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4 mars 2001
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Lanalyse marxiste du centrisme :
une politique imprégnée dambiguïté
La politique révolutionnaire celle des travailleurs et des opprimés mobilisés autour dun programme pour la destruction de la puissance du capital et de son Etat soppose au réformisme et à ses tentatives de trouver systématiquement une voie de compromis avec le capital.
Mais il ny a pas que le réformisme et la politique révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier. Depuis le début du siècle, les marxistes ont reconnu quil existe également des organisations et des politiques "centristes", se réclamant de la révolution, mais qui, néanmoins, oscillent entre les deux tendances principales et historiques du mouvement ouvrier.
Parfois, le centrisme peut prendre la forme de tendances majeures au sein de la classe ouvrière, mais, comme le remarquait Trotsky en 1926, "en général, le centrisme est plus caractéristique des petites organisations qui, à cause de leur influence négligeable, ne sont pas soumis à la nécessité de donner une réponse claire à toutes les questions de la politique, ni de porter la responsabilité pratique de telles réponses." Selon nous, la plupart des organisations actuelles se réclamant de la révolution en France correspondent à cette description.
En écrivant cela, nous ne cherchons pas à décrier lactivité ou le dévouement des militants de ces organisations. Mais nous pouvons ainsi comprendre non pas seulement laction et lévolution de ces groupes.
Sil suffisait de se réclamer de la révolution ou du trotskysme pour être une organisation révolutionnaire comment expliquer la profondeur des réels désaccords qui séparent toutes les organisations qui sen réclament ? Pour mieux comprendre la nature de ces organisations, il faut analyser lhistoire et lévolution du centrisme.
Aux origines du centrisme
Le centrisme fut décrit comme tendance au sein du mouvement ouvrier pour la première fois lors de la destruction de la Deuxième Internationale (1889-1914) engendrée par la première guerre mondiale.
Jusque là, les conflits au sein de lInternationale avaient principalement eu lieu entre les "révisionnistes", tels que Bernstein ou Millerand, qui prônaient une politique ouvertement de collaboration de classe, et les "orthodoxes", en particulier Karl Kautsky, dirigeant allemand de lInternationale qui défendait ce quil comprenait être le legs de Marx et dEngels.
Mais, justement, la position de Kautsky était "orthodoxe" au sens où il défendait dune manière rigide certains aspects de la politique marxiste. Sil a pu repousser les pires excès de la politique de Bernstein, il ne comprenait pas que la planète entrait dans une nouvelle époque, celle de limpérialisme, des guerres et des révolutions, où la politique parlementaire prônée par la majorité de lInternationale ne serait plus valable et quun nouveau programme et un nouveau parti deviendraient nécessaires.
Doù ses heurts avec une véritable représentante de la politique révolutionnaire, Rosa Luxembourg, en particulier sur la question du mot dordre de la grève générale quelle avançait.
Lors de léclatement de la première guerre mondiale, laile droitière du SPD, le parti allemand, comme celle des autres partis de lInternationale, abandonna tout simulacre dune politique socialiste et soutint sa bourgeoisie en prônant "lunion sacrée", cest-à-dire la défense de la nation cette politique étant aussi appelée le "défensisme".
Kautsky refusait cette politique. Mais il rejetait également la position révolutionnaire avancée par Lénine et Karl Liebknecht sopposant à toute collaboration avec la bourgeoisie et expliquant que la lutte des classes doit continuer quelles que soient ses conséquences sur leffort de guerre.
Cette politique, connue sous le nom un peu trompeur de "défaitisme", et toujours applicable aux pays impérialistes comme la France, estime que la victoire gagnée par la paix sociale serait bien pire quune défaite produite par la poursuite déterminée de la lutte des classes.
Kautsky et bon nombre dautres dirigeants cherchaient une voie médiane entre le défensisme et le défaitisme.
Malgré leur rejet verbal de la politique chauvine, leur refus de rompre avec les chauvins, en particulier lors des deux congrès contre la guerre à Zimmerwald et à Kienthal qui furent fortement marqués par leurs positions, les amena à appuyer ces derniers.
Lénine fut le premier à analyser la nature de ce nouveau phénomène du centrisme :
"Historiquement et économiquement parlant, ils ne représentent pas une couche sociale distincte. Ils représentent simplement la transition entre une phase révolue du mouvement ouvrier, celle de 1871-1914, qui a beaucoup donné, surtout dans lart, nécessaire au prolétariat, de lorganisation lente, soutenue, systématique, à une grande et très grande échelle, et, une phase nouvelle, devenue objectivement nécessaire depuis la première guerre impérialiste mondiale, qui a inauguré lère de la révolution sociale."
Cette position est marquée par deux points fondamentaux : dabord Lénine identifie le centrisme comme un phénomène transitoire, dune politique à une autre. Ensuite, il cherche à tracer ses racines dans lhistoire et dans la lutte des classes. Tout en refusant dassimiler les centristes aux chauvins, en soulignant le bon travail quils ont pu accomplir, Lénine refuse aussi de les assimiler à la politique révolutionnaire.
Le centrisme daprès-guerre
La révolution russe en 1917 et la création de lInternationale Communiste en 1919, ont conduit à une réélaboration et à la cristallisation dun nouveau programme révolutionnaire. Un grand nombre de tendances proclamant leur adhésion aux principes révolutionnaires ont alors surgi, mais elles en étaient à lévidence loin.
Afin de tirer une ligne de partage entre les organisations et dirigeants centristes et la politique révolutionnaire, lInternationale adopta ses "21 conditions" qui apportaient des réponses révolutionnaires contre les divagations centristes de lépoque.
Mais à partir de 1923, avec la stabilisation de la lutte des classes internationale et la dégénérescence bureaucratique de la révolution russe, la forme dominante du centrisme à léchelle internationale est devenue celle de lInternationale Communiste elle-même.
Cet exemple montre que le caractère centriste dune organisation nest pas déterminé par une ou quelques erreurs politiques de-ci de-là. Aucune organisation révolutionnaire nest à labri de lerreur. Mais lorsque lerreur est répétée et systématisée, érigée en méthode alors, on a à faire au centrisme.
LIC na jamais eu de programme achevé, elle na eu quune existence courte. Et pourtant, il sagissait clairement dune organisation révolutionnaire, exemplaire. Pas par la présence des bolcheviks qui avaient fait la révolution, ni par sa défense de la révolution russe, mais en vertu de ses positions programmatiques qui ébauchaient la réélaboration du programme révolutionnaire face à une situation nouvelle.
Lévolution centriste fondamentalement droitière de lInternationale, et ses terribles conséquences, en particulier avec la destruction du mouvement révolutionnaire en Chine en 1927 et la prise du pouvoir par Hitler en 1933, laisse un espace ouvert pour lémergence dautres tendances politiques. Ainsi, toute une série de tendances plus ou moins importantes évoluent, soit en rupture avec lInternationale tels les bordiguistes, soit en opposition à celle-ci tels les pivertistes, mais toutes marquées par une politique centriste.
Cest dans ce vivier politique quévolue le petit mouvement trotskyste afin de créer la nouvelle Internationale, quatrième du nom.
Trotsky et le centrisme
Entre 1933 et 1938 (année de fondation de la Quatrième Internationale), Trotsky focalisa toute son attention sur lévolution des organisations centristes, à un point tel quil déclarait en 1934 que "pour un marxiste révolutionnaire, la lutte contre le réformisme est maintenant presque totalement remplacée par la lutte contre le centrisme."
Comme lexplique Trotsky dans le même article, la raison dune telle position qui pourrait sembler surprenante aujourdhui était simple : "jamais encore le centrisme na autant scintillé de toutes les couleurs de larc-en-ciel, parce que jamais encore les rangs de la classe ouvrière nont connu une telle fermentation politique quactuellement. La fermentation politique, au sens précis du terme, signifie un réalignement, un déplacement entre deux pôles, marxisme et réformisme, cest-à-dire le passage par les stades divers du centrisme."
Sans pour autant considérer lévolution de tendances centristes au sein de la classe ouvrière comme une étape nécessaire, Trotsky comprit néanmoins limportance que revêtait lexistence de ces tendances et le besoin de les amener vers la politique révolutionnaire, par une critique inlassable de leurs erreurs.
Cest pour cette raison quil souligna aussi le besoin de comprendre dans quel sens évoluait leurs politiques vers le réformisme ou vers la politique révolutionnaire.
De toute évidence, un groupe peut évoluer vers la gauche à un moment donné mais, si son évolution nest pas achevée, il devient de facto un obstacle à la création dune véritable organisation révolutionnaire.
La "définition" avancée par Trotsky en 1935 de la nature du centrisme (voir encadré), aussi partielle quelle soit, montre comment il concevait la nature de cette tendance au sein du mouvement ouvrier, et également comment la combattre.
Un exemple précis des années 30 donne une idée de la réalité de ces tendances, et la force avec laquelle Trotsky les critique.
Lexemple de lEspagne
Entre 1931 et 1937, lEspagne fut lépicentre dune série de mouvements révolutionnaires, dont le point culminant fut la guerre civile et la victoire terrible du fascisme. Trotsky suivit de près ses événements, et en particulier lévolution du POUM (Parti Ouvrier de lUnification Marxiste), dont le dirigeant, Andrés Nin, fut un vieil ami de Trotsky et, pendant un certain temps, un collaborateur politique.
Le POUM, qui refusa dadhérer au mouvement pour la Quatrième Internationale, et fit partie dune organisation internationale centriste, organisa des dizaines de milliers de militants en Espagne, et, fut, très clairement, à laile gauche du spectre politique. Il organisa des grèves, participa aux insurrections et mobilisa les travailleurs dans sa propre milice ouvrière, sopposant à la politique traître des staliniens et au réformisme caché des anarchistes.
De toute évidence, à certains moments, le POUM fut proche de la politique révolutionnaire. Et pourtant, il en était loin. Il y avait une différence qualitative entre sa politique et celle des trotskystes.
Dabord, à la fin de 1935, avant le déclenchement de la guerre civile, le POUM participa au bloc électoral "républicain", cest à dire un bloc de collaboration de classe afin de "barrer la route à la réaction vaticane".
Selon Trotsky, la signature du POUM apposée à ce document "nest rien dautre quune trahison du prolétariat dans lintérêt dune alliance avec la bourgeoisie. (...) Il se trouvera certainement de véritables révolutionnaires pour démasquer impitoyablement la trahison des Maurin, Nin, Andrade et consorts, et poser les éléments dune section espagnole de la IVe Internationale."
Le POUM fut blessé par ces critiques, mais ne changea nullement de politique. Pire, à lété 1936, Nin entre au gouvernement de coalition avec les partis petits-bourgeois en Catalogne, gouvernement qui, prétend-il, représente la "dictature du prolétariat" et, après sy être opposé, Nin accepte la dissolution du "Comité des milices" qui constituait lembryon dune dualité du pouvoir.
Trotsky ny va pas par quatre chemins :
"La politique de la direction du POUM est une politique dadaptation, dattentisme, dhésitation, cest-à-dire la plus dangereuse de toutes les politiques au cours dune guerre civile, laquelle nadmet aucun compromis. Mieux vaudrait quil y ait dans le POUM 10.000 camarades prêts à mobiliser les masses contre la trahison que 40.000 qui subissent la politique des autres au lieu de mener la leur. Les 40.000 membres du POUM si ce chiffre est exact ne peuvent assurer par leurs propres forces la victoire du prolétariat si celui-ci continue à avoir une politique hésitante. Mais 20.000, voire 10.000, avec une politique claire, décidée, agressive, peuvent gagner les masses en un bref délai, tout comme les bolcheviks ont gagné les masses en huit mois. La politique actuelle de la direction du POUM est celle de Martov [le dirigeant Menchevik de 1917 ndlr], et non celle de Lénine ; et pour vaincre, cest la politique de Lénine quil faut. "
Face au programme "pour la victoire" avancé par le POUM, Trotsky sopposa franchement. Prenons un point, celui de larmée :
"Le quatrième point dit : 'Formation dune armée contrôlée par la classe ouvrière'. La bourgeoisie, alliée aux réformistes, doit créer une armée que Nin contrôlera. Sur la question la plus aiguë, celle de larmée, la stérilité de la position des chefs du POUM se manifeste sous sa forme la plus néfaste. Larmée est linstrument de la classe dirigeante et ne peut être rien dautre. Larmée est contrôlée par celui qui la commande, cest-à-dire par celui qui a en main le pouvoir détat. Le prolétariat ne peut contrôler larmée créée par la bourgeoisie et ses laquais réformistes. Dans une telle armée, le parti révolutionnaire peut et doit créer ses cellules, préparant le passage des fractions avancées de larmée au côté des ouvriers. Le comité central du POUM masque cette tâche révolutionnaire fondamentale sous la douce utopie du 'contrôle' par les ouvriers de larmée de la bourgeoisie. La position officielle du POUM est complètement imprégnée dambiguïté. Il ne peut en être autrement : lambiguïté est lâme du centrisme."
Et, face à cette ambiguïté centriste, la réponse de Trotsky était desquisser un programme clair, répondant aux exigences de la situation. Il avançait toujours : "programme dabord". Cest aussi notre devise. Malgré ces critiques acerbes en grande partie à cause du danger de la situation Trotsky ne cracha pas sur la base du POUM. Il le dit très clairement en mars 1937 :
"La lutte des ouvriers poumistes est magnifique mais, sans direction résolue, elle ne peut aboutir à la victoire. Il sagit de dresser avec un courage suprême les masses contre les dirigeants traîtres. Là est le commencement de la sagesse."
Malheureusement, les critiques de Trotsky ne furent pas entendues. Le POUM narriva pas à se dresser contre le rouleau-compresseur de la politique stalinienne. Cette dernière acheva son travail, désarmant les travailleurs face à loffensive fasciste, assurant ainsi sa victoire pendant plus de 40 ans.
La leçon du POUM est claire : même une organisation, relativement grande, composée de militants dévoués, a besoin dun programme révolutionnaire. Le centrisme nest pas la politique révolutionnaire moins quelques petits points : il sagit dune politique inappropriée, inadéquate face aux tâches de lheure. Le résultat ne sera pas une révolution en moins bien que celle de 1917, mais pas de révolution du tout.
Comme lécrit Trotsky en 1940 dans un résumé de la révolution espagnole : "inévitablement un parti centriste agit comme un frein sur la révolution, il se fera casser à chaque fois la gueule et conduira même à leffondrement de la révolution."
Le centrisme dorigine trotskyste
Le mouvement trotskyste nest nullement à labri de la dégénérescence centriste. Pendant la guerre, plusieurs erreurs graves ont été faites par certaines sections de la Quatrième Internationale (par exemple, en France ou aux USA), mais ces erreurs nont pas été systématisées.
Cest dans limmédiat après-seconde guerre mondiale, confrontée à labsence des succès rapides sur lesquels reposaient les perspectives lors de sa fondation, que la Quatrième Internationale commença à chercher des raccourcis et à sadapter politiquement aux autres forces politiques.
Au début, en 1948, lInternationale avait adopté une position centriste sur la Yougoslavie.
Devant la scission entre lURSS et le bon stalinien Tito, lInternationale estima que Tito représentait une force révolutionnaire et commença à sadapter à sa politique.
Par la suite, cette erreur dorientation, dordre stratégique, fut généralisée dabord au stalinisme, quil soit dissident ou non, et ensuite à lensemble des forces politiques principalement aux directions petites-bourgeoises nationalistes, aux réformistes et aux dirigeants de certains syndicats.
