vis-à-vis de leur mari, à court terme étant donné son montant dérisoire (3000F mensuels) et à plus long terme car elle accentue leur handicap sur le marché du travail, avec le risque de les en exclure carrément.
Cette allocation, qui est considérée par daucuns, à tort, comme la reconnaissance de la valeur du travail domestique et éducatif des femmes, na rien de progressiste : elle signifie pour beaucoup de femmes travailleuses le retour au foyer.
Si depuis une décennie le taux dactivité des jeunes femmes ayant des enfants en bas âge a continué de croître (73% des mères de 26 à 39 ans), le chômage, la précarité et lextension de lAPE pourraient rendre celle-ci plus attrayante et inverser la tendance, alors que déjà le taux dactivité général des femmes stagne autour de 75%.
Le capitalisme fait donc payer ses crises encore plus cher aux travailleuses quaux hommes travailleurs et ce nest quen se débarrassant du système capitaliste quon en finira avec loppression des femmes.
Pas de libération des femmes sans socialisme, pas de socialisme sans libération des femmes !
Oppression des femmes et société de classe
Au cours de la période de développement de la société humaine quEngels a décrite comme "le communisme primitif", la contribution des femmes à la société et leur rôle au sein de cette dernière étaient perçus comme égaux à ceux des hommes.
Lexistence de telles sociétés - démontrée par les anthropologues et les archéologues - dément la théorie de ceux qui défendent la subordination des femmes parce "quil en a toujours été ainsi".
Ces sociétés consistaient en des communautés domestiques, et non des familles, qui vivaient de la chasse et de la cueillette. Les femmes soccupaient surtout de la cueillette, à cause de leur rôle dans la reproduction (grossesse et allaitement). Les hommes soccupaient surtout de la chasse et des autres activités qui impliquaient une mobilité accrue. Le travail des femmes nétait pas moins valorisé que celui des hommes. Une égalité approximative existait entre les sexes.
Les forces de production ont connu une expansion lors du développement de lhorticulture et de lagriculture, de la domestication des animaux et de lélevage, et lors du développement de la métallurgie, conduisant à la production de meilleurs outils pour effectuer ces tâches et aussi à la production des armes.
Ceci a créé les conditions pour la production dun surplus, cest-à-dire de plus de nourriture et de moyens de subsistance que ce qui était nécessaire à la survie du groupe. Une couche sortie du système complexe de rang qui dominait au sein des gentes est devenue une classe dirigeante embryonnaire.
La classe dominante des nouvelles sociétés était dabord composée dhommes, à cause du rôle de ces derniers dans la production et le commerce.
La concentration de surplus et le développement du commerce exigèrent la destruction du large réseau des demandeurs du produit. La gente fut remplacée par la famille individuelle et la monogamie fut imposée aux femmes.
Le travail social des femmes, la cueillette, lagriculture et la gestion du ménage, furent transformés en travail privé au service de la famille monogamique. Ce fut donc le rôle des femmes dans la production qui les condamna à une position subordonnée au sein de la société.
En même temps que le mariage devenait la forme dominante de lorganisation sociale, des lois et des codes furent introduits pour renforcer la subordination des femmes, conduisant à la perte de toute égalité, pour les droits aux possessions à la propriété, dans la vie sociale ou politique. La communauté domestique collective fut transformée en prison de la famille monogamique. La patrilinéarité devint la norme.
Le conflit entre les gentes et la famille, reflet du conflit entre le communisme primitif et la propriété privée, créa le besoin dun pouvoir public pour arbitrer cette lutte, lEtat. Celui-ci renforça la nature patriarcale de la famille et de lhéritage.
Ces développements, qui ont pris plusieurs milliers dannées et se sont déroulés dune façon profondément inégale et combinée, ont créé les premières sociétés de classe, patriarcales. Les femmes avaient subi une défaite historique.
Le capitalisme industriel révolutionna la nature de la production humaine et la forme spécifique de loppression des femmes.
La communauté domestique, remplacée par lusine et la ferme capitaliste, cessa dêtre lunité de base de la production.
La famille ouvrière ne produisait plus ses moyens de subsistance, elle ne possédait plus de moyens de production.
Le temps de travail domestique nécessaire à la reproduction de la force de travail fut pris par la production capitaliste ; hommes, femmes et enfants travaillèrent de longues journées à lextérieur du foyer.
Lintroduction de lois limitant la durée de la journée de travail de tous les travailleurs, surtout des femmes et des enfants, a conduit à la réduction de la participation des femmes à la production, et leur prise en charge du travail domestique.
Les dirigeants réformistes ont transformé la défense de la famille comme moyen de survie (lieu de repos et de récréation) en défense de lidéal bourgeois réactionnaire de la famille, qui confine la femme au foyer avec ses enfants et limite sa sexualité pour assurer la garantie de la paternité et des héritages.
Seule la suppression de lexploitation capitaliste et du travail domestique gratuit, par sa socialisation, donc la lutte de classe, pourront libérer les femmes.
Zetkin, Kollontaï et les femmes travailleuses
Avant la première guerre mondiale, le SPD allemand organisait les femmes travailleuses dans un mouvement des femmes explicitement socialiste dirigé par Clara Zetkin. Avec dautres dirigeants et dirigeantes du parti, elle avait compris limportance des formes spéciales dorganisation et de propagande, dirigées vers les femmes.
Elle combattait plutôt pour une organisation spéciale conduite par des membres du parti afin de sortir les femmes de leur état arriéré et passif dans lequel elles ont été maintenues par lexploitation capitaliste.
Cela ne voulait pas dire que Zetkin était en faveur dorganisations socialistes séparées pour les femmes. Elle soutint toujours que les militantes devaient être des membres à part entière des partis socia-listes et puis, plus tard, des partis communistes.
Loppression spéciale et lexploitation dont souffraient les femmes, larriération et lanalphabétisme de beaucoup de femmes travailleuses, la discrimination, et le dédain dont leurs revendications faisaient lobjet rendirent nécessaires la création de formes spéciales dorganisation (presse, réunions, organisations).
Zetkin a fait des émules parmi les militantes révolutionnaires - en particulier les russes Alexandra Kollontaï, Inessa Armand et Nadezhda Krupskaïa.
Selon Krupskaïa "Pour les travailleurs et les travailleuses, la question des femmes est une question de comment organiser les masses arriérées des femmes travailleuses, comment mieux leur expliquer leurs intérêts et comment leur faire partager la lutte le plus rapidement possible."
Mais pour Kollontaï la question était un peu plus compliquée. Cest pourquoi elle prônait la création dune organisation séparée pour les femmes travailleuses :
"La séparation a un objectif double. Dune part ces collectifs au sein du parti (commissions, bureaux de travailleuses, etc) doivent effectuer un travail agitatoire spécial, adapté au niveau des questions dont les femmes souhaitent avoir les réponses ; leur tâche est de recruter des militantes parmi la masse de femmes qui ont un niveau de conscience bas, de lélever au niveau du reste des militants du parti ; de pousser les femmes sur larène de la lutte révolutionnaire. Dautre part, ces collectifs fournissent aux femmes travailleuses la possibilité davancer et de défendre dans la pratique les intérêts qui, avant tout, touchent les femmes : la maternité, la protection des enfants, les salaires des femmes et des enfants, la lutte contre la prostitution, les réformes dans lorganisation des ménages, etc."
A la différence de la plupart des femmes bolchéviques, Kollontaï avait compris que le travail spécial parmi les femmes - y compris les commissions femmes au sein du parti, les réunions et les structures spéciales - ne permettait pas seulement de surmonter certaines difficultés des femmes, il encourageait les femmes à faire pression sur le parti pour quil soulève des questions féminines :
"Se rassembler dans un collectif spécial fournit aux femmes la possibilité dinfluencer leurs camarades au sein du parti, de les inspirer et de les pousser encore plus loin dans le combat pour des droits politiques pour les femmes de la classe ouvrière".
Mais ce nest quen 1917, quand se produisirent de grandes mobilisations de femmes (la révolution de février commença par des grèves et des manifestations de travailleuses à Petrograd, pour marquer la journée internationale des femmes) que les bolcheviks tentèrent vraiment de construire un mouvement de masse des femmes travailleuses.
Après de longues discussions internes, les bolcheviks créèrent un bureau des femmes pour accomplir ce travail. En 1919 le "Zhenotdel" - "la section féminine" - fut créé afin de mobiliser les femmes travailleuses, de lutter contre loppression des femmes au sein du parti bolchevik et dapprofondir le développement du programme communiste sur la question des femmes.
Enfin, au Troisième Congrès de lInternationale Communiste, en juin 1921, Kollontaï présenta une résolution "concernant les méthodes du travail communiste parmi les femmes" dans laquelle lInternationale préconisait la création des "sections féminines" à tous les niveaux de tous les partis communistes :
"Les organes féminins du parti communiste doivent dans leur activité se rendre compte que les moyens dagitation et dinstruction ne sont pas que les discours et les écrits, mais quil faut également apprécier et utiliser comme les moyens les plus importants : la collaboration des femmes communistes organisées dans tous les domaines de lactivité - lutte et édification - des partis communistes ; la participation active des femmes ouvrières à toutes les actions et luttes du prolétariat révolutionnaire, aux grèves, aux insurrections générales, aux manifestations de rue et révoltes armées."
Quelle parité ?
Lune des principales cibles des féministes est la domination de la vie politique par les hommes.
En effet, la proportion de députés femmes en France est la plus faible de toute lEurope - seulement 6% !
Tous les partis politiques cherchent à répondre à ce qui est ressenti par les femmes - avec raison - comme une véritable sous-représentation.
Ayant instauré une liste paritaire (un homme - une femme) lors des dernières élections européennes, le PS a annoncé à grands cris que 30% de ses candidats aux élections législatives de 1998 seront des candidates.
Mais le PS nétant pas plus convaincu que ça de lutilité de ces candidates sauf pour amuser la galerie, la plupart dentre elles seront présentées dans des circonscriptions casse-gueules. De droite, quoi.
Dautres réfléchissent sur la possibilité dobliger les partis politiques à présenter au moins 50% de candidates en instaurant une réforme constitutionnelle. Le fait que les partis traditionnels (y compris le PS) évoquent la possibilité dune loi pour imposer un tel changement en dit long sur leur incapacité à mobiliser les femmes, voire leur désintérêt à le faire.
Cela fait longtemps que, par exemple, Lutte Ouvrière présente des listes électorales dune parité parfaite. Et sans lombre dune loi pour limposer.
Même si la sous-représentation des femmes dans lassemblée est en soi un scandale - comme labsence totale de tout député beur et quil faut tout faire pour augmenter le nombre de femmes sur les listes du PS et du PCF, voire instaurer la parité, sur le fond, toutes ces réponses évitent le véritable problème, et donc la véritable solution.
Les femmes participent moins à la politique que les hommes. Il y a moins de militantes que de militants (y compris dans lextrême gauche), il y a moins de dirigeantes que de dirigeants.
La raison en est simple : les femmes sont opprimées, elles soccupent plus des tâches ménagères et des enfants que les hommes.
Dès leur jeune enfance, on leur apprend que leur rôle nest pas de se mettre en avant comme les garçons.
Changer cette situation est lune des tâches des révolutionnaires, en particulier au sein du mouvement ouvrier.
Combien de délégués syndicaux sont des déléguées ?
Combien de délégués aux congrès syndicaux et politiques sont des femmes ?
Dans les deux cas, les hommes dominent, et cest un scandale.
Changer cette situation cest aussi augmenter la probabilité que les questions féminines soient soulevées au sein du mouvement ouvrier et que, lors dun combat des femmes sur la question de la contraception et de lavortement, les organisations du mouvement ouvrier répondent "présentes".
Cest pourquoi nous sommes favorables aux tentatives visant à augmenter la participation des femmes en particulier au sein des syndicats, mais aussi au PS et au PCF et donc quelles aient une meilleure représentation.
Parce que cest là, sur le plan de la mobilisation et des revendications quon peut avant tout changer quelque chose dans la vie quotidienne des femmes.
Mais imposer la parité dans les élections, cest remplacer le combat pour légalité réelle par un simple trucage de la démocratie parlementaire qui, sur le fond, ne changerait rien. Et, pire, cela pourrait laisser croire que le sexe du représentant prime sur sa politique.
Cette position est complètement fausse : Édith Cresson et Nicole Notat en sont la preuve vivante.
Le combat pour le socialisme suffit-il ?
Pour beaucoup de militants révolutionnaires, la position énoncée par lune des principales militantes marxistes du siècle dernier, Clara Zetkin, est la seule correcte. Ainsi, en 1889, lors de la fondation de la Deuxième Internationale, Zetkin déclarait :
"Nous nions quil existe une question féminine spécifique, nous nions quil existe un problème spécifique des travailleuses. Lémancipation de la femme, comme celle de tout le genre humain, ne deviendra réalité que le jour où le travail sémancipera du capital. Cest seulement dans la société socialiste que les femmes, comme tous les travailleurs, accéderont à la pleine possession de leurs droits."
Ainsi, compte tenu du fait que loppression des femmes trouve ses origines dans la société de classe, la destruction de ce système - et donc le combat pour le socialisme - constitue la panacée du combat pour la libération des femmes.
Nous reconnaissons que le combat pour la libération des femmes est inséparable du combat pour le socialisme, mais nous nignorons pas la question des droits démocratiques des femmes et limportance de lutter autour de ces revendications. Comme pour toutes les revendications démocratiques, seule la classe ouvrière parvenue au pouvoir peut garantir de tels droits.
Qui plus est, nous reconnaissons que le sexisme et loppression des femmes existent aussi au sein de notre classe et quil est nécessaire de mobiliser les femmes travailleuses contre leur oppression, pour légalité des droits - dans la vie sociale comme dans les entreprises - et pour quelles saffirment et sorganisent ensemble.
Certes, le rôle dun parti révolutionnaire est de fournir un tel cadre aux militantes. Mais lorsque les révolutionnaires organisés ne représentent quune minorité infime de la classe ouvrière, il faut proposer des cadres du type front unique afin de permettre à tous ceux et à toutes celles qui souhaitent combattre ensemble de le faire.
Cest pourquoi nous combattons pour la construction dun mouvement de masse des femmes travailleuses, enraciné dans les entreprises, les syndicats et les quartiers ouvriers.
Comme dans les expériences allemandes et russes, un tel mouvement ne devrait pas être séparé mais ancré dans les organisations de masse du prolétariat. Sa stratégie combative ne doit pas être limitée aux seules questions économiques, ou aux intérêts sectoriels des seules "femmes travailleuses".
Il doit lutter contre tous les aspects de loppression des femmes sous le capitalisme : contre les remises en causes du droit à lavortement et à la contraception, contre les violences physiques dont souffrent les femmes, contre les effets de la crise capitaliste tels les bas salaires, linsécurité de lemploi, les hausses de loyers, laugmentation des prix, les attaques contre la Sécurité Sociale, etc.
Le noyau du mouvement des femmes travailleuses doit donc être constitué par les femmes organisées dans les entreprises. Elles doivent
sassurer que les syndicats soccupent des revendications des femmes.
construire des groupes de femmes non-mixtes dans les syndicats pour permettre aux femmes de discuter de leur oppression particulière, de gagner en confiance combative, de faire adhérer de plus en plus de femmes aux syndicats et dorganiser le combat.
Mais un mouvement des femmes travailleuses va également attirer les femmes qui vivent dans les quartiers qui doit faire face aux problèmes du chômage, de linsertion des jeunes, etc.
Pour les féministes, tout mouvement des femmes doit être "autonome", protégé de la "récupération" politique. Cest une position qui est souvent partagée par dautres secteurs opprimés. Nous ne sommes pas daccord. Tout en comprenant limportance fondamentale quil y a à ce que les opprimés décident par eux-mêmes, la revendication de lautonomie cache en fait un refus de débattre ouvertement des questions politiques, ce qui, inévitablement, conduirait à la domination dun parti ou dun autre.
Cest pourquoi, au sein dun tel mouvement, les communistes révolutionnaires combattraient pour leur programme, et pour la direction du mouvement, face aux réformistes, aux centristes et aux féministes. Les révolutionnaires lutteraient pour convaincre les femmes dadhérer au parti afin quelles participent à lensemble des luttes de la classe ouvrière.
Aux organisations ouvrières et aux féministes, nous disons : les femmes de la classe ouvrière souffrent de loppression, elles sont victimes dattaques considérables durant les périodes de crises capitalistes, et elles ont besoin de lutter. Elles ne devraient pas placer leur confiance dans les dirigeants syndicaux réformistes actuels, ni dans le PS ou le PCF.
Malheureusement, lécrasante majorité des femmes travailleuses font confiance aux dirigeants et aux partis réformistes pour quils combattent pour leurs revendications. Il faut, selon nous, exiger que ces dirigeants luttent, quils soient responsables de leurs actions, et que les femmes sorganisent pour empêcher leur trahison.
Il sagit donc dune tactique qui permet aux révolutionnaires de prendre la direction politique des masses.
A ceux qui disent quun mouvement des femmes travailleuses diviserait la classe ouvrière et conduirait au séparatisme et au féminisme bourgeois plutôt quà la lutte révolutionnaire, nous répondons :
Premièrement, notre classe est déjà divisée du fait de loppression des femmes, ce qui conduit aux privilèges défendus activement par certains hommes (exclusion des femmes de certains emplois et de certains syndicats), et au sexisme omniprésent au sein de la classe ouvrière.
Dans ces conditions, si les femmes veulent participer au mouvement ouvrier sur un pied dégalité avec les hommes, elles devront combattre pour être entendues, pour que leur rôle soit pris au sérieux, et pour que la classe toute entière combatte pour les revendications des femmes.
Deuxièmement, un mouvement des femmes travailleuses est nécessaire pour toucher les femmes qui sont enfermées dans la famille, exclues de la production sociale, en butte aux idées arriérées, et qui constituent des recrues potentielles pour la réaction.
Troisièmement, quoique nous puissions dire en tant que révolutionnaires, des mouvements des femmes travailleuses surgiront spontanément au cours des luttes. Un exemple parmi tant dautres : il y a 12 ans en Grande-Bretagne, lors de la grande grève des mineurs, les femmes, les surs et les filles des mineurs se sont organisées en comités de solidarité afin de mobiliser les femmes pour défendre lemploi des hommes, prôner la solidarité parmi les femmes travailleuses et empêcher toute pression anti-gréviste des femmes sur leurs hommes.
Selon les féministes il faut organiser toutes les femmes, quelle que soit leur affiliation de classe, afin de combattre pour leurs droits face aux hommes. Nous ne sommes pas de cet avis, et ceci pour deux raisons.
Dabord, les féministes se trompent dennemi. Comme nous lavons expliqué, si toutes les femmes sont aujourdhui opprimées, les origines historiques de cette oppression se trouvent non pas dans le fait même de lexistence de deux sexes, mais plutôt dans le développement dune société de classes. Aujourdhui, seule la destruction de cette société de classe, poussée à son niveau le plus productif et le plus destructeur et réactionnaire, offrira aux femmes la possibilité dune libération réelle et totale.
Ensuite, les moyens quelles se donnent afin de mener à bien la libération des femmes ne sont nullement suffisants. Certes, dans les années 70 le "mouvement des femmes" a pu arracher des acquis, en particulier le droit à lavortement. Mais quelle autre réforme de taille peut-il mettre à son compte ?
La raison en est simple : afin dimposer de véritables changements dans la société, afin de mettre fin à la discrimination en matière demploi, de salaires, dans la vie de tous les jours, il va nous falloir une force autrement plus puissante quun simple mouvement de protestation, si large soit-il.
La seule force capable dimposer ce changement radical, daller jusquau bout, cest la classe ouvrière. Lier le combat du prolétariat tout entier et le combat pour la libération de la femme, voilà notre objectif. Pour la simple raison que, sur le fond, les deux luttes ne font quune.
Pour les révolutionnaires, la construction dun tel mouvement nest pas un choix parmi dautres, mais une partie essentielle du combat pour unifier la classe ouvrière et ses alliés dans la lutte pour le renversement du capitalisme et la construction du socialisme.
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