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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

La Chine : une révolution bien stalinienne

A partir de la fin des années 20, la Chine connut une guerre civile entre le Parti Communiste Chinois (PCC), dirigées par Mao, et le Kuomindang bourgeois de Tchiang Kai-chek. Devant l’invasion des armées japonaises en 1937, les deux frères-ennemis unirent leurs forces pour un combat commun.

Après la défaite de l’impérialisme japonais en août 1945, le PCC et le Kuomindang concluèrent un accord pour la création d’un gouvernement de Front Populaire. Mais aussitôt signé, l’accord fut rompu par Tchiang, qui attaqua des bases du PCC. Soutenu par les Etats-Unis (qui envoyèrent plus de 55 000 “conseillers militaires” et donnèrent plus de 3 milliards de dollars), le Kuomindang lança une nouvelle guerre contre le PCC, qui dû se replier.

En 1947 une vague de grèves et de protestations ébranla la Chine Nationaliste. Confrontés à une hyperinflation terrifiante, les travailleurs de Changhai lancèrent une grève générale, malgré une répression meurtrière. La bourgeoisie et la petite-bourgeoisie commençaient à perdre confiance dans le régime corrompu.

Sentant la possibilité d’une nouvelle collaboration de classe, le PCC annula l’esquisse de réforme agraire qu’il pratiquait dans les zones sous son contrôle, la critiquant comme “ultra-gauche et aventurière”. Loin d’appuyer la révolution, le PCC voulait à tout prix la cantonner dans des limites et obtenir des compromise avec la bourgeoisie en place.

Le signal fut bien reçu par la bourgeoisie, et à l’automne 1948 un nouvel accord fut signé entre le PCC et deux partis bourgeois, le Comité Révolutionnaire du Kuomingdang (dont le dirigeant, Li Jishen, était le bourreau de la Commune de Canton en 1927) et la Ligue Démocratique.

Les forces nationalistes se retiraient de plus en plus, et en novembre 1949 le nouveau gouvernement de coalition était instauré. Selon Mao, “la tâche de notre système de Démocratie Nouvelle est de promouvoir le libre développement d’une économie capitaliste privée qui développera les moyens d’existence du peuple au lieu de le contrôler, et de protéger toute propriété privée acquise de façon honnête.” (1)

Après des années de guerre et d’occupation, l’économie et le système administratif du pays étaient très délabrés. Le nouveau gouvernement, fermement dirigé par le PCC, afficha clairement son désir de répondre à cette crise par la reconstruction de l’économie capitaliste, en menant “une politique qui se concentre sur des intérêts privés et publics, qui bénéficie aux patrons et aux travailleurs, qui encourage l’aide mutuelle entre notre pays et l’étranger pour développer la production et amener la prospérité à l’économie.” (2)

Comme tout parti stalinien, le PCC faisait une distinction entre l’aile “progressiste” de la bourgeoisie (qui participait au gouvernement) et les réactionnaires. Ainsi, même si l’industrie légère était dominée par la bourgeoisie “nationaliste”, et fut donc laissée intacte, l’industrie lourde fut immédiatement nationalisée. L’Etat contrôlait donc 70% de la production de charbon, 90% de l’acier, 78% de l’électricité.

Le secteur “nationaliste”, contrôlait, lui, les deux-tiers de la production industrielle totale. Pour relativiser tous ces chiffres, il faut rappeler que l’agriculture représentait 90% de la production du pays.

Ce n’est pas seulement le programme stalinien du PCC qui explique cette politique. C’est aussi l’influence de plus en plus forte en son sein d’ex-militants bourgeois du Kuomindang et de cadres moyens. Les travailleurs ne représentaient que 2% des militants en 1949 ! (3)

Pour endiguer l’inflation, le gouvernement instaura une échelle mobile des salaires et le contrôle de l’Etat sur la distribution de nourriture, les tissus, le charbon etc. Mais, pour ne pas effrayer la bourgeoisie “nationale”, la réforme agraire instaurée en juin 1950 prévoyait la protection de toute propriété utilisée pour la production ou le commerce.

De même, la loi sur le travail adoptée par le nouveau gouvernement visait à réguler le rapport entre le capital et le prolétariat et non à le détruire. C’est ce que montra clairement l’attaque orchestrée par Lin Biao, dirigeant du PCC, contre une fabrique de Shanghai, occupée par les travailleurs pour protester contre son transfert en Mandchourie. Dix travailleurs furent tués ou blessés. (4)

Pendant toute cette période, l’économie chinoise demeura capitaliste, alors que le pouvoir d’Etat — l’armée, la police secrète, etc — étaient entre les mains des staliniens. Cette dualité du pouvoir fut très similaire à celle qu’a connue l’Europe de l’Est et la Yougoslavie.

Encore une fois, ce fut la politique contre-révolutionnaire des staliniens recherchant la “coexistence pacifique”, la collaboration de classe à l’échelle gouvernementale, qui fut à la racine de cette situation instable.

Le glas du Front Populaire sonna avec l’éclatement de la guerre de Corée en juin 1950. Après les premières victoires du Nord, les USA se rebiffèrent, déterminés à arrêter la progression du pouvoir stalinien dans l’ensemble de l’Asie. Ils mirent en place un blocus économique de la Chine, versèrent encore de l’argent au Kuomindang et envoyèrent la flotte sur les côtes chinoises, la menaçant d’invasion.

Devant la pression militaire et économique de l’impérialisme, qui poussait la bourgeoisie “nationaliste” à rompre l’alliance passée avec le PCC, ce dernier se tourna à nouveau vers les masses. Il n’avait pas d’autre choix s’il voulait maintenir son pouvoir et ses privilèges. Moscou n’apprécia guère ce retournement, mais ne pouvait rien faire pour l’empêcher.

Vers la fin 1951 une nouvelle campagne agraire fut lancée, liée à la construction de “tribunaux populaires” bureaucratiques pour terroriser les propriétaires récalcitrants. En même temps l’Etat et le parti subissaient une purge, et les trotskystes (autour de 300) furent arrêtés et emprisonnés. De plus en plus d’industmries étaient nationalisées et, à partir de 1953, un plan bureaucratique, visant la suppression de la loi de la valeur, fut instauré.

C’est à partir de ce moment que l’on peut dire que la Chine est devenue un Etat ouvrier dégénéré dès son origine. L’Etat, déjà entre les mains des staliniens, fut utilisé pour mener à bien la destruction militaro-bureaucratique du capitalisme. Les travailleurs chinois ont été exclus.

Comme en Yougoslavie, il n’y a jamais eu la moindre démocratie ouvrière. Toute tentative d’indépendance de la classe ouvrière fut écrasée. Malgré son indépendance relative par rapport à Moscou, le PCC, comme le PCY fut entièrement stalinien dans sa pratique, sa méthode et son programme.

Loin d’être un parti “centriste”, le PCC n’a jamais rompu avec le stalinisme. Sa haine du trotskysme et de la mobilisation indépendante des travailleurs le montre clairement. En se faisant le chantre du stalinisme à la chinoise, l’Internationale, et notamment Bleibtreu, ont montré à quel point ils se sont éloignés de la politique révolutionnaire.



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NOTES
1 Cité par C. Brandt, A Documentary History of Chinese Communism (USA, 1952), p303
2 Article 11 du Programme Commun, cité par J. Chesneaux dans La Chine, un nouveau communisme 1949-1976
3 A. Eckstein, China’s Economic Revolution (Cambridge 1977), p168
4 C. L. .Liu, China, an aborted revolution, Fourth International, janvier 1950, p6


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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion