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FMI = Famine, misère, impérialisme
Pilier de lordre impérialiste mondial depuis laprès-guerre, le FMI (Fonds Monétaire International) est pour les travailleurs des "pays en voie de développement" synonyme de licenciements, dattaques contre le niveau de vie des travailleurs et de misère généralisée pour la classe ouvrière.
En effet, afin de "stabiliser" les économies et de "restaurer la confiance des investisseurs", le FMI insiste pour que chaque gouvernement applique ses plans daustérité dont les travailleurs du monde entier supportent les conséquences.
Le plan daustérité est devenu le principal préalable du FMI à toute aide financière mise en place pour faire face à la fuite des capitaux, à la dette étrangère devenue écrasante ou à la disparition des réserves de devises étrangères - les signes classiques dune crise financière aggravée.
Le FMI, structure fondamentale de limpérialisme moderne, se définit lui-même de la manière suivante :
Il est politiquement neutre, comme une espèce de banquier bénévole mais plein de bon sens, qui ne fait quappliquer la volonté de ses pays-membres.
Il a comme unique objectif dappuyer le développement et la croissance du commerce international.
Son aide financière ne sert quà permettre aux pays-membres de surmonter des difficultés financières temporaires - en particulier dans le domaine de la balance des paiements (cest-à-dire avoir assez dargent pour payer les importations) - et à les aider à effectuer les changements structuraux nécessaires afin daugmenter les exportations.
Sa doctrine est celle du néolibéralisme, avec comme objectif que tous les pays puissent avoir une spécialité dans le domaine de la production, afin de maximiser le bien-être des citoyens.
Voilà la version officielle, la vision impérialiste de la chose. La vérité est tout autre.
En fait, le FMI fonctionne comme une espèce de ministère des finances à léchelle planétaire. Il contrôle notamment la situation des pays du "tiers monde" - les semi-colonies dAsie, dAmérique latine et dAfrique - dans lintérêt dune poignée de puissances impérialistes, en particulier les USA, lAllemagne, la France, le Japon et la Grande-Bretagne, qui dominent léconomie mondiale.
Les objectifs réels du FMI sont en fait évidents :
Assurer la capacité dun pays à remplir ses obligations en matière de dette aux banques privées. Tout surproduit financier créé par lexportation ou la privatisation doit avant tout servir à payer lintérêt des dettes aux banques étrangères.
Ouvrir des marchés nationaux à linvestissement et à lappropriation par les principaux pays impérialistes.
Au sein du FMI, certains pays-membres - les puissances impérialistes - sont plus égaux que dautres. En poursuivant son projet dabolition de toute restriction sur la libre circulation des marchandises, des services et du capital, le FMI montre clairement quil nest quune arme au service des classes riches et puissantes.
Le FMI et la crise des années 80
Jusquau début des années 70, la plupart des pays semi-coloniaux ont surfé sur la vague de croissance que constituaient les "Trente Glorieuses". Leurs exportations ont augmenté à un taux suffisant pour empêcher un déficit de leurs balances des paiements. Ils ne croulaient pas sous le poids des importations.
Leur éventuels déficits étaient financés par des crédits commerciaux, des prêts des gouvernements étrangers ou des agences internationales. En 1971, les banques privées ne possédaient quun tiers des prêts étrangers dans les pays du "tiers monde".
Puis les années 70 ont été marquées par la crise ; deux récessions mondiales ont frappé léconomie internationale et la demande pour les exportations traditionnelles dAfrique, dAsie et dAmérique latine a chuté.
A la fin de la récession mondiale de 1980-82, des pays comme le Brésil, le Mexique, lArgentine et le Venezuela ont fait faillite. Ils ne pouvaient plus payer les intérêts des dettes contractées auprès des banques privées qui avaient proposé des prêts pendant les années 70 afin que les pays pallient aux déficits produits par la crise internationale.
En 1970, la dette des pays dominés par limpérialisme était de lordre de 75 milliards de dollars. 15 ans plus tard, ce chiffre a été multiplié par 12 : la dette sélevait à 900 milliards de dollars.
La plupart des prêts demandés par les classes dirigeantes des pays semi-coloniaux navaient pas pour objectif daugmenter le niveau de vie de la population. Un grand nombre dentre eux étaient directement liés à des contrats militaires dont lobjectif était de renforcer les régimes répressifs dAmérique latine et dAfrique confrontés à la pression populaire ainsi quau renforcement, dans le même temps, des profits des sociétés multinationales dEurope et des USA qui fabriquaient des produits militaires (armes, avions, hélicoptères, voitures, etc.).
Dautres prêts servaient, eux, des projets dits "de prestige", inutiles pour la population, mais qui avaient pour objectif de renforcer le régime aux yeux du peuple et des classes dirigeantes des États voisins.
Et, bien entendu, parmi ces sommes empruntées, des milliards de dollars ont tout simplement été détournés vers des comptes privés dont jouissaient les Mobutu et les Suharto.
Pendant la récession de 1980-82, le poids de la dette est devenue écrasant. Leffondrement de la demande de matières premières pendant les années 70 a porté un premier coup de massue aux pays dAmérique latine. Ceci a été suivi en 1979 de lexplosion des taux dintérêt - de 7 % à 17 % - alors que les USA cherchaient à freiner linflation.
Par voie de conséquence, le remboursement des seuls intérêts -- et non pas la dette elle-même -- a consommé une partie croissante des revenus dexportation qui diminuaient. La proportion des revenus des pays semi-coloniaux absorbés par le paiement des intérêts est passée de 15 % en 1977 à 25 % en 1982.
Pendant cette même période, la somme totale remboursée par les pays dominés par limpérialisme est passée de 40 à 121 milliards de dollars. Pays après pays, les bourgeoisies locales sapprêtaient à jeter léponge.
Les banques, menacées par la perte pure et simple de leur argent, ont exigé lintervention du FMI pour renflouer les économies. Il fallait éviter la faillite et imposer les mesures politiques et économiques nécessaires pour assurer le remboursement de la dette. Cest dans ce contexte que le FMI a trouvé sa raison dêtre.
Dès la fondation des instances financières gérant léconomie capitaliste mondiale en 1944, les USA ont fait en sorte que tous les pays souhaitant recevoir de largent de la Banque mondiale doivent obligatoirement adhérer au FMI et donc subir sa politique.
En 1978, les USA ont modifié la charte du FMI, afin que tout prêt soit conditionné à lacceptation de la politique du FMI en matière de réforme économique. Ce changement généralisait une politique qui navait jusque là été appliquée que sélectivement.
Par exemple, quand un pays impérialiste avait des difficultés à boucler son budget - comme ce fut le cas pour la Grande Bretagne en 1960 - aucune condition particulière nétait associé au prêt accordé par le FMI.
Le sort des pays semi-coloniaux était très différent. En 1954, le Pérou fut le premier pays dAmérique latine à se tourner vers le FMI ; il dut subir un programme de réformes économiques drastiques. Idem pour le Chili en 1956.
La crise dendettement des années 80 a conduit à une véritable ruée vers le FMI. A la fin de 1984, 40 pays semi-coloniaux avaient signé des accords avec lui. Bien sûr, ces accords étaient formulés de manière à éviter tout contrôle démocratique sur le processus de "réforme" exigé par le FMI.
Les choses se passent toujours de la même façon : le FMI écrit une lettre dintention spécifiant les conditions quil impose ; le gouvernement doit la signer. Les fonds sont ensuite débloqués. Laccord nest pas nécessairement publié et il na pas le statut de traité international, il nest donc pas nécessairement discuté par le parlement du pays concerné.
Le FMI nest pas gratuit. Le pays concerné doit payer 0,25 % du prêt afin de couvrir les "frais dagent" du FMI ! Ensuite, il doit acquitter 4,5 % du prêt directement aux pays-membres dont les devises composent largent prêté.
Résultat : un transfert de la richesse des pays semi-coloniaux vers les pays impérialistes.
Enfin le pays-emprunteur doit adopter un plan "dajustement structurel", sans lequel il nest pas admis sur les marchés internationaux des capitaux, ce qui le prive de laccès à la richesse. Le but des plans est dassurer les profits des banques et de transférer les richesses nationales vers les impérialistes.
Le plan traditionnel du FMI comporte certains éléments immuables :
la dévaluation de la devise nationale ;
la hausse des taux dintérêt ;
lélimination des subventions, y compris sur la nourriture ;
laugmentation des prix demandés par les entreprises dÉtat pour lénergie, leau etc. ou la privatisation de ces entreprises ;
le contrôle des salaires ;
la restriction du crédit.
Toutes ces mesures "dajustement" ont un même objectif : la limitation de la demande intérieure et des importations et le renforcement des exportations occasionnées par la diminution de leur prix. Tous les revenus découlant des exportations doivent être utilisées pour le remboursement de la dette.
Investissements étrangers
En restaurant léquilibre de la balance des paiements, le FMI assure que le pays puisse à nouveau attirer les investissements étrangers. Lorsque les impérialistes reviennent dans ces pays, tout est moins cher à cause de la dévaluation.
Là encore une fois, ces mesures nont quun seul objectif : créer - ou recréer - les conditions pour lextraction des surprofits par les impérialistes.
En Amérique latine, pendant les années 80, la politique du FMI a conduit à une "décennie perdue" pour les masses. Le Brésil constitue un exemple typique.
En janvier 1983, le Brésil a signé un accord avec le FMI et sest lancé dans un programme de "stabilisation" prévu sur trois ans. En échange dun prêt de 4,5 milliards de dollars, le plan prévoyait :
la dévaluation de la devise de 30 % ;
la réduction de moitié du déficit de la balance des paiements en 1983 ;
la réduction de moitié du déficit budgétaire ;
la baisse de linflation de 100 % par an à 85 % en 12 mois ;
la hausse des taux dintérêt et la suppression des subventions ;
labandon de lindexation des salaires, conduisant ainsi à une perte du pouvoir dachat des travailleurs.
Étant donné quavec la dévaluation, les prix ont grimpé deux fois plus vite que les salaires, bon nombre de travailleurs ont connu la pauvreté. Les exportations ont augmenté mais la résistance ouvrière a fait en sorte que les salaires nont pas diminué dans les proportions espérées par le FMI.
Conséquence ? Le FMI a refusé de livrer la deuxième tranche du prêt, jusquà ce que le gouvernement adopte une loi décrétant que la hausse des salaires ne pouvait atteindre que 80 % de la hausse des prix ! Les travailleurs se sont mis en mouvement et le gouverneur de la Banque du Brésil a dû démissionner. Au bord de la faillite, le gouvernement brésilien a écrasé le mouvement et a fait adopter la politique du FMI à la hussarde.
En novembre 1983, le FMI a débloqué enfin 11 milliards de dollars, dont lunique fonction était... de rembourser la dette.
Les pays dAmérique latine des années 80 ont joué le rôle de cobayes néo-libéraux du FMI. Lun après lautre, chaque pays a dû adopter une politique orientée vers les exportations, basée sur un programme de privatisation des industries nationales au profit des sociétés multinationales impérialistes et la destruction pure et simple des aides étatiques destinées aux couches les plus pauvres.
Mais en 1997, leffondrement des pays du Sud-Est asiatique a montré lerreur des théories néo-libérales prônées par le FMI sur le développement capitaliste.
Le FMI chantait les louanges de ces économies. Il les prenait pour modèles afin de montrer comment des pays du "tiers monde" pouvaient connaître croissance et stabilité et jouir des investissements étrangers. Entre 1990 et 1996, les banques étrangères se sont ruées vers ces pays, applaudis par le FMI qui y voyait des modèles à suivre partout dans le monde semi-colonial.
Et puis, lannée dernière, la vérité a éclaté aux yeux de tous : surproduction, effondrement des profits, mauvaises dettes et fuite des capitaux. Lun après lautre, lIndonésie, la Thaïlande, la Malaisie, la Corée du Sud et les Philippines ont tous sombré. Incapables de défendre leurs devises face à la déferlante financière, leurs économies se sont effondrées.
Étant donné quils suivaient tous et sans conditions la politique du FMI, ils étaient en droit dattendre que celui-ci débloque immédiatement les fonds nécessaires pour les sauver.
Pas du tout. Pour le FMI, la crise devait être payée par les populations. Cela sest traduit par la réduction des dépenses dÉtat, la limitation de la demande intérieure et des salaires et laugmentation des taux dintérêt.
Les "apprentis sorciers" du FMI ont même rajouté une clause visant la dérégulation du mouvement des capitaux, un des facteurs qui avaient déclenché la crise !
Le but du FMI est simple : se servir de la crise afin douvrir ces pays comme autant dhuîtres, permettant ainsi aux banques et aux sociétés impérialistes den déguster les meilleurs morceaux.
Voilà pourquoi laccord de décembre 1997 entre le FMI et la Corée du Sud exige une profonde réforme structurelle, la fermeture des institutions financières, le rachat des banques coréennes par des banques étrangères et la fin des prêts gouvernementaux. Comme la dit un commentateur, lobjectif du FMI est net :
"Il ne peut y avoir aucun doute, les vrais gagnants sont les sociétés occidentales et nippones. Le transfert vers des propriétaires étrangers a commencé, marqué par leuphorie, comme le montre cette remarque de la part dun dirigeant dune banque britannique : 'Si quelque chose qui hier valait 1 milliard de livres, aujourdhui ne vaut que cinquante million, cest assez excitant.' La combinaison des dévaluations massives avec la libéralisation à tout va et la reprise soutenue par le FMI pourrait même précipiter le plus grand transfert de richesses des propriétaires nationaux vers létranger quon ait jamais vu en temps de paix depuis cinquante ans. Même les transferts vers les USA quon a vu en Amérique latine pendant les années 80 ne seraient rien à côté."
Lavenir du FMI
Le caractère pro-impérialiste des conditions avancées par le FMI na jamais été aussi évident malgré ce quen dit Michel Camdessus. Celui-ci déclarait, sans rire, fin octobre, que les programmes du FMI "cherchent à faire en sorte que la reprise des dynamiques de développements serve le développement humain, que la dépense publique soit autant que possible destinée à léducation, à la santé de base, etc. Cest le meilleur moyen pour donner leur chance aux plus pauvres."
La seule pointe de critique que Camdessus concède avec cynisme, cest que "la libéralisation a parfois été conduite en dépit du bon sens". Et les millions de travailleurs et de jeunes qui ont subi les effets nocifs des programmes du FMI sur leurs conditions de vie, alors ? Oubliés !
Comme Piaf, le FMI ne regrette rien.
Car après tout, ces conséquences sont sa raison dêtre.
Lavenir du FMI peut prendre deux directions. Dune part, il est possible que le nombre et la profondeur des crises financières des années 90 épuisent les ressources du FMI.
Par conséquent, les impérialistes craignent que la prochaine crise soit la dernière. Car pour répondre à la crise rampante qui déferle sur les places boursières de la planète, le FMI a besoin de plus dargent encore.
Aux USA, le Congrès na donné "que" 18 milliards de dollars au FMI le mois dernier. Mais son instrument financier préféré a besoin de beaucoup plus. Sil sécroule sous le poids de cette crise ou de la suivante, on pourrait assister à leffondrement du système déchange planétaire et à un retour au chaos qui a caractérisé les années 30. Voilà la voie réactionnaire.
Mais il y a une autre piste.
Les luttes des pauvres et des exploités contre laustérité imposée par le FMI pourraient bloquer les plans de ce dernier, aboutir au renversement des gouvernements bourgeois qui cherchent à les mettre en uvre. Voici la voie révolutionnaire.
Cest seulement en suivant une telle voie que lon peut arracher des mains des capitalistes les banques et les usines du monde entier et les mettre sous le contrôle de ceux qui y travaillent.
Dans ces circonstances, si les pays les plus développés étaient munis de gouvernements ouvriers, ils pourraient commencer la construction dun ordre monétaire international opposé à celui du FMI. Ce serait un ordre basé sur un système planétaire de planification socialiste, un système destiné à augmenter le niveau de vie des plus pauvres.
Lexpropriation des banques abolirait les dettes nationales. Les revenus des exportations nassouviraient plus lavarice des financiers internationaux et ne conduiraient plus au transfert des richesses entre les mains dune poignée de sociétés multinationales.
Une institution monétaire internationale sous le contrôle démocratique des travailleurs dirigerait un système de paiements à taux de change stables entre les pays-membres dune fédération socialiste, tout en permettant aux devises nationales dexister si tel était le souhait des masses travailleuses de ces pays.
Mais une transition socialiste, durant laquelle chaque pays serait intégré au sein dun plan international de production et de distribution, aurait comme conséquence inévitable de miner le besoin de devises nationales. Les sommes dépensées pour les échanges pourraient utilement servir ailleurs.
Dans cette optique, celle de laprès-révolution socialiste, la politique monétaire aurait comme seul objectif de mesurer la productivité du travail, signalant ainsi aux institutions de planification comment mieux répartir largent au sein du système socialiste tout entier.
Cest une perspective très différente de celle du FMI. Mais cest la seule qui peut faire sortir lhumanité du cycle de crise, de répression et de guerre qui est le lot commun sous la férule capitaliste. Il sagit dune perspective émancipatrice et rationnelle plaçant la production au service de lhumanité et non linverse.
Aux origines du Fonds Monétaire International
Pendant les années 30, le monde capitaliste fut ravagé par la Grande Dépression. Des milliers de banques ont fait faillite ; la valeur marchande des terres sest effondrée ; les usines se sont arrêtées et des dizaines de millions de travailleurs se sont retrouvés au chômage. Le système financier et déchange monétaire international fut profondément endommagé. Une perte de confiance généralisée dans le papier-monnaie a conduit à un accroissement de la demande dor à laquelle ne pouvait faire face les trésoreries nationales.
Cest pourquoi de nombreux pays copiant une décision prise par le Royaume-Uni ont abandonné létalon-or, qui, depuis des années, établissait la valeur des devises en comparaison dune certaine quantité dor.
Pendant les années 30, la valeur des monnaies étant incertaine, les pays ont stocké lor. Cela eut pour effet de diminuer encore limportance et la fréquence des transactions monétaires, intensifiant la dépression.
Les gouvernements voulant vendre coûte que coûte leurs produits agricoles aux acheteurs étrangers ont baissé leur devise nationale en dessous de sa valeur réelle afin de miner le commerce des pays vendant les mêmes produits.
Cette pratique ("la dévaluation compétitive") a été employée également par le commerce privé, renforçant ainsi lincertitude financière et minant lactivité commerciale.
Le rapport entre la monnaie et la valeur des marchandises est devenu de plus en plus confus, tout comme celui entre les devises. Le capitalisme mondial fut plongé dans une spirale de déflation et de récession. Entre 1929 et 1932, à léchelle planétaire, les prix ont diminué de 48 % et la valeur du commerce international a chuté de 63 %.
La destruction massive du capital et lécrasement de la classe ouvrière engendrés par la deuxième guerre mondiale ont créé les conditions dune reprise économique. Sur cette base, les puissances impérialistes victorieuses ont construit un système monétaire dont lobjectif était déviter une répétition de la catastrophe économique des années 30.
Au début des années 40, deux économistes anglo-saxons - H. Dexter White aux USA et J. Maynard Keynes en Grande-Bretagne - ont avancé des projets similaires. Ils proposaient la création dun système dont le rôle serait :
dappuyer la conversion sans limites des devises ;
détablir une valeur claire pour chaque devise ;
déliminer toute pratique restrictive, telle que la dévaluation compétitive.
Pour contrôler ce système, il fallait une instance internationale. En 1944, lors de la conférence de Bretton Woods aux USA, le FMI fut fondé. Si par tradition le président du FMI est un européen (lactuel Directeur Général, Michel Camdessus, est un Français), celui de linstance parallèle, la Banque Mondiale, est toujours un américain.
La base fondamentale du FMI a toujours été limpérialisme nord-américain. Installé aux USA, composé principalement déconomistes américains, le FMI échange régulièrement son personnel avec celui de la trésorerie des USA. De plus, en tant que principal contributeur du budget du FMI, les USA ont toujours eu plus de voix que tout autre pays et ont pu ainsi bloquer toute modification de sa charte.
Comme la dit en 1983 le Secrétaire de la Trésorerie des USA, Donald Regan :
"Le FMI est essentiellement une institution non-politique... Mais cela ne veut pas dire que les intérêts politiques et sécuritaires des USA ne sont pas servis par le FMI."
Pendant ses 25 premières années dexistence, le FMI fut peu visible. Le système monétaire international fut stable. Selon laccord de Bretton Woods, 1once dor valait 35 dollars. Les USA étaient prêts à vendre et à acheter à ce prix en toutes circonstances. Du moment que la domination économique américaine soit absolue et quil y ait suffisamment dor dans les coffres, il ny avait pas besoin dune intervention du FMI.
Mais pendant les "Trente Glorieuses", la domination des USA par rapport aux autres pays sest affaiblie alors que ces derniers - Europe et Japon - se sont enrichis. Au début des années 70, la trésorerie des USA navait plus de réserves dor suffisantes pour échanger les dollars détenus à létranger. En 1971, face à une crise financière montante, les USA ont abandonné unilatéralement les taux de change fixes. Une nouvelle période sest ouverte : celle des taux de change flottants.
Mais comment éviter le retour des dévaluations compétitives des années 30 ? Cest à ce moment-là que le FMI est entré en scène.
Comme le dit lhistorien officiel du FMI :
"En adoptant le système actuel, les pays-membres ont demandé au FMI daller au-delà de la valeur déchange qui, après tout, est le résultat final dune série de politiques économiques, dexaminer tous les aspects de léconomie dun pays-membre qui conduisent la valeur déchange à être comme elle est et dévaluer franchement la performance de léconomie pour que tous les pays-membres puissent la connaître. Bref, le système actuel exige une transparence plus grande à légard de la politique des pays-membres et donne au FMI une plus grande capacité à contrôler ces politiques. Le FMI appelle cette activité le contrôle, ou la supervision, de la politique déchange des pays-membres. Cette supervision est basée sur la conviction quune politique économique domestique qui est forte et conséquente conduira à des taux de change stables, et à une économie mondiale croissante et prospère."
Traduction : le FMI est le gendarme financier de limpérialisme. Il existe afin dassurer que la politique économique intérieure des pays-membres serve louverture du commerce et du mouvement du capital, au profit des pays impérialistes.
Inévitablement, un tel système douverture ne peut que servir et renforcer la richesse et la puissance des impérialistes, dont la productivité économique, les ressources du capital et la domination technologique permettent de balayer toute concurrence là où il nexiste pas de barrières protectionnistes au mouvement des capitaux ou des marchandises.
Le FMI existe afin dassurer que les pays qui entrent dans une crise financière et qui sont obligés de demander son aide - principalement les pays semi-coloniaux les plus pauvres - soient contraints denlever de telles barrières.
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