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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

La création de l’Etat ouvrier yougoslave

Durant la deuxième guerre mondiale, en Yougoslavie, à la différence des autres pays du glacis, en Yougoslavie le combat contre l’impérialisme fut d’abord mené par une armée de partisans, en majorité d’origine paysanne, qui mobilisa jusqu’à 750 000 soldats.

A la tête de cette armée se trouvait Tito — formé à Moscou — et le Parti Communiste Yougoslave. Ils surent maintenir une base populaire à travers la création de réseaux de Comités Populaires, dont le programme était limité à la réforme agraire et à l’indépendance nationale.

A partir de 1943, l’armée de Tito fut soutenue par les impérialistes, et par la suite, par l’URSS. Lors des négociations entre les impérialistes et les staliniens vers la fin de la guerre, la Yougoslavie fut livrée aux soviétiques, à condition que le capitalisme y soit maintenu et que la Grande-Bretagne ait un accès privilégié à son économie.

Mais, en même temps, Tito avait crée son propre gouvernement (appuyé par les Comités Populaires, et assis son pouvoir dans les territoires libérés du joug nazi.

Face à une bourgeoisie largement collaborationniste, le gouvernement titiste nationalisa la majorité des industries dans les régions qu’il contrôlait. Dans ces régions de la Yougoslavie, l’Etat bourgeois collaborationniste fut détruit, et remplacé par des forces armées sous contrôle stalinien. Cet Etat défendait toujours les rapports de production capitalistes, mais il n’était plus entre les mains des bourgeois.

Cet établissement du pouvoir armé des staliniens fut une condition préalable au renversement bureaucratique du capitalisme qui sera effectué par le PCY entre 1946 et 1947.Inquiets, Staline et Churchill insistèrent en 1944 pour que Tito et le dirigeant bourgeois Subasitch signent un accord pour la création d’une Yougoslavie “démocratique et fédérale”. Jusqu’en octobre 1945 le pays fut dirigé par un gouvernement de coalition, puis le PCY prit le pouvoir.

Jusqu’à cette date la situation était caractérisée 1) par une dualité de pouvoir, d’un côté le PCY, son armée et ses comités populaires, de l’autre la bourgeoisie indigène, affaiblie et discréditée, 2) en même temps par le maintien du capitalisme partout sur le territoire yougoslave.

Le PCY n’avait nullement l’intention d’organiser une révolution socialiste, ni de mettre le pouvoir entre les mains des masses. Il voulait d’abord préserver son propre pouvoir et son influence, qui s’exprimaient à travers la domination qu’il exerçait sur l’appareil d’Etat.

Après la faillite de la tentative de “coexistence pacifique dans un seul pays” qu’a voulu mettre en place le gouvernement de coalition, le PCY se mit à gouverner seul, avec comme objectif fondamental la consolidation d’une fédération avec l’Albanie, pour mieux assurer sa cohésion économique et l’existence de ses privilèges bureaucratiques.

Ce plan allait à l’encontre de l’accord signé entre Churchill et Staline, mais Tito n’avait nullement l’intention de se comporter en fantoche de Moscou. Il avait ses propres bases économiques et politiques. Et c’est pour mieux les conforter, devant la menace explicite des impérialistes et la menace implicite du Kremlin, qu’il acheva en 1946 l’expropriation bureaucratique de la bourgeoisie.

Loin de se dérouler “sous la pression des masses” comme l’a prétendu l’Internationale, cette expropriation nécessita au contraire la démobilisation préalable des masses, leur canalisation au sein des “comités populaires” bureaucratiques.

Au début de 1947, la mise en oeuvre du premier plan quinquennal, visant l’élimination de la loi de la valeur comme régulateur principal de l’économie yougoslave commença. C’est là que commença la création de l’Etat ouvrier yougoslave, dégénéré dès son origine, à l’image de la dictature stalinienne.

Le PCY a copié la structure économique et politique de l’URSS. Pour défendre ses propres intérêts de caste, la bureaucratie titiste a exproprié le capitalisme de façon militaro-bureaucratique. Cette constatation ne change en rien notre analyse du stalinisme comme profondément contre-révolutionnaire.

Le PCY n’est pas devenu révolutionnaire, ni centriste. Il n’a pas crée un Etat ouvrier sain ou seulement déformé. L’action du PCY fut contre-révolutionnaire, même si son produit, l’Etat ouvrier dégénéré, devait être défendu contre l’impérialisme.

Le Kremlin n’appuya pas cette “révolution sociale bureaucratique”, mais elle pouvait servir de gage lors de futures négociations avec l’impérialisme. Les impérialistes, bien entendu, étaient contre, mais n’étaient pas en mesure de l’empêcher.

A partir de ce moment — c’est à dire bien avant la rupture entre Tito et Staline — la tâche stratégique des masses yougoslaves était celle du renversement de la bureaucratie titiste lors d’une révolution politique. Sur les plans politiques et économiques, la Yougoslavie ne différait pas de l’URSS; les réponses programmatiques étaient également identiques.



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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion