La Quatrième Internationale 1940-1953
Où va le camarade Pablo ? Bleibtreu
Ecrit entre mars et juin 1951, composé de plusieurs sections (dont la dernière est loeuvre de Gérard Bloch), ce document est dabord paru dans le BI du PCI (et a été en principe diffusé dans toute lInternationale).
Cest la seule réponse écrite au document de Pablo, et est considéré par tous ceux qui se réclament du Comité International comme le début du combat contre le pablisme liquidateur. Il nen est rien.
Bleibtreu critiqua la théorie stalinienne des blocs reprise par Pablo et lidée dun monde stalinien composé de lURSS, des pays du glacis, de la Chine et de la révolution coloniale.
De même façon, il critiqua vigoureusement et avec raison la résolution du CEI qui soutenait que la défense de lURSS est la ligne stratégique de lInternationale. (A partir du mois de février, Pablo précisa quil sagissait dune faute de frappe; en tout cas, elle fut amendée par le Congrès dans le sens souhaité par Bleibtreu.)
Mais, comme les autres critiques du pablisme, Bleibtreu ne dépassait pas les limites de sa propre méthode centriste. Ainsi, quand il critiquait Pablo pour son ébauche de révision sur la nature de la bureaucratie pour ses formules sur des siècles de transition, Bleibtreu ne saisissait pas la nature de la bête.
Au lieu dexpliquer quil fallait soutenir la lutte consciente contre la bureaucratie jusquà la révolution politique Bleibtreu utilisait la même méthode objectiviste qui caractérisait le document de Pablo :
Laisser entrouverte, si timidement que ce soit, lhypothèse dune survie de la bureaucratie thermidorienne de lURSS à une troisième guerre mondiale, cest réviser lanalyse trotskyste de la bureaucratie. (1)
Bleibtreu na rien appris ni rien oublié des perspectives de 1940. Pour lui, Pablo était un révisionniste parce quil semblait nier un processus inévitable, non parce quil navançait pas le programme de la révolution politique.
De même , en traitant la question des partis staliniens de masse, Bleibtreu montra quil partageait entièrement la méthode de lInternationale. Pour lui, Pablo représentait lapprenti sorcier dune tendance stalinisante au sein de lInternationale. (2) Mais Bleibtreu avait les mêmes goûts. La seule différence était que Bleibtreu restait branché sur le modèle yougoslave.
Pour lui, le stalinisme nest rien dautre que les intérêts du Kremlin; lidéologie stalinienne nexiste pas (3) et tout parti qui échappe tant soit peu au contrôle du Kremlin cesse dêtre stalinien, et peut évoluer à gauche.
Cest pour cela quil conseilla à lInternationale de travailler dans la perspective plus large de lindépendance du mouvement ouvrier et de son avant-garde communiste à légard de la politique du Kremlin (...) dans tous les pays où le parti stalinien a une large base ouvrière. (4)
Ainsi, bien quil ait constaté que le PCC nétait pas devenu un parti révolutionnaire, il soulignait que lavance de larmée de Mao fut avant tout la levée en masse révolutionnaire de la paysannerie (5), il conseillait la lecture des oeuvres de Mao (très édifiante (6)) et il critiquait les trotskystes chinois dans des termes qui évoquent les futurs arguments de Pablo à lencontre des trotskystes... français :
Ils nont pas reconnu le visage de la révolution. Ils ont vu dans lavance des armées révolutionnaires de Mao une marche en avant du stalinisme. Ils nont pas compris que ce qui est fondamental, cest laction des classes et non les appareils qui font lhistoire et que, lorsquelle commence, laction des masses est plus forte que tous les plus forts appareils. (7)
Malgré la référence au Programme de Transition (les lois de lhistoire sont plus puissantes que les appareils bureaucratiques), Bleibtreu oublie dans son document que, selon ce même programme, la crise de direction ne peut être résolue que par la IVe Internationale. (8)
Ce qui est normal, puis quil préconisait lentrée des camarades chinois dans le PCC (il ne donna pas dobjectif à cette entrisme), et soutint même que la répression des trotskystes ne démontrerai pas la nature stalinienne du PCC, mais seulement une incompréhension. (9)
Enfin, il critique de façon implicite le fait que le SI pour ne pas avoir ordonné lentrisme au sein du PCC alors quil y a urgence :
Nous demandons que le SI présente au congrès mondial le document de sa correspondance avec les camarades chinois et informe de cette manière le congrès des directives quil avait le droit et le devoir de donner à la section chinoise. (10)
Nous pouvons voir que, malgré la rhétorique des futurs anti-pablistes, le document de Bleibtreu ne comporte que des corrections partielles des erreurs de Pablo.
Sur toutes les questions fondamentales la nature de la guerre, ses conséquences, lorientation de lInternationale et le programme de la révolution politique Bleibtreu utilisait la même méthode objectiviste, attendant que des développements centristes au sein des organisations staliniennes en rupture avec le Kremlin fassent le travail des révolutionnaires.
Lanti-pablisme nexiste que sur un plan tactique. Il ne représente nullement une rupture avec le centrisme qui a détruit la Quatrième Internationale.
Sur la position de Pablo
NOTES
1 M. Bleibtreu, Où va la camarade Pablo (juin 1951), Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4, p77
2 Ibidem, p93
3 Ibidem, p89
4 Ibidem, p89-90
5 Ibidem, p86
6 Ibidem
7 Ibidem, p88
8 Programme de Transition, supplément à La Vérité 544, p11
9 Bleibtreu, op. cit., p88
10 Ibidem, p95
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