Titre_rubrique_EstEuropa
pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
17 mai 2002
pix_transparent
La Quatrième Internationale 1940-1953

1952 : l’Internationale et la révolution bolivienne

Durant toute cette période, les sections de l’Internationale furent en général relativement impuissantes, sans réelle implantation et sans influence sur le déroulement des événements révolutionnaires.

Le Partido Obrero Revolucionario (POR) de Bolivie, dirigé par Guillermo Lora, était l’exception. Malheureusement, sur le plan politique, le POR n’échappa pas à la méthode centriste de l’Internationale. Suivant les conseils de ses camarades à Paris, et ses propres appétits opportunistes, le POR appliqua la méthode établie par l’Internationale, au détriment des travailleurs boliviens.

Ce n’est pas seulement “sur le papier”, mais dans une véritable révolution qu’on peut vérifier la politique de l’Internationale.

Car en avril 1952, la Bolivie connut un soulèvement populaire, quand les mineurs qui ont toujours été l’avant garde du prolétariat bolivien — et les travailleurs des usines descendaient dans la rue, souvent dirigés par des cadres du POR. Leur objectif était d’empêcher un coup d’Etat droitier lancé par les chefs des forces armées.

Le gouvernement au pouvoir à partir du 9 avril 1952 était celui du Movimento Nacionalista Revolucionario (MNR) dirigé par Victor Paz Estensorro. Ce nouveau régime capitaliste affrontait une dualité du pouvoir où des milices ouvrières armées faisaient face à une police délabrée et faible. L’armée, elle, s’était effondrée.

Le syndicat des mineurs appuyait le nouveau Président et lui permettait de se maintenir au pouvoir.

Dans cette situation, un parti révolutionnaire, posant clairement la question du pouvoir, attaquant chaque tergiversation du gouvernement bourgeois, cherchant à créer et à renforcer des organes de pouvoir ouvrier, aurait pu arracher les masses des mains du MNR.

La tâche centrale consistait à convaincre l’avant-garde, et ensuite les masses, à concentrer le feu sur le gouvernement, et à combattre pour la transformation de la centrale syndicale unique des travailleurs,la COB, en réseaux de conseils ouvriers et paysans.

S’appuyant sur des milices armées, la COB fut un élément de la dualité du pouvoir, mais elle ne correspondit pas à un véritable réseau de conseils ouvriers voués à la lutte révolutionnaire. Au contraire, pendant toute la période révolutionnaire, elle est restée entre les mains de Juan Lechin, dirigeant de l’aile gauche du MNR.

La révolution ne fut une surprise, ni pour l’Internationale, ni pour le POR. Depuis les premiers échanges entre l’Internationale et sa section, à la fin des années 40, la situation explosive et le rôle important joué par le POR, avaient convaincu le SI et le IIIe congrès que la prise du pouvoir était possible.

Mais le III Congrès aboutit à une politique qui visait à conduire le MNR le plus à gauche possible : “si au cours de ces mobilisations des masses notre section s’avère partager avec le MNR l’influence sur les masses révolutionnaires, elle poussera en avant le mot d’ordre d’un gouvernement ouvrier et paysan commun des deux partis”. (1)

Le POR suivit ce conseil à la lettre. Il forma un bloc avec Lechin, occupa des postes-clés au sein de l’appareil de la COB, appela à la mise en place de “ministres ouvriers” et accepta des strapontins ministériels!

Comment lutter pour une politique révolutionnaire alors que les dirigeants du POR occupèrent des bureaux ministériels et appuyèrent la politique gouvernementale bourgeoise? Comment lutter pour la création d’organes de démocratie ouvrière et paysanne avec comme objectif le renversement du gouvernement, alors qu’on y participe?

Bien entendu, le POR appela à un gouvernement ouvrier et paysan, mais sur la base d’un développement naturel du gouvernement MNR, sous la pression des travailleurs. (2)

L’adaptation du POR au MNR fut totale. Des revendications révolutionnaires, comme celle de l’expropriation des mines sous contrôle ouvrier, furent remplacées par un soutien à la nationalisation bourgeoise des mines, conçue comme “le point de départ qui rendra impossible la continuation de l’exploitation capitaliste”. (3)

Les conséquences de la politique du POR furent graves. D’abord pour lui-même : en 1954 la majorité des militants du POR — des “vieux bolcheviks”, dirigeants de la COB et une partie importante de la fraction de Lora — est entrée au sein du MNR, laissant un POR-croupion sous la direction de Lora.

Pour les masses boliviennes, la possibilité de détruire le capitalisme s’est envolée.

La reconstruction d’un régime capitaliste stable et l’effondrement la dualité du pouvoir ont constitué une défaite importante pour les travailleurs et les paysans pauvres. La terrible pauvreté qui touche toujours la grande majorité de la population est la conséquence directe de la politique du POR et de l’Internationale pendant la révolution de 1952 et après.

Le POR, appliquant les positions du IIIe congrès mondial, mena une politique “menchevique” en Bolivie. Pas une politique réformiste, mais une politique centriste, incapable de voir la ligne de classe, comme celle menée par les mencheviks envers le gouvernement provisoire entre février et octobre 1917.

Aucune section de l’Internationale n’exprima la moindre critique face aux événements boliviens. Loin de là. La Vérité et The Militant publièrent les documents du POR et appuyèrent cette politique à fond, malgré l’erreur flagrante.

La seule critique de l’époque, fut soulevée par la petite tendance Vern-Ryan aux USA, à partir de 1953, mais elle fut vite étouffée par le SWP.

A ceux qui suggèrent que les positions centristes de l’Internationale n’eurent néanmoins jamais aucune conséquence, nous répondons : souvenez-vous de la Bolivie! Le soutien du POR et de l’Internationale au gouvernement bourgeois n’a pas été une trahison seulement “sur le papier”, elle a fait passer l’Internationale à côté d’une révolution qu’était bel et bien à sa portée.



Lisez la suite


NOTES
1 Résolution sur l'Amérique latine, Les congrès de la Quatrième Internationale, t4, p291
2 Lucha Obrera, 11.11.52
3 POR Boletino interno 13, 1953, p9


Haut


pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous
pix_transparent
La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion