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NPA comment aller de l'avant ?

Le NPA, neuf mois après son congrès de fondation et presque deux ans après l'appel de lancement fait par la LCR, se trouve devant un tournant. Chercher à tout prix un accord électoral avec des partenaires réformistes comme le PCF et le PG ou présenter avec courage et détermination un programme anti-capitaliste ainsi que son projet de construction d'un parti large, militant et engagé dans toutes les luttes de résistance contre les attaques du gouvernement et du patronat ? Au delà de l'enjeu, selon nous mineur, des élections régionales, il s'agit de deux stratégies de construction du parti complètement divergentes et incompatibles. Loin de trancher la question, le vote des comités ainsi que le CPN qui l'a suivi a plutôt confirmé l'échec de la stratégie de la majorité actuelle et l'existence d'un courant large qui se reconnaît dans la position de la Plateforme B et souhaite remettre le cap sur les luttes. Militantes et militants de la Ligue pour la Cinquième Internationale nous avons soutenu et participé dès le début au projet du NPA. Aujourd'hui, nous pensons qu'il est important d'intervenir dans le débat en cours et essayons dans ce document d'esquisser un chemin pour un NPA réarmé politiquement et mieux à même d'intervenir dans les luttes.

Eléments pour un bilan

Si on essaye de tracer un bilan rapide du NPA, il est important de souligner les nombreux points à son actif. D'abord, il a su mobiliser et organiser des milliers de militants radicaux dans tout le pays. Il a défendu une autre conception de la politique, basée sur la révolution et non sur les réformes. Il a surtout fait naître l'espoir d'une force politique qui se batte résolument du côté des travailleurs et de tous les opprimés. A ce titre nous pensons que le NPA est un événement majeur de la lutte de classe en France. Nous considérons donc que le NPA, dont le processus de formation et de construction n'est pas achevé, est un acquis précieux que nous défendons et que nous cherchons à enraciner encore plus dans la classe ouvrière et dans toutes les luttes, les grèves et les autres formes de résistances contre le capitalisme. Néanmoins, il faut le dire, le bilan du NPA en terme d'actions, de campagnes militantes, et surtout comme force de mobilisation et de proposition est plutôt maigre. En hiver et au printemps dernier, il a surtout accompagné le mouvement contre la crise capitaliste. S'il a apporté son soutien, visible et significatif, aux travailleurs en lutte contre les licenciements, il n'a pas pu, ou voulu, lancer un véritable mouvement national pour l'occupation des entreprises qui licencient. S'il a avancé parfois le mot d'ordre de grève générale, il n'a pas proposé aux travailleurs la tactique pour l'imposer dans tout le pays et notamment l'auto-organisation à la base contre les trahisons des bureaucrates syndicaux. Du point de vue politique aussi, le NPA n'a pas proposé un programme d'action clair pour intervenir dans les luttes. Lors des élections européennes, le NPA a présenté un programme politiquement faible, avec une série de réformes certes utiles mais dépourvues de potentiel anticapitaliste, de dynamisme pour mobiliser les travailleurs. Aujourd'hui, force est de constater que le débat actuel a entraîné la presque paralysie du parti depuis la rentrée.

Reforme ou révolution ?

Depuis des mois, la direction du parti s'enferre dans des négociations avec le Front de Gauche pour former des listes unitaires pour les élections régionales. Quel est son but affiché ? On évoque la nécessité d'offrir des perspectives politiques d'ensemble, sur le terrain des luttes comme des élections. Or nos partenaires présumés du Front de Gauche ont fermé la porte de ces négociations et en particulier ne veulent pas s'engager à ne pas rentrer dans des exécutifs en coalition avec le PS. Nous notons que toutes les concessions faites pour sauver un accord contredisent explicitement la résolution sur les élections européennes voté par le congrès. En particulier il n'est plus question ni « [d']une unité qui ne soit pas un cartel électoral sans lendemain mais un instrument pour les luttes des travailleurs » ni « [d']une unité qui doit se retrouver sur le terrain, dans les luttes sociales et écologiques, contre la casse sociale, contre le démantèlement du droit du travail et des services publics, contre le productivisme, la marchandisation du vivant, pour la sortie du nucléaire ». Même le garde-fou de l'indépendance vis-à-vis du PS risque de sauter si on accepte un cadre unitaire où on est sûr que certaines composantes iront demain gouverner les régions avec le PS « parti qui, par son programme et sa pratique, s’inscrit dans la gestion du capitalisme et a renoncé à toute transformation sociale. ».

Toutefois, au delà des régionales, pour nous le vrai problème est celui de la caractérisation de toutes ces partis et de la politique à tenir envers elles. Certes, le PS a mené et mène une politique néo-libérale, c'est-à-dire la gestion du système capitaliste. Mais qui étaient ses alliés dans la gauche plurielle ? Qui était le ministre des transports qui a mis en place le découpage de la SNCF sous le gouvernement Jospin ? Quant à Melenchon, il a été lui aussi ministre dans ce même gouvernement , celui du sommet de Lisbonne et du triste record des privatisations. Et il ne s'agit pas d'un épisode ponctuel. Le PC a été l'allié fiable du PS depuis plusieurs décennies. Il s'agit d'un parti tout aussi compromis que le PS dans la gestion de l'état bourgeois. Son réformisme n'est nullement supérieur à celui du PS. Au contraire, son discours prétendument radical n'est qu'un outil pour capter les travailleurs et donner ainsi aux gouvernements PS-PCF une assise dans la classe ouvrière. Le projet de la direction actuelle de faire coexister au sein du NPA révolutionnaires et réformistes grâce à des formulation ambiguës, à des pirouettes verbales que chacun peut interpréter comme il souhaite est vouée à l'échec. Au premier tournant de la lutte de classe, cette unité fictive volera en éclat. De même, se focaliser sur les enjeux électoraux est bien étrange pour un parti qui veut un renversement de la société de classe actuelle. Qui peut penser qu'on pourra renverser le capitalisme à partir des exécutifs régionaux ? Les masses des travailleurs et des jeunes ne se soucient pas des régionales mais bien plutôt du chômage de masse, de la précarisation, des bas salaires etc. C'est pour cela que nous proposons de baser le parti non sur un électoralisme impuissant mais sur l'intervention dans la lutte de classe et sur un programme d'action, un programme d'urgence, comme ce que nous esquissons plus bas.

Pour résumer, chercher à tout prix une alliance avec le PC et le PG risque de mener le NPA dans une voie sans issue. Le NPA risque de jouer le rôle de supplétif du pôle réformiste de gauche avec PCF et PG. Au lieu de construire une force politique révolutionnaire, le NPA risque de se retrouver englué dans la pire des politiques institutionnelles, d'appareil, complètement à l'intérieur du système qu'il prétend combattre. Comment sortir de la paralysie ? Nous pensons que le NPA doit partir de ce qui fais sa force, avoir le courage d'assumer son anticapitalisme et son refus de la gestion du système actuel. Certes, aujourd'hui il y a seulement une minorité des travailleurs qui sont convaincus de la nécessité de la révolution. Il ne s'agit nullement de poser la question « réforme ou révolution » comme un ultimatum. Le but d'un parti comme le NPA est celui de regrouper les meilleurs militants ouvriers, les plus courageux activistes dans la jeunesse, les antiracistes, celles et ceux qui luttent contre l'oppression des femmes, des homosexuels. La base de ce regroupement doit être un programme d'action basé sur la méthode des revendications de transition, c'est-à-dire de revendications qui donnent une réponse aux besoins brûlants des travailleurs et des jeunes mais aussi qui les arment pour remettre en cause la domination du capitalisme sur la société toute entière. Cette unité-là, celle basée sur l'action et sur les luttes, est un objectif que nous devons chercher dans chaque mobilisation. Sans relâche, sur le terrain, dans les entreprises, dans les quartiers, nous devons proposer aux militants du PC, du PG mais aussi du PS, l'unité d'action contre les attaques du gouvernement et contre les effets de la crise capitaliste. Mais il s'agit d'une unité bien différentes de celles qui consiste à passer des simples accords électoraux avec les appareils des partis réformistes. De la même façon que l'unité des travailleurs en lutte pour défendre leur emploi est de nature complètement différente de l'unité des bureaucrates syndicaux qui s'accordent pour une journée d'action, bien espacée de la prochaine et sans lendemain, ou même pour boycotter leur propres journées d'actions, comme ça a été le cas lors de cette rentrée. Remobiliser le parti Il s'agit selon nous de faire du NPA un outil de la lutte de classe et, au delà, un outil pour la construction d'un parti révolutionnaire et pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière. En commençant par la lutte de classe de cette rentrée. Ainsi le NPA peut et doit jouer un rôle crucial dans le mouvement actuel. C'est la seule force organisée au niveau national qui puisse donner une perspective claire au mouvement et en particulier devenir l'organisateur et le constructeur d'un mouvement d'ensemble.

Les luttes récentes, Continental, Freescale etc. ont montré qu'une partie des travailleurs est prête à en découdre pour défendre ses postes de travail. D'autres luttes de ce type vont sans doute surgir dans les prochains mois. C'est à nous de faire en sorte qu'elles ne restent pas isolées. L'interdiction des licenciements ne doit pas rester un mot d'ordre à sortir seulement lors d'une campagne électorale. Il s'agit d'une revendication à mettre en oeuvre dans chaque conflit de ce type. De plus, il faut souligner qu'il ne s'agit pas d'une loi à faire voter à l'Assemblée mais d'une interdiction dans la pratique, par l'action ouvrière, en contestant le droit des patrons à disposer des travailleurs comme variable d'ajustement. Il faut que toute lutte contre une fermeture se transforme en grève avec occupation. Dans toutes les villes nous pouvons former des comités de soutien à ces luttes. Par cela nous pouvons construire des liens de solidarité entre travailleurs de plusieurs sites et avancer vers une lutte d'ensemble. Nous devons faire en sorte que toutes ces luttes se généralisent dans un mouvement de masse avec le mot d'ordre « Nous ne paierons pas pour leur crise » et exigent une série de mesures d'urgence contre les plans sociaux et le chômage de masse. Nous devons exiger des syndicats qu'ils organisent des grandes manifestations unitaires qui pourraient être un point d'appui pour ce mouvement. Mais nous devons aussi être prêts à organiser ces journées par nous mêmes, par la base, si les bureaucrates ne sont pas prêts à le faire ou, pire, s'ils boycottent le mouvement. Pour mobiliser largement, pour que les luttes puissent converger sur une base commune, nous devons avancer un programme d'urgence constitué de mesures simples, nécessaires et dont l'application puisse être imposée par les travailleurs en lutte.

Grève avec occupation des toutes les usines qui ferment. Pas un seul licenciement. Construisons la solidarité active avec nos camarades en lutte.

Nationalisation sans indemnité ni rachat de toutes les banques et de toutes les entreprises qui licencient, sans indemnité et sous le contrôle ouvrier.

Augmentation de salaire de 300 € pour tous, tout de suite. Le SMIC à 1500 € net!

Stoppons tous les plans de privatisation des services publics, notamment celui de La Poste.

Aucune suppression de postes dans l'Education Nationale. Arrêtons la privatisation rampante de l'université avec la LRU. Renvoyons la réforme des lycées là où il faut : à la poubelle !

Un plan d'urgence sous le contrôle des travailleurs pour construire des HLM, des écoles et des hôpitaux. Réquisition de tous les logements vides.

Pour une diminution générale du temps de travail avec embauche correspondante sous contrôle ouvrier

Augmentation massive des impôts pour les riches et pour les grandes entreprises

Imposons la fin de la précarité. Transformons tous les CDD et autres intérims en CDI.

Des papiers pour tous nos camarades immigrés ! Abrogation de toutes les lois racistes. Ouverture des frontières.

Ces revendications, ce programme d'urgence que nous pouvons écrire ensemble doivent former la base de notre intervention dans les élections. Le but ne doit pas être celui de chercher quelques élus au prix d'accords minables mais de populariser au maximum nos revendications et nos luttes dans les quartiers, les entreprises etc. et d'impulser ainsi la visibilité du parti et son enracinement dans la classe ouvrière. Il est nécessaire que le NPA se dote des moyens pour peser dans les mouvements et empêcher que les directions nationales des syndicats jouent toujours le rôle de frein, voire pire. Dans chaque lutte, nous devons nous battre pour une direction démocratique, élue et révocable par la base dans les AG. Chaque usine en lutte doit élire son comité de grève. Dans toute les luttes d'ampleur nous devons proposer des coordinations nationales, seules à pouvoir diriger démocratiquement le mouvement ainsi qu'à mener les négociations.

Les syndicats actuels, divisés, faibles numériquement et complètement dominés par une bureaucratie réformiste, sont loin de l'outil nécessaire pour défendre les travailleurs et arracher des nouveaux acquis. Il faut transformer radicalement les syndicats et en faire un outil de la lutte de classe et non celui de la cogestion du système. Pour cela il faut une syndicalisation de masse, l'abolition des privilèges des bureaucrates syndicaux et la construction d'un mouvement intersyndical de lutte de classe. Le but de notre intervention sera celui de remettre un programme de lutte de classe et la démocratie ouvrière comme piliers des syndicats, et non les méthodes bureaucratiques et la gestion du système capitaliste. Dans toutes les luttes, notre but ne doit pas être simplement celui d'aider et accompagner le mouvement. Notre ambition est celle de donner aux luttes, aux grèves, aux mouvements une direction alternative à celle du réformisme. Nous voulons nous engager avec les travailleurs en lutte dans la voie d'une contestation radicale du système. A terme nous voulons construire un parti révolutionnaire de masse pour le renversement des rapports de propriétés capitalistes et la destruction de l'état bourgeois avec toutes ses structures répressives.

Urgent: pour une tendance lutte de classe au sein du NPA !

Dans la situation de confusion politique extrême et de paralysie du NPA, il est important que les camarades de la plateforme B ne laissent pas l'initiative à l'aile droitière qui est en train de mettre en oeuvre sa politique réformiste et électoraliste et veut transformer le NPA dans une simple composante du Front de Gauche. Pour contrer cette dérive il est urgent que les camarades qui se reconnaissent dans la plateforme B prennent les initiatives pour structurer leur courant comme une tendance au sein du NPA. Il faut pour cela appeler rapidement à des réunions de lancement de cette tendance, d'abord sur base locale et régionale, ensuite au niveau nationale. Il faut impérativement s'organiser pour que le NPA ne devienne pas le satellite du PdG mais reprenne le chemin de la lutte de classe sur une base anticapitaliste claire.

Du NPA à l'Internationale

La question de la construction de nouveaux partis anticapitalistes dépasse largement le cadre de la France. La crise du réformisme, les attaques des gouvernements néo-libéraux, les résistances des travailleurs créent des conditions favorables à des ruptures significative avec les appareil politiques et syndicaux actuels et ouvrent le champ pour des nouvelles initiatives. En fait cette question est au centre du débat en Grande Bretagne et en partie aussi en Allemagne, où beaucoup sont convaincus que ce n'est pas d'un parti réformiste et intégré au système comme Die Linke dont nous avons besoin. La réussite du NPA pourrait donner une impulsion nouvelle à la formation de nouveaux partis qui coordonnent et organisent une fraction significative des militants sur des bases anticapitalistes.

Mais, l'importance du NPA au niveau international ne s'arrête pas là. Nous sommes tous convaincus que nous ne pourrons pas vaincre l'impérialisme sur le simple terrain national. Nos ennemis sont au pouvoir partout sur la planète et sont bien organisés et coordonnés au niveau internationale. Le NPA peut et doit jouer un rôle crucial dans la formation d'une nouvelle internationale pour la lutte contre le capitalisme. Nous devons prendre le devant et lancer un appel à tous les anticapitalistes conséquents, à tous les militants contre la guerre impérialiste et la mondialisation. Le premier pas pourrait être de convoquer des conférences ouvertes à tous ces militants dans le but non seulement de discuter comme dans le Forum Sociaux mais aussi de prendre ensemble des décisions (manifestation, campagnes internationales) et de marcher ensemble vers une nouvelle Internationale de la classe ouvrière et de ses alliés.

decembre 2009.

Vous pouvez nous écrire à contact @ cinquiemeinternationale.org