La Quatrième Internationale 1940-1953
Le SWP américain pendant la Deuxième guerre mondiale
La guerre fut une rude épreuve pour toute l'Internationale. En Europe, l'occupation nazie entravait et menaçait dexistence des jeunes organisations, les réduisant à la clandestinité, les coupant des contacts et des autres sections de lInternationale.
La plus grande section de l'Internationale, le SWP des Etats-Unis, souffrit également de la guerre. Avant même la guerre, il fut obligé de se plier à la nouvelle loi Voorhis, qui interdisait à un parti politique d'adhérer à une organisation internationale. Le SWP dût en conséquence démissionner formellement de l'Internationale.
En juillet 1941, six mois avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, 18 dirigeants du SWP furent arrêtés et inculpés de sédition à cause de leur opposition à la guerre. Ils furent condamnés à des peines comprises entre 12 et 18 mois de prison ferme.
Le SWP se servit du procès pour expliquer ses positions. La déposition de Cannon fut reproduite dans les pages du journal, et éditée sous forme de brochure et vendue à des dizaines de milliers d'exemplaires. Et pourtant, malgré une politique qui exprimait clairement son opposition à la guerre, le SWP n'arriva pas à présenter, que ce soit dans les pages de ses publications, ou lors du long procès de Minnéapolis, la politique révolutionnaire en cas de guerre impérialiste.
La tâche principale des sections dans les pays impérialistes était d'avancer une politique de défaitisme révolutionnaire. Sans souhaiter la victoire de l'ennemi (en l'occurrence, Hitler), cette politique consiste à refuser tout compromis de classe pendant la guerre, à montrer la nécessité de poursuivre la lutte des classes, quelque soient les conséquences pour la guerre.
Comme l'expliqua Trotsky en mars 1938, Le défaitisme, cest la politique de classe du prolétariat qui considère, y compris en temps de guerre, que son ennemi principal est dans son propre pays impérialiste. Le patriotisme, en revanche, est une politique qui situe lennemi principal hors de son propre pays.
Lidée du défaitisme est en réalité la suivante : mener une lutte révolutionnaire intransigeante contre sa propre bourgeoisie en tant quennemi principal, sans se préoccuper que cette lutte puisse aboutir à la défaite de son propre gouvernement.
Dans le cas où elle résulte dun mouvement révolutionnaire, la défaite de son propre gouvernement constitue un moindre mal. Lénine na jamais dit et na jamais voulu dire autre chose. Il nest même pas possible de parler dune autre espèce de contribution à la défaite.
Faut-il renoncer au défaitisme révolutionnaire dans les pays non-fascistes? Cest là le noeud de la question; cest là-dessus que linternationalisme révolutionnaire tient bon, ou seffondre. (1)
Selon ces critères les seuls qui comptaient pour Trotsky le SWP na pas mené une politique dinternationalisme révolutionnaire pendant la guerre. Comme le montre la lecture de sa presse, il na jamais mis en avant cette politique.
Dans sa déclaration toute suite après lentrée des Etats-Unis en guerre, le SWP dénonçait et rejetait cette guerre impérialiste, mais nabordait pas la question de laction ouvrière en temps de guerre et la menace quelle pouvait présenter pour la conduite dune guerre qui se présentait comme étant celle de la démocratie contre le fascisme :
Aujourdhui, notre programme contre lhitlérisme et pour un gouvernement ouvrier et paysan nest le programme que dune petite minorité. Lécrasante majorité soutient, de façon active ou passive, le programme de guerre du gouvernement Roosevelt. En tant que minorité, nous devons nous soumettre dans laction à cette majorité. Daucune façon nous sabotons la guerre ou nous gênons les forces militaires. Les trotskystes vont à larmée avec leur génération. Nous acceptons les décisions de la majorité. Mais nous gardons nos opinions et nous insistons sur notre droit de les exprimer. (2)
Le SWP sest appuyé de façon unilatérale et donc fausse sur la volonté des révolutionnaires de ne pas se couper des masses en refusant la conscription. Il ne faut pas seulement rester en contact avec les travailleurs, il faut aussi mener une agitation autour dune politique refusant tout compromis avec la bourgeoisie en guerre, même si cela est conçue comme le sabotage de la guerre menée par limpérialisme nord-américain.
Pire, ces camarades ont souvent déclaré, comme Cannon lors du procès de Minnéapolis, que Nous considérons que Hitler et lhitlérisme sont lennemi principal de lhumanité (3) et non plus que lennemi principal est chez nous, comme le proclamait le Manifeste de 1940.
De là, il ny avait quun petit pas qui conduisit leur journal à expliquer en mars 1941, avant même l'entrée en guerre : La véritable solution est de transformer la guerre impérialiste en guerre contre le fascisme. (4)
En cherchant à sappuyer sur la conscience des travailleurs nord-américains, le SWP et Cannon en tête ont cédé aux pressions nationales. Certes, ils nont pas cédé au chauvinisme, mais ils ont commis une série derreurs qui ont limité leur différenciation à la fois du chauvinisme et du pacifisme.
Ces camarades ont complètement sous-estimé la nécessité de montrer, dès le début de la guerre :
une opposition révolutionnaire à la conscience des masses et de leur dirigeants chauvins (y compris le PC, devenu foncièrement patriote après lattaque de lURSS par lAllemagne). Cette action était indispensable pour rassembler la poignée de militants internationalistes.
la nature de la politique défaitiste de lInternationale. Cette tâche était encore plus importante étant donné la relative liberté dont jouissait le SWP.
la nécessité de poursuivre une campagne dagitation dans les entreprises et dans les casernes. Cette campagne devait montrer la nécessité dune confrontation avec les intérêts des impérialistes américains, et de leurs forces armées. Il fallait refuser toute baisse des salaires ou des conditions de travail, refuser leffort de guerre.
Lincapacité du SWP à défendre cette politique a représenté une défaillance importante qui allait de paire avec son incapacité ou son refus de jouer un rôle organisationnel et politique central dans la vie de lInternationale pendant et après la guerre.
En janvier 1942, le trotskyste mexicain Grandizo Munis soulèva une série de critiques à lencontre de la politique du SWP, généralement ultra-gauches, soutenant que le défaitisme impliquait le sabotage individuel. Cannon arriva à balayer la majorité des critiques de Munis, mais celle de la nature révolutionnaire du défaitisme napparaît pas dans sa réponse. (5) Pour une fois, mais pour de mauvaises raisons, lultra-gauche Munis avait visé juste.
Lerreur du SWP fut moins grave que celle de la section française officielle en 1940 et 1941 (cliquez ici), mais cette erreur ne fut pas corrigée, ni à lépoque ni après. Et même si elle nétait pas encore érigée en système comme disait Trotsky, elle se répétera, de façon encore plus nette, lors de la guerre de Corée, en 1950.
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Comparer la position du SWP avec celle de Trotsky en 1940 cliquez ici
NOTES
1 L. Trotsky, Oeuvres, t20, p217-218
2 J. P. Cannon, The Socialist Workers Party in World War II, p209
3 J. P. Cannon, Socialism On Trial, p52
4 Militant 15.3.41
5 Pour les deux articles, voir J. P. Cannon, Socialism on Trial, p117-178
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