Ainsi, entre 1948 et 1951, non sans opposition mais sans opposition conséquente et clairvoyante, toute la Quatrième Internationale adopta la même méthode centriste.
Même les organisations qui ont pris leurs distances avec telle ou telle adaptation de lInternationale telles que lUC, lancêtre de Lutte Ouvrière ou le SWP britannique ont été marquées par dautres tares, en particulier une politique abstraite qui nose pas avancer un programme pour mobiliser les travailleurs, et un suivisme par rapport à la conscience ouvrière.
Le résultat est que ces organisations, quelles soient nationales ou internationales, demeurent centristes, avec des évolutions, certes, mais sont toujours des "instruments émoussés" en ce qui concerne la possibilité davancer une politique révolutionnaire.
Pour notre part, notre tendance internationale reconnaît ses origines dans des organisations centristes, et limportance dune rupture qualitative avec la politique et lhistoire du centrisme.
Certaines des organisations se réclamant du trotskysme expliquent que le centrisme était peut-être bien utile comme catégorie dans la période davant-guerre, mais ne lest plus.
Un argument plus subtil pourrait critiquer notre conception en sappuyant sur lanalyse de Trotsky : si le centrisme est un phénomène en mouvement, comment peut-on expliquer que des organisations telles que Lutte Ouvrière ou la LCR, qui existent sous une forme ou une autre depuis 60 ans, sont des organisations centristes ?
Trotsky avait déjà rencontré ce problème dans les années 30, alors quil avait noté lexistence de maintes petites organisations "libres de la nécessité de donner une réponse claire à toutes les questions de la politique, ni de porter la responsabilité pratique de telles réponses."
Comme il la noté lors dune discussion sur les organisations sectaires : "A notre époque de décomposition et de débandade, on peut découvrir dans divers pays pas mal de cercles qui ont acquis un programme marxiste, en lempruntant souvent aux bolcheviks, et qui lont ensuite soumis à un degré plus ou moins important dossification."
En effet, en labsence dune influence suffisante auprès des travailleurs qui rendrait possible ladéquation de leur programme avec la réalité et qui les obligerait à lever les ambiguïté de leur politique, lécrasante majorité des organisations se réclamant du trotskysme ont eu une existence continue pendant des décennies, sous la forme dun centrisme ossifié, répétant les schémas dhier (voire davant-guerre).
Pourtant, cela ne veut pas dire que ces organisations sont à labri du changement. Mais cette "ossification" permet de comprendre comment de telles organisations ont pu perdurer jusquà maintenant.
A ceux qui persistent à refuser notre explication, nous lançons un défi : expliquer la nature de ces organisations !
Toute explication basée sur le fait que se réclamer de la révolution, cest être révolutionnaire va vite rencontrer un problème de taille : si toutes les organisations se reclamant de la révolution sont... révolutionnaires, pourquoi des organisations séparées ?
Certes, on souhaite lunité des révolutionnaires.
Mais cela ne peut résulter que dun accord programmatique clair, tirant les leçons principales du passé et avançant un programme daction pour répondre aux tâches brûlantes de lheure.
Et les différences entre les organisations sont principalement dordre programmatique.
Toute tentative de fusion qui ne répond pas à cette exigence est vouée à léchec.
Enfin, ceux qui se réclament du trotskysme et du combat de Trotsky dans les années 30 doivent expliquer exactement en quoi la politique des organisations daujourdhui serait qualitativement meilleure ou différente que celle des organisations combattues par Trotsky, et sans se cacher derrière des différences peu informatives telles que "le POUM était grand".
Sur tous ces points, la méthode de Lénine et de Trotsky convient parfaitement.
Il ne sagit pas de coller une étiquette afin de mieux ignorer les autres tendances.
Et encore moins de dénigrer le bon travail effectué par les militants de ces organisations.
Mais tout le travail, tout le dévouement de dizaines de militants centristes naura aucune conséquence sil nest pas mis au service dun programme et dune organisation capables damener la classe ouvrière à la victoire.
Nous considérons que notre compréhension de la politique révolutionnaire, que nous cherchons à tester dans la lutte des classes et à enrichir à la lumière de lexpérience, doit jouer un rôle politique fondamental dans la création dun tel parti révolutionnaire.
Trotsky sur le centrisme
"Le centrisme, à cause de son amorphisme organique, se soumet difficilement à une définition positive ; il se caractérise beaucoup plus par ce qui lui manque que par ce quil contient. (...) Aussi difficile quil soit de donner une définition générale du centrisme, lequel a toujours nécessairement un caractère "conjoncturel", on peut et on doit tout de même dégager les principaux traits et particularités des groupements centristes (...)
a) Dans le domaine de la théorie, le centrisme est informe et éclectique ; il se soustrait, autant que possible, aux obligations dordre théorique, et est enclin (en paroles) à préférer à la théorie la "pratique révolutionnaire", sans comprendre que seule la théorie marxiste est capable de donner à la pratique une direction révolutionnaire.
b) Dans le domaine des idées, le centrisme mène une existence parasitaire : il répète contre les marxistes révolutionnaires les vieux arguments mencheviques de Martov, Axelrod et Plekhanov, dordinaire sans sen apercevoir ; dautre part, cest aux marxistes, cest-à-dire avant tout aux bolcheviks-léninistes, quil emprunte ses principaux arguments contre la droite, en émoussant pourtant le tranchant de leur critique, en se soustrayant aux conclusions pratiques et en privant ainsi leur critique de tout objet.
c) Un centrisme proclame volontiers son hostilité au réformisme, mais ne parle pas du centrisme ; mieux, il pense que la notion même du centrisme est "peu claire", "arbitraire", etc. En dautres termes, le centriste naime pas être appelé par son nom.
d) Un centriste, jamais sûr ni de ces positions ni de ses méthodes, éprouve de la haine pour le principe révolutionnaire : dire ce qui est. Il est enclin à substituer à la politique principielle des combinaisons personnelles et une médiocre diplomatie entre organisations.
e) Un centriste reste toujours dans la dépendance spirituelle des groupes de droite, est enclin à rechercher les grâces des plus modérés, à se taire sur leurs péchés opportunistes et à couvrir leurs actions aux yeux des ouvriers.
f) Il nest pas rare que le centriste sefforce de dissimuler son aspect de flâneur dilettante en invoquant le danger du "sectarisme" : il entend par là, non la passivité propagandiste abstraite du type bordiguiste, mais le souci actif davoir une pureté de principes, une clarté de position, un esprit de conséquence en politique, de perfection dans lorganisation.
g) Un centriste occupe entre un opportuniste et un marxiste une position un peu analogue à celle du petit-bourgeois entre un capitaliste et un prolétaire : il fait des courbettes au premier et na que mépris pour le second.
h) Sur larène internationale, le centriste se distingue sinon par sa cécité, du moins par sa myopie. Il ne comprend pas quà lépoque actuelle on ne peut construire un parti révolutionnaire que comme partie intégrante dun parti international. Dans le choix de ses alliés sur le plan international, le centriste est moins difficile encore que dans son propre pays.
i) Un centriste ne voit dans la politique de lInternationale Communiste que les déviations "ultra-gauchistes", laventurisme, le putschisme, et ignore complètement les zigzags droitiers opportunistes (Kuomintang, comité anglo-russe, politique extérieure pacifiste, bloc antifasciste, etc.).
j) Un centriste jure volontiers par la politique du front unique, mais il la vide de tout son contenu révolutionnaire, en la transformant de méthode tactique en principe suprême.
k) Un centriste recourt volontiers à de pathétiques leçons de morale pour dissimuler son propre vide idéologique ; il ne comprend pas que la moralité révolutionnaire ne peut se former que sur la base de la doctrine révolutionnaire et de la politique révolutionnaire. "
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