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Nouveau Parti Anticapitaliste : quelles bases et quel programme ?

Il y a un an la déclaration par la LCR de la nécessité d'un nouveau parti a été accueillie avec un grand intérêt à la fois en France et plus largement en Europe. Le 17ème Congrès de la LCR a décidé en janvier de lancer une initiative pour la création d'un « nouveau parti anticapitaliste » à la gauche de la gauche du PS et du PCF.

La LCR a annoncé que cela impliquerait un processus constituant de meetings locaux et nationaux culminant dans la fondation du nouveau parti à la fin de cette année. Ce processus implique aussi un congrès où la LCR prendrait la décision de se dissoudre. La déclaration affirme: «Il manque cruellement un outil qui aide à la convergence des luttes en un mouvement d’ensemble capable de faire reculer le pouvoir et de changer le rapport de force. [] Nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir cet outil : un parti utile aux mobilisations d’aujourd’hui. Un parti pour préparer un changement radical, révolutionnaire de la société c’est-à-dire la fin du capitalisme, de la propriété privée des principaux moyens de production, du pillage de la planète et de la destruction de la nature. »

La Ligue pour la Cinquième Internationale et ses militants en France partagent cette aspiration. Nous croyons aussi que les travailleurs français sont confrontés à une lutte décisive qui a une importance énorme pour le mouvement ouvrier de toute Europe et au delà. En effet la classe ouvrière française n'a pas encore subi des défaites décisives dans la lutte pour la défense de ses acquis sociaux et a même remporté des victoires comme dans la lutte contre le CPE ou le rejet de la constitution européenne. Toutefois, fort d'une majorité parlementaire et du désarroi de la gauche réformiste, Nicolas Sarkozy a commencé a détruire ces acquis historiques et a démoraliser les syndicats, notamment des secteurs de l'avant-garde comme les cheminots.

En plus, les attaques contre l'éducation nationale et l'université, contre les jeunes des banlieues et les sans-papiers sont plus graves. La résistance contre ces attaques, exprimée lors des mouvements par les AG et les coordinations, s'est révelée insuffisante pour stopper l'attaque généralisée et en finir avec les agresseurs. La raison est simple : les travailleurs et les jeunes ont besoin d'un outil politique de lutte, qui unifie et cordonne les militants de tous les front, qui propose des solutions politiques claires qui transforment la défense en offensive contre le capital. Bref, il nous faut un parti révolutionnaire, mais non un petite secte qui se déguise en parti.

Pour être digne de ce nom il doit compter dans ses rangs les meilleurs militants de chaque bataille contre l'exploitation, le harcèlement policier, l'oppression raciste, contre les femmes, les jeunes et les homosexuels. Il doit être armé d'un stratégie, c'est-à-dire un programme, qui mène des nécessités brûlantes de lutte actuelles aux mesures qui permettent aux travailleurs de prendre le contrôle démocratique de l'économie, des entreprises, du système de santé et de la sécurité sociale. Le but clair de ce programme doit être le pouvoir de la classe ouvrière à travers la démocratie ouvrière et le renversement du pouvoir des patrons.

Bien sûr aujourd'hui seulement une minorité, même si elle n'est pas insignifiante, est déjà d'accord avec ce programme. Mais ce programme ne doit pas être présenté comme un ultimatum, qu'il faut accepter ou rejeter en bloc. Il faut en discuter, en débattre, il faut mettre à la preuve de la pratique ses éléments, réinjecter dans la discussion l'expérience des travailleurs, des jeunes et des ceux qui subissent l'oppression raciste. Ce processus peut faire de l'adoption de ce programme un développement organique.

Que faut-il faire si on pense avoir une esquisse de ce programme ? Certainement il ne faut pas passer sous silence ses propres intentions et attendre que le programme émerge. Nous, militants de la Ligue pour la Cinquième Internationale, nous croyons que ce programme doit être révolutionnaire, un programme de transition qui trace la route vers la «un changement radical, révolutionnaire de la société c’est-à-dire la fin du capitalisme, de la propriété privée des principaux moyens de production, du pillage de la planète et de la destruction de la nature »

On peut tirer une leçon importante de la débacle de la gauche réformiste en France et aussi dans d'autres pays comme l'Italie et la Grande Bretagne : la classe ouvrière a besoin d'un « nouveau type de parti », un parti de combat qui travaille dans tous les secteurs, les syndicats, les mouvements sociaux etc, sur la base des décisions du parti. Seulement ainsi un parti peut non seulement être actif dans les différents mouvements mais aussi lutter pour une direction révolutionnaire de lutte de classe pour ces mouvements.

