La Quatrième Internationale 1940-1953
La Chine : une révolution bien stalinienne
A partir de la fin des années 20, la Chine connut une guerre civile entre le Parti Communiste Chinois (PCC), dirigées par Mao, et le Kuomindang bourgeois de Tchiang Kai-chek. Devant linvasion des armées japonaises en 1937, les deux frères-ennemis unirent leurs forces pour un combat commun.
Après la défaite de limpérialisme japonais en août 1945, le PCC et le Kuomindang concluèrent un accord pour la création dun gouvernement de Front Populaire. Mais aussitôt signé, laccord fut rompu par Tchiang, qui attaqua des bases du PCC. Soutenu par les Etats-Unis (qui envoyèrent plus de 55 000 conseillers militaires et donnèrent plus de 3 milliards de dollars), le Kuomindang lança une nouvelle guerre contre le PCC, qui dû se replier.
En 1947 une vague de grèves et de protestations ébranla la Chine Nationaliste. Confrontés à une hyperinflation terrifiante, les travailleurs de Changhai lancèrent une grève générale, malgré une répression meurtrière. La bourgeoisie et la petite-bourgeoisie commençaient à perdre confiance dans le régime corrompu.
Sentant la possibilité dune nouvelle collaboration de classe, le PCC annula lesquisse de réforme agraire quil pratiquait dans les zones sous son contrôle, la critiquant comme ultra-gauche et aventurière. Loin dappuyer la révolution, le PCC voulait à tout prix la cantonner dans des limites et obtenir des compromise avec la bourgeoisie en place.
Le signal fut bien reçu par la bourgeoisie, et à lautomne 1948 un nouvel accord fut signé entre le PCC et deux partis bourgeois, le Comité Révolutionnaire du Kuomingdang (dont le dirigeant, Li Jishen, était le bourreau de la Commune de Canton en 1927) et la Ligue Démocratique.
Les forces nationalistes se retiraient de plus en plus, et en novembre 1949 le nouveau gouvernement de coalition était instauré. Selon Mao, la tâche de notre système de Démocratie Nouvelle est de promouvoir le libre développement dune économie capitaliste privée qui développera les moyens dexistence du peuple au lieu de le contrôler, et de protéger toute propriété privée acquise de façon honnête. (1)
Après des années de guerre et doccupation, léconomie et le système administratif du pays étaient très délabrés. Le nouveau gouvernement, fermement dirigé par le PCC, afficha clairement son désir de répondre à cette crise par la reconstruction de léconomie capitaliste, en menant une politique qui se concentre sur des intérêts privés et publics, qui bénéficie aux patrons et aux travailleurs, qui encourage laide mutuelle entre notre pays et létranger pour développer la production et amener la prospérité à léconomie. (2)
Comme tout parti stalinien, le PCC faisait une distinction entre laile progressiste de la bourgeoisie (qui participait au gouvernement) et les réactionnaires. Ainsi, même si lindustrie légère était dominée par la bourgeoisie nationaliste, et fut donc laissée intacte, lindustrie lourde fut immédiatement nationalisée. LEtat contrôlait donc 70% de la production de charbon, 90% de lacier, 78% de lélectricité.
Le secteur nationaliste, contrôlait, lui, les deux-tiers de la production industrielle totale. Pour relativiser tous ces chiffres, il faut rappeler que lagriculture représentait 90% de la production du pays.
Ce nest pas seulement le programme stalinien du PCC qui explique cette politique. Cest aussi linfluence de plus en plus forte en son sein dex-militants bourgeois du Kuomindang et de cadres moyens. Les travailleurs ne représentaient que 2% des militants en 1949 ! (3)
Pour endiguer linflation, le gouvernement instaura une échelle mobile des salaires et le contrôle de lEtat sur la distribution de nourriture, les tissus, le charbon etc. Mais, pour ne pas effrayer la bourgeoisie nationale, la réforme agraire instaurée en juin 1950 prévoyait la protection de toute propriété utilisée pour la production ou le commerce.
De même, la loi sur le travail adoptée par le nouveau gouvernement visait à réguler le rapport entre le capital et le prolétariat et non à le détruire. Cest ce que montra clairement lattaque orchestrée par Lin Biao, dirigeant du PCC, contre une fabrique de Shanghai, occupée par les travailleurs pour protester contre son transfert en Mandchourie. Dix travailleurs furent tués ou blessés. (4)
Pendant toute cette période, léconomie chinoise demeura capitaliste, alors que le pouvoir dEtat larmée, la police secrète, etc étaient entre les mains des staliniens. Cette dualité du pouvoir fut très similaire à celle qua connue lEurope de lEst et la Yougoslavie.
Encore une fois, ce fut la politique contre-révolutionnaire des staliniens recherchant la coexistence pacifique, la collaboration de classe à léchelle gouvernementale, qui fut à la racine de cette situation instable.
Le glas du Front Populaire sonna avec léclatement de la guerre de Corée en juin 1950. Après les premières victoires du Nord, les USA se rebiffèrent, déterminés à arrêter la progression du pouvoir stalinien dans lensemble de lAsie. Ils mirent en place un blocus économique de la Chine, versèrent encore de largent au Kuomindang et envoyèrent la flotte sur les côtes chinoises, la menaçant dinvasion.
Devant la pression militaire et économique de limpérialisme, qui poussait la bourgeoisie nationaliste à rompre lalliance passée avec le PCC, ce dernier se tourna à nouveau vers les masses. Il navait pas dautre choix sil voulait maintenir son pouvoir et ses privilèges. Moscou napprécia guère ce retournement, mais ne pouvait rien faire pour lempêcher.
Vers la fin 1951 une nouvelle campagne agraire fut lancée, liée à la construction de tribunaux populaires bureaucratiques pour terroriser les propriétaires récalcitrants. En même temps lEtat et le parti subissaient une purge, et les trotskystes (autour de 300) furent arrêtés et emprisonnés. De plus en plus dindustmries étaient nationalisées et, à partir de 1953, un plan bureaucratique, visant la suppression de la loi de la valeur, fut instauré.
Cest à partir de ce moment que lon peut dire que la Chine est devenue un Etat ouvrier dégénéré dès son origine. LEtat, déjà entre les mains des staliniens, fut utilisé pour mener à bien la destruction militaro-bureaucratique du capitalisme. Les travailleurs chinois ont été exclus.
Comme en Yougoslavie, il ny a jamais eu la moindre démocratie ouvrière. Toute tentative dindépendance de la classe ouvrière fut écrasée. Malgré son indépendance relative par rapport à Moscou, le PCC, comme le PCY fut entièrement stalinien dans sa pratique, sa méthode et son programme.
Loin dêtre un parti centriste, le PCC na jamais rompu avec le stalinisme. Sa haine du trotskysme et de la mobilisation indépendante des travailleurs le montre clairement. En se faisant le chantre du stalinisme à la chinoise, lInternationale, et notamment Bleibtreu, ont montré à quel point ils se sont éloignés de la politique révolutionnaire.
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NOTES
1 Cité par C. Brandt, A Documentary History of Chinese Communism (USA, 1952), p303
2 Article 11 du Programme Commun, cité par J. Chesneaux dans La Chine, un nouveau communisme 1949-1976
3 A. Eckstein, Chinas Economic Revolution (Cambridge 1977), p168
4 C. L. .Liu, China, an aborted revolution, Fourth International, janvier 1950, p6
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