Titre_rubrique_EstEuropa
pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
17 mai 2002
pix_transparent
La Quatrième Internationale 1940-1953

Le SWP et la guerre de Corée

D’une certaine façon, le SWP fut la section la plus concernée par la guerre de Corée. Cinq millions de soldats américaines furent envoyés en Corée pour mener, selon le gouvernement, “une action policière” afin d’écraser la Corée de Nord. Cent cinquante mille d’entre eux furent tués ou bléssés.

La guerre fut très impopulaire. Chaque mois, les sondages montraient qu’une majorité de la population s’opposait à la guerre et souhaitait le retrait des troupes.

A la différence de la guerre mondiale, le nombre de grèves ne baissait pas : “l’union sacrée” ne semblait pas convaincre la classe ouvrière.

Quelle fut la réponse du SWP? Sa position fondamentale apparaît dans trois “lettres ouvertes” de Cannon au Président Truman et au Congrès.

“Le peuple américain, grand par le coeur et la stature, déteste le militarisme et la guerre. Il aime la paix et la liberté. Il cherche à exprimer sa volonté. Arrêtez la guerre maintenant!” (4.12.50)

“ 1) Retrait des troupes.
2) Reconnaissance du gouvernement de la Nouvelle Chine.
3) Que la question de la paix ou de la guerre soit décidée lors d’un référendum national de tout le peuple américain.”
(7.5.51)

Ces trois revendications paraissaient presque chaque semaine dans les pages du Militant. Ces citations montrent que le SWP avait clairement pris position contre la guerre (c’est la moindre des choses!) et qu’il appuyait l’idée d’une consultation populaire sur la question de la guerre.

Mais même si, de temps en temps, le SWP s’inspirait de la politique marxiste sur la guerre (p.ex. “Bas les pattes devant la Chine! Pas un sous, pas un fusil, pas un soldat pour la guerre criminelle contre le peuple indochinois!”, (1) il n’est jamais allé jusqu’à prôner ouvertement la victoire de la Corée.

Dans n’importe quel conflit impliquant les USA impérialistes, le SWP avait le devoir d’expliquer clairement à l’avant-garde ouvrière que la défaite des Etats-Unis du fait de la lutte des classes serait plus porteuse pour les travailleurs qu’une “victoire” au prix de la paix sociale. De plus, dans le cas de la Corée, “l’ennemi” était un Etat ouvrier dégénéré. Les révolutionnaires devaient soutenir la victoire de la Corée face aux USA.

Evidemment, le SWP n’a pas appelé à la “paix sociale”, c’est à dire à la fin de la lutte de classe. Sa propagande et son agitation telles qu’elles apparaissent lors des grandes grèves qui éclatèrent durant la guerre le montrent très nettement. Mais dans toutes ses publications, il y avait une tendance claire à s’adapter au pacifisme des masses, notamment dans les “lettres ouvertes” et les pages de Militant.

Le SWP ne peut pas être critiqué pour ne pas avoir soulevé la question de la défaite dans chaque article. Mais on peut, et on doit, le critiquer pour n’avoir jamais soutenu la victoire de la Corée!

Le “peuple américain, grand de coeur et de stature” de Cannon a peut-être “détesté la guerre et aimé la paix”, mais le SWP n’a pas expliqué la nature de la guerre, n’a jamais avancé une politique défaitiste, n’a jamais soulevé la question de la défense de l’URSS dans le contexte de la guerre et, ce qui est encore plus étonnant, n’a jamais avancé la moindre proposition concrète pour l’action ouvrière contre la guerre, même pas l’organisation d’une manifestation ! (2)

Pour le SWP, la paix était un voeux pieux, et non pas un objectif pour lequel il fallait lutter par des méthodes révolutionnaires contre la volonté de la bourgeoisie nord-américaine. Pourtant, le seul moyen d’obtenir la paix sur des bases correctes, résidait dans la défaite de l’impérialisme nord-américain en Corée et chez lui. Mais le SWP ne le dit jamais.

Personne ne critiqua cette ligne, ni au sein du SWP, ni au sein de l’Internationale. Au contraire, dans son rapport au Troisième Congrès Mondial (août 1951), Mandel s’enthousiasma : “Nos amis des USA ont, par une campagne de presse remarquable, par les trois lettres ouvertes du camarade Cannon au président Truman, par leurs campagnes électorales centrées autour du retrait des troupes américaines de la Corée, largement défendu la ligne révolutionnaire.” (3)

Mandel avait tort. Le SWP n’a pas défendu la ligne révolutionnaire. Les camarades eurent une position anti-guerre qui esquivait la question-clé du défaitisme. Leur politique s’entremêlait avec celle des pacifistes.

Cette absence de clarté politique, liée au goût de la direction d’un certain populisme, conduisit à une position qui ne correspondait pas aux besoins des travailleurs et des paysans coréens, ni à la formation politique nécessaire de l’avant-garde ouvrière nord-américaine.

Comme lors de la Deuxième Guerre Mondiale, le SWP a commis une erreur politique au nom d’une adaptation pédagogique.



Lisez la suite

Pour une discussion de la position du SWP (US) pendant la deuxième guerre mondial cliquez ici


NOTES
1 Militant, 21.1.52
2 La collection du Militant est disponible au CERMTRI.
3 Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4, p314



Haut


pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous
pix_transparent
La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion