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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

“Où va le camarade Pablo ?” — Bleibtreu

Ecrit entre mars et juin 1951, composé de plusieurs sections (dont la dernière est l’oeuvre de Gérard Bloch), ce document est d’abord paru dans le BI du PCI (et a été en principe diffusé dans toute l’Internationale).

C’est la seule réponse écrite au document de Pablo, et est considéré par tous ceux qui se réclament du “Comité International” comme le début du combat contre “le pablisme liquidateur”. Il n’en est rien.

Bleibtreu critiqua la théorie stalinienne des “blocs” reprise par Pablo et l’idée d’un “monde stalinien” composé de l’URSS, des pays du glacis, de la Chine et de la révolution coloniale.

De même façon, il critiqua vigoureusement et avec raison la résolution du CEI qui soutenait que “la défense de l’URSS est la ligne stratégique” de l’Internationale. (A partir du mois de février, Pablo précisa qu’il s’agissait d’une faute de frappe; en tout cas, elle fut amendée par le Congrès dans le sens souhaité par Bleibtreu.)

Mais, comme les autres critiques du “pablisme”, Bleibtreu ne dépassait pas les limites de sa propre méthode centriste. Ainsi, quand il critiquait Pablo pour son “ébauche de révision sur la nature de la bureaucratie” pour ses formules sur des “siècles de transition”, Bleibtreu ne saisissait pas la nature de la bête.

Au lieu d’expliquer qu’il fallait soutenir la lutte consciente contre la bureaucratie — jusqu’à la révolution politique — Bleibtreu utilisait la même méthode objectiviste qui caractérisait le document de Pablo :

“Laisser entrouverte, si timidement que ce soit, l’hypothèse d’une survie de la bureaucratie thermidorienne de l’URSS à une troisième guerre mondiale, c’est réviser l’analyse trotskyste de la bureaucratie.” (1)

Bleibtreu n’a rien appris ni rien oublié des perspectives de 1940. Pour lui, Pablo était un révisionniste parce qu’il semblait nier un processus inévitable, non parce qu’il n’avançait pas le programme de la révolution politique.

De même , en traitant la question des partis staliniens de masse, Bleibtreu montra qu’il partageait entièrement la méthode de l’Internationale. Pour lui, Pablo représentait “l’apprenti sorcier” d’une “tendance stalinisante” au sein de l’Internationale. (2) Mais Bleibtreu avait les mêmes goûts. La seule différence était que Bleibtreu restait branché sur le modèle yougoslave.

Pour lui, le stalinisme n’est rien d’autre que les intérêts du Kremlin; l’idéologie stalinienne “n’existe pas” (3) et tout parti qui échappe tant soit peu au contrôle du Kremlin cesse d’être stalinien, et peut évoluer à gauche.

C’est pour cela qu’il conseilla à l’Internationale de travailler “dans la perspective plus large de l’indépendance du mouvement ouvrier et de son avant-garde communiste à l’égard de la politique du Kremlin (...) dans tous les pays où le parti stalinien a une large base ouvrière.” (4)

Ainsi, bien qu’il ait constaté que le PCC n’était pas devenu un parti révolutionnaire, il soulignait que “l’avance de l’armée de Mao fut avant tout la levée en masse révolutionnaire de la paysannerie” (5), il conseillait la lecture des oeuvres de Mao (“très édifiante” (6)) et il critiquait les trotskystes chinois dans des termes qui évoquent les futurs arguments de Pablo à l’encontre des trotskystes... français :

“Ils n’ont pas reconnu le visage de la révolution. Ils ont vu dans l’avance des armées révolutionnaires de Mao une marche en avant du stalinisme. Ils n’ont pas compris que ce qui est fondamental, c’est l’action des classes et non les appareils qui font l’histoire et que, lorsqu’elle commence, l’action des masses est plus forte que tous les plus forts appareils.” (7)

Malgré la référence au “Programme de Transition” (“les lois de l’histoire sont plus puissantes que les appareils bureaucratiques”), Bleibtreu oublie dans son document que, selon ce même programme, la crise de direction “ne peut être résolue que par la IVe Internationale”. (8)

Ce qui est normal, puis qu’il préconisait l’entrée des camarades chinois dans le PCC (il ne donna pas d’objectif à cette entrisme), et soutint même que la répression des trotskystes ne démontrerai pas la nature stalinienne du PCC, mais seulement une “incompréhension”. (9)

Enfin, il critique de façon implicite le fait que le SI pour ne pas avoir ordonné l’entrisme au sein du PCC alors qu’il y a urgence :

“Nous demandons que le SI présente au congrès mondial le document de sa correspondance avec les camarades chinois et informe de cette manière le congrès des directives qu’il avait le droit et le devoir de donner à la section chinoise.” (10)

Nous pouvons voir que, malgré la rhétorique des futurs “anti-pablistes”, le document de Bleibtreu ne comporte que des corrections partielles des erreurs de Pablo.

Sur toutes les questions fondamentales — la nature de la guerre, ses conséquences, l’orientation de l’Internationale et le programme de la révolution politique — Bleibtreu utilisait la même méthode objectiviste, attendant que des développements “centristes” au sein des organisations staliniennes en rupture avec le Kremlin fassent le travail des révolutionnaires.

“L’anti-pablisme” n’existe que sur un plan tactique. Il ne représente nullement une rupture avec le centrisme qui a détruit la Quatrième Internationale.



Sur la position de Pablo


NOTES
1 M. Bleibtreu, “Où va la camarade Pablo” (juin 1951), Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4, p77
2 Ibidem, p93
3 Ibidem, p89
4 Ibidem, p89-90
5 Ibidem, p86
6 Ibidem
7 Ibidem, p88
8 Programme de Transition, supplément à La Vérité 544, p11
9 Bleibtreu, op. cit., p88
10 Ibidem, p95


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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion