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Non à l'intervention de l'ONU en LibyeLa décision des Nations Unies d'intervenir militairement en Libye n'est pas une action humanitaire pour « protéger les civils ». Il s'agit avant tout d'une action soigneusement calculée pour protéger les intérêts occidentaux dans la région. Deuxièmement, il s'agit d'un pas important pour stabiliser toute la région, pour arrêter la vague de la révolte tout en assurant le maintien au pouvoir des alliés des puissances occidentales comme les rois d'Arabie Saoudite et du Bahreïn. La résolution 1973 a été présentée comme le minimum nécessaire pour protéger les civils de l'avancée contre-révolutionnaire de Khadafi. En réalité, elle donne aux principales puissances impérialistes un chèque en blanc pour agir comme elles souhaitent. La résolution n'interdit pas l'utilisation des troupes terrestres, contrairement à ce qui a été annoncé. Elle interdit une force d'occupation étrangère mais aucune des puissances impliquées n'a les moyens ou le besoin de préparer une occupation. Elle n'interdit pas l'utilisation de « forces spéciales » pour aider tout nouvel allié potentiel des occidentaux à renverser Khadafi. Le buts de la guerre Grande Bretagne et France ont pris la tête de l'organisation de la « zone d'exclusion aérienne » parce qu'elles avaient le plus à perdre, si elles n'avaient pas agi, et le plus à gagner de la stabilisation de la Libye. L'accès aux puits de pétrole a certainement joué un rôle tout comme l'objectif de regagner le contrôle de l'Europe sur l'Afrique du Nord, qui est aujourd'hui définie comme « la frontière méridionale de l'UE ». Les USA, le troisième membre du Conseil de Sécurité à soutenir la résolution, ont joué un rôle différent, parce que Washington a d'autres priorités. En premier lieu, ils veulent chercher à renforcer leurs positions dans le monde arabe. La combinaison des guerres en Irak et an Afghanistan, l'appel d'Obama à la démocratie dans son discours du Caïre, l'abandon d'Hosni Mubarak en Egypte et le déclin évident de la puissance économique des USA mettent en doute la capacité et la volonté des USA de protéger les autres gouvernants arabes, qui sont aussi menacés par les révolutions démocratiques. Le retard d'Obama à prendre position s'explique par le temps nécessaire pour conclure un accord avec toute une série d'autres états. Il paraît que le soutien saoudien et la fourniture d'armes à Benghazi ont pu être obtenus seulement en échange du soutien des USA à l'invasion du Bahrein. Bonjour la démocratie et le « souci humanitaire » ! Plus près de la Libye, les « nouveaux » dirigeants militaires en Egypte ont dû être réassurés. Au même temps la sécurité d'Israël a dû être garantie. Ayant satisfait à toutes ces conditions préalables, Obama a été en mesure de prendre le train en marche et apparemment de renforcer le texte de la résolution préparé par Grande Bretagne et France. Maintenant, en plus de la zone d'exclusion aérienne, l'ONU autorise « toutes les mesures nécessaires » pour permettre la protection des populations civiles. Ici, ce qui est « nécessaire » sera décidé par les forces mêmes qui interviennent ! Il paraît évident que tout cela était orchestré à l'avance. Une partie importante de l'accord, en fait une partie cruciale, est liée au rôle de Russie et Chine. Membres permanents du Conseil de Sécurité, ils ont le droit de veto sur toutes les décisions. Ils auraient pu arrêter toute intervention simplement en levant la main. Ils ne l'ont pas fait. Naturellement cela a été négocié auparavant et un accord a été trouvé avec les USA, la France et la Grande Bretagne. Tous ces états avaient parfaitement compris que les bourreaux de la Tchétchénie et du Tibet ne pouvaient soutenir cette intervention, au moins non publiquement. L'Allemagne au contraire n'a pas de droit de veto. Pourquoi est-ce qu'elle s'est abstenue ? Pour cela il faut prendre en considération la pression des intérêts de politique interne, avec les critiques et l'opposition à la participation allemande en Afghanistan, et des considérations à plus long terme. En ne prenant pas la responsabilité d'une intervention militaire, Berlin peut espérer jouer un rôle clé dans le futur, quand il faudra négocier un accord de fin de conflit. En faisant cela, l'Europe sera assurée de continuer à exercer son influence dans la région, même si France et Grande Bretagne seraient écartées des négociations. Toute cette procédure révèle le vrai caractère et but des Nations Unies. Il ne s'agit pas d'un « parlement mondial »ou de l'instance représentative de la « communauté des nations ». Il s'agit plutôt du cadre dans lequel les grandes puissances et leurs alliés et subordonnés peuvent essayer de résoudre leurs tensions. La caution de l'ONU à l'intervention militaire en Libye ne la rend pas « légitime », cela reste une intervention impérialiste pour défendre les intérêts impérialistes. C'est pour cela que les travailleurs et les opprimés dans tous les pays, mais spécialement dans les puissances à la tête de la coalition, France, Grande Bretagne et USA, doivent s'opposer à l'intervention par tous les moyens nécessaires. Victoire à la révolution libyenne !La révolte contre la dictature de Kadhafi mérite le soutien inconditionnel des révolutionnaires et des tous les peuples de la région, et cette position ne doit pas être revue suite à l'intervention des Nations Unies.Ceux qui s'opposent à des régimes réactionnaires, si puissants soient-ils, ont le droit de recourir aux armes quand ils le peuvent et à tirer avantage de toutes les faiblesses de leur adversaire. Cela reste vrai même quand les faiblesses sont les résultats de l'action impérialiste. Si, par le biais de la zone d'exclusion aérienne, les insurgés et les révolutionnaires en Libye peuvent reprendre des positions, saper le moral ou la loyauté des troupes de Kadhafi et même avancer sur la capitale, Tripoli, cela sera un pas en avant pour la révolution libyenne et doit être salué en tant que tel. Au même temps nous devons nous opposer à l'attaque des USA, de la Grande Bretagne et de la France. Les attaques impérialistes permettent à Kadhafi de poser comme le défenseur de la nation. Cela lui donne une cause qui peut être partagée par le peuple, alors qu'auparavant sa guerre y était complètement opposée. Maintenant il peut essayer de rallier une partie du peuple et de le mobiliser contre la révolution. Les impérialistes cherchent naturellement des alliés potentiel au sein de l'opposition à Kadhafi avec lesquels conclure un accord pour garantir leurs propres intérêts. Un tel accord pourrait être élargi même à certaines personnalités de l'actuel gouvernement de Kadhafi. La composition exacte du Conseil National de Transition à Benghazi n'est pas claire mais il est probable qu'il contienne des éléments prêts à conclure un tel accord et à établir un régime aussi mauvais que celui de Kadhafi. Toutefois reconnaître ce danger ne veut pas dire que cela est inévitable. Dans l'immédiat, la tâche central pour les révolutionnaires en Libye est de renforcer le rôle et la force de la classe ouvrière et des pauvres dans les villes dans leur luttes contre Kadhafi. Ils doivent construire leurs propres organisations, leurs syndicats, des groupes des femmes travailleuses, des comités de quartier et leur propre milice. Ils ont besoin de tout cela maintenant à Benghazi contre Kadhafi. Demain ces organisations seront peut-être nécessaires contre les éléments prêts à un accord avec les impérialistes, voire contre les impérialistes mêmes. Tout comme Kadhafi, tout comme les impérialistes, les travailleurs de Libye ont besoin d'alliés internationaux. Ils doivent s'adresser d'abord à leurs voisins, les travailleurs d'Egypte et de Tunisie et du reste du monde arabe. Un revers en Libye poserait une menace au progrès ultérieur des révolutions dans la région. Le soutien des travailleurs de la région à la révolution libyenne pourrait au contraire mettre en échec non seulement Kadhafi mais aussi les plans des impérialistes. La vitesse des développements en Libye souligne le besoin pour la classe ouvrière de construire sa propre organisation et sa propre direction, un parti révolutionnaire avec l'objectif non seulement de renverser Khaddafi par la mobilisation de la classe ouvrière et de ses organisations, mais aussi de mettre ces organisations-là au pouvoir. Seulement cette stratégie, celle de la révolution permanente, peut internationaliser la révolution et la défendre contre la contre-révolution et les impérialistes.
22 mars 2011 Vous pouvez nous écrire à contact @ cinquiemeinternationale.org | |||||||||||||