Nous croyons que certaine méthodes et traditions, celle de Marx, Lénine et Trotsky en particulier, sont un guide vital, non seulement sur la question du programme mais aussi sur la question de créer une structure démocratique pour un parti de lutte. Toutefois, la LCR est très ambiguë sur cette question et semble même exclure les lessons clé de derniers 90 ans, c'est-à-dire depuis 1914/1917 qu'une stratégie réformiste et une stratégie révolutionnaire ne sont pas compatibles.

Dans une interview donnée lors du congrès de la LCR, Olivier Besancenot, répondant à la question si le nouveau parti doit être révolutionnaire, a dit: « Probablement pas, parce que autrement il deviendrait simplement une LCR plus grande. Même si beaucoup de choses ne sont pas claires, sur cela la LCR est parfaitement claire: le nouveau parti ne sera ni léniniste ni trotskyste, même s'il sera écologiste, féministe et même guévariste. »

La LCR refuse de proposer tout programme spécifique pour le nouveau parti, parce que celui-ci doit arriver par le bas. Le parti doit plutôt se limiter à quelques principes limités comme ceux cité plus haut. Ce que la LCR envisage est clairement un parti qui rejette même de prendre la décision sur cette question stratégique : un parti qui essaye d'être réformiste et révolutionnaire à la fois.

Mais ces deux stratégies sont incompatibles parce qu'elles représentent de positions de classe opposées. L'amélioration graduelle et pacifique du système existant, qui devrait deboucher dans le « socialisme » est, comme a dit Rosa Luxemburg dans Réforme ou Révolution, non une manière plus lente et plus pacifique pour arriver au même but mais une voie qui mène à un autre but, la préservation indéfinie du capitalisme.

L'autre stratégie est basée sur la lutte de classe qui mène au renversement révolutionnaire de la domination de la classe capitaliste, la destruction de l'appareil de l'état bourgeois et son remplacement par le pouvoir des conseils de la classe ouvrière, bref la dictature du prolétariat.

Pour nous, une organisation construite afin de surmonter cette contradiction ne peut pas satisfaire les exigences de la lutte de classe, de tout soulèvement majeur. Aujourd'hui, battre Sarkozy signifierait soit chercher de former un gouvernement réformiste qui irait vers des nouvelles trahisons, soit aller vers la révolution et le pouvoir ouvrier.

Ici se trouve une autre des faiblesses majeures de la LCR. Malgré l'excellent travail de ses militants dans les syndicats, dans le mouvement étudiant etc, la LCR ne précise pas une stratégie ni une tactique claire pour lutter pour une direction révolutionnaire.

Avec cette méthode, il est impossible de rompre l'emprise de la bureaucratie syndicale, liée au PS et au PCF. Cela n'est certainement pas possible pour un parti qui oscille lui-même entre réforme et révolution, c'est-à-dire qui a un caractère centriste.

Aujourd'hui la direction de la LCR a pris une initiative qui a le potentiel d'attirer des dizaines de milliers de militants. Dans la mesure où cela permet de coordonner et d'unifier les luttes et un forum pour débattre le nouveau programme révolutionnaire, nous sommes favorables. Malheureusement, la stratégie de la LCR, l'idée d'un parti hybride, représente un obstacle à la réalisation de ce potentiel.

C'est pour cette raison que nos militants défendront un programme d'action révolutionnaire et pour un débat avec le plus large nombre de militants sur réforme ou révolution. Nous croyons que dans le contexte d'une riposte unitaire contre les attaques de Sarkozy on peut les convaincre à une condition : que les révolutionnaires restent fidèles à leurs idées et essayent sans relâche de convaincre ces militants.

29 mai 2008

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