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4 mars 2001
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La restauration du capitalisme en Chine
En 1996, le capitalisme a été restauré en Chine. Deux facteurs expliquent le fait que cette restauration a eu lieu plus ou moins sans heurts, et sous le pouvoir continu du Parti Communiste Chinois (PCC) :
Deux décennies de "réformes marchandes" ont créé des secteurs capitalistes puissants en Chine.
Lécrasement de lopposition ouvrière après le massacre de la Place Tien-An-Men en 1989 a fait sauter lobstacle social principal au retour du capitalisme.
Afin de comprendre la forme spécifique prise par la restauration du capitalisme en Chine, il faut se rendre compte de la nature bonapartiste du régime établi après la révolution de 1949 un régime suffisamment éloigné de la pression des principales classes de la société pour lui permettre de poursuivre sa politique, malgré lopposition déterminée de couches importantes.
Le pouvoir militaro-bureaucratique du PCC est établi pendant la guerre contre le Japon, à partir de 1937, en particulier dans les zones "libres", où le PCC et son armée ont instauré leur propre pouvoir. Cette forme de dictature bureaucratique devient nationale avec la prise de pouvoir en 1949.
Le PCC a alors sa base sociale dans la paysannerie (majoritaire dans le pays), et une forte influence auprès de la classe ouvrière urbaine, petite par sa taille, et des couches bourgeoises qui on tout perdu sous la dictature de Tchang Kai-Chek.
Il ne rencontre donc pas dobstacle lorsquen 1953 il décide finalement dadopter le modèle russe de planification bureaucratique. Ce modèle est basé sur lexpropriation bureaucratique des capitalistes et la destruction de la loi de la valeur comme force motrice principale de léconomie, avec, en conséquence, la mise en place de ce quon peut appeler un Etat ouvrier dégénéré de naissance, dans lequel la classe ouvrière na jamais détenu le pouvoir et où léradication du capitalisme sest faite par des moyens bureaucratiques et contre-révolutionnaires.
Mais dès le début, le nouveau système économique et politique est déchiré par des luttes bureaucratiques et par les zigzags tragiques qui en découlent. Par exemple, le "Grand bond en avant" de la fin des années 50, qui est censé augmenter la production à travers la création des "communes populaires", est plutôt un "grand bond en arrière", avec pour conséquence trois ans de famine et la mort de 20 millions de personnes.
Plus tard la "révolution culturelle" du milieu des années 60 conduit à la fermeture dune des principales sources de la culture, à savoir le système éducatif.
Les luttes fractionnelles successives entre les différentes ailes de la bureaucratie connaissent un tournant décisif à la fin des années 70, avec le retour dexil intérieur de Deng Xiaoping en 1978.
A ce moment-là, la croissance des productions agricole et industrielle baisse, à cause de la politique bureaucratique du PCC, qui étouffe toute initiative et rend léconomie planifiée encore plus chaotique et inefficace que le marché.
Dans le domaine agricole, Deng propose dabandonner le modèle des communes et de permettre aux paysans de décider eux-mêmes ce quils veulent produire, quand et dans quelle quantité. Ainsi libérée du carcan bureaucratique, la production agricole connaît un sursaut.
Mais dans lindustrie, cette politique ne connaît pas les mêmes résultats : elle ne peut pas résoudre le problème fondamental du modèle russe de planification bureaucratique.
Sil est possible de construire et faire fonctionner les industries de base à travers la planification bureaucratique (comme le montre lhistoire de tous les pays staliniens), ce système rend impossible laugmentation de la productivité ou la création dun secteur dynamique de production de biens de consommation, pour la simple raison quil exclue doffice toute participation active des travailleurs et des consommateurs eux-mêmes.
Tout est décidé et mis en oeuvre par lappareil bureaucratique, et non par les masses. La démocratie des travailleurs, essentielle pour le bon fonctionnement du plan, est incompatible avec le pouvoir des staliniens.
Deng, en tant que bon bureaucrate, compte donc sur laction des directeurs dentreprises. Dans les années 80, une série de réformes sont introduites qui permettent aux directeurs de retenir des profits, de chercher de nouveaux marchés, de réduire le nombre de travailleurs dans lentreprise et daugmenter la production.
Mais les mécanismes du système de planification bureaucratique ne peuvent pas cohabiter longtemps avec les décisions prises au niveau des entreprises. Un élément fondamental du régime est lappareil bureaucratique qui élabore et met en oeuvre le plan. Cette couche fait donc tout ce quelle peut pour repousser les réformes ou les rendre inefficaces.
Mis à part lopposition de certaines fractions à la réforme, la structure même du secteur étatique va à lencontre de toute réforme.
Souvent, les directeurs des entreprises veulent plus dautonomie afin dintroduire de nouveaux produits, ou dimposer une politique financière plus rigoureuse. Mais comment évaluer les frais réels, obtenir des matières premières ou investir dans la nouvelle technologie, alors que toutes les ressources sont distribuées den haut, et les prix déterminés par Pékin ?
La seule manière daugmenter la production est de construire de nouvelles usines et dembaucher des travailleurs. En conséquence, même si la productivité stagne, la production continue à croître dans le secteur étatique.
Néanmoins, à partir du milieu des années 80, la combinaison dune pression constante de la part de la direction du PCC, dirigée par Deng, et les conséquences dautres réformes telles que celles qui touchent lagriculture, les Entreprises villageoises et urbaines (EVU) ou encore les zones économiques spéciales (ZES), et lintroduction de linvestissement direct étranger, a comme effet damoindrir les contrôles et daugmenter lautonomie des directeurs dentreprise.
Sur le plan économique, le contact accru avec les EVU fait en sorte que les directeurs des entreprises industrielles peuvent faire des profits "au noir", tout en allant au-delà des quotas établis par les instances du plan.
En même temps, la décentralisation de ces instances renforce les institutions provinciales, en particulier les banques, qui offrent des crédits pour la construction de nouvelles usines, renforçant ainsi la dette du secteur étatique.
Sur le plan politique, les tensions augmentent au sein du Parti et de lEtat, alors que des fractions différentes proposent des politiques différentes. Il devient de plus en plus difficile de garder secrètes ces différences, et au milieu des années 80 commence un débat semi-public sur la question de la politique économique à poursuivre.
Les tentatives effectuées par la direction afin détouffer ce débat ne font que souligner labsence de démocratie au sein du pays, jetant ainsi les bases du "mouvement pour la démocratie" qui grandit à partir de 1987.
Mais le mécontentement populaire nest pas limité au seules questions politiques. Linflation devient un véritable problème elle atteint 18% en 1988. Liée à la corruption flagrante dune partie importante des dirigeants, elle pousse les travailleurs à entrer en action. Dans un premier temps, la direction du PCC, complètement divisée, ne répond pas à la grogne populaire.
Les "réformateurs", soutenus par un nombre croissant de directeurs dentreprises et déconomistes qui ont déjà abandonné toute idée de réformer léconomie planifiée, appuient la revendication de plus douverture et de débat public. Parallèlement, les défenseurs de lancien régime récupèrent les revendications des masses contre la corruption.
Mais lorsque les protestations deviennent massives, en 1989, les divisions au sein du PCC passent à larrière plan et la bureaucratie fait bloc pour sa propre défense. Zhao Ziyang, quon croit proche des manifestants, est remplacé par Li Peng, vieux routier du stalinisme chinois. Enfin, en juin 1989, alors que de plus en plus dentreprises envoient des délégués sur la Place Tien-an-men, Deng et Li décident denvoyer la troupe, en particulier des unités fidèles venues de la campagne.
La conséquence immédiate de lécrasement dans le sang du mouvement est le retour au pouvoir des militaires et de ceux qui appuient la planification bureaucratique. Mais au bout du compte, la destruction du mouvement ouvrier a comme conséquence inévitable de redonner des forces à la restauration capitaliste.
Afin de retrouver la stabilité, le régime gèle les prix et chasse un certain nombre de bureaucrates corrompus. En même temps, il augmente les salaires et remet en place le contrôle central de léconomie.
A court terme, la répression du mouvement pour la démocratie montre la solidité du soutien au régime qui existe toujours à la campagne, et la force, au sein du PCC, des fractions opposées aux réformes marchandes. Mais, pendant les deux ans qui suivent, il devient de plus en plus évident quon ne peut pas revenir en arrière.
Si, en 1991, la maîtrise de linflation aide les entreprises étatiques à augmenter légèrement la production, en 1992, ce sont les régions du sud, de plus en plus dominées par le marché, qui commencent à jouer un rôle moteur dans léconomie.
Ayant écrasé et dominé la classe ouvrière industrielle, Deng et les "technocrates" autour de Jiang Zemin et Zho Rongji, encouragés par lincapacité de la "vieille garde" à contrer les réformes, changent encore une fois de politique.
Dabord, en janvier 1992, au cours dune visite dans le sud, Deng chante les louanges de la ZES de Shenzen qui, selon lui, doit montrer la voie à tout le pays. Ensuite, le pouvoir adopte une série de déclarations promettant louverture des régions frontalières au commerce, la libéralisation des contrôles sur linvestissement étranger dans certaines villes riveraines du fleuve Yang Tse et dans 18 autres villes de province, louverture totale au commerce extérieur dune série de villes littorales, et labolition de lune des principales instances de planification, le Bureau de Production du Conseil dEtat, remplacé par le Bureau du Conseil dEtat pour le Commerce Economique.
En octobre 1992, ces changements sont codifiés au congrès du PCC à travers ladoption dun nouveau programme pour "une économie de marché socialiste". A lépoque, nous avons considéré ce programme comme similaire à ceux qui avaient été adoptés des décennies auparavant en Hongrie ou en Yougoslavie. Ces programmes avaient affaibli les éléments fondamentaux de la planification bureaucratique, mais ne les avaient pas détruits.
A la lumière des événements qui avaient lieu en Europe de lEst et en ex-URSS au début des années 90, où la restauration capitaliste a pris la forme de la libéralisation des prix, de la fermeture immédiate des ministères de la planification et, en conséquence, de larrêt virtuel de la production, nous avons considéré que les staliniens chinois avaient choisi de retenir une forme de planification centrale, et donc de ne pas se lancer immédiatement vers la destruction de leur Etat ouvrier dégénéré de naissance et vers la restauration du capitalisme.
Nous avions tort. Rétrospectivement, nous pouvons comprendre que cest à ce moment-là que le caractère de lEtat a changé. Tout en maintenant le régime bonapartiste afin de préserver sa base économique, et en même temps maintenir léquilibre entre les principales classes sociales, la bureaucratie chinoise a consciemment choisi de transformer sa base économique de celle dune économie planifiée vers celle dune forme de capitalisme où la bourgeoisie et lappareil dEtat sont fusionnés.
Les conséquences de cette décision sont les suivantes :
Sur le plan politique, il faut chasser la vieille garde de toute position importante, mais une purge profonde nest pas nécessaire : les deux ans qui ont suivi 1989 ont montré quelle est déjà affaiblie, dautant plus que sa base fondamentale la classe ouvrière a été écrasée en 1989.
Sur le plan économique, le changement nest possible que parce que le secteur planifié concerne moins de la moitié de la production. Tout manque de production ne pourrait être comblé que par le secteur privé ou le marché mondial.
Enfin, en novembre 1993, le comité central adopte un document avec le titre éloquent "50 points pour une économie du marché". Ce document explique la stratégie stalinienne pour le démantèlement systématique du plan en ce qui concerne son contrôle des entreprises étatiques et la transformation de ces dernières en "trusts" indépendants.
En même temps, il propose une réforme radicale des banques, la convertibilité de la devise chinoise, la libéralisation totale de linvestissement étranger et labrogation des lois sociales qui garantissaient la sécurité de lemploi et le droit à léducation, au logement, à la sécurité sociale et à la retraite.
Mais, parce quaucun démantèlement réel du système de planification bureaucratique na eu lieu, nous avons continué à caractériser la Chine comme un Etat ouvrier dégénéré. Nous aurions dû la reconnaître comme un Etat restaurationniste bourgeois qui sapprêtait à imposer son programme.
En 1994 et 1995, sous limpact de la "trustification", léconomie chinoise connaît des changements profonds, en particulier la fermeture des ministères de la planification et larrivée du capital étranger. En fait, un certain degré dinstabilité économique se développe, tandis que les dirigeants des entreprises cherchent à tirer avantage du taux de croissance qui frôle les 18%.
Bon nombre dentre eux choisissent détendre léquipement plutôt que daméliorer la productivité de léquipement existant. En conséquence, le secteur étatique continue à croître de 8% par an, même si la plupart des entreprises sont toujours endettées et incapables de dégager des profits.
Cette période est marquée par un glissement décisif vers des méthodes capitalistes. En 1996, lindustrie étatique ne produit que 28,3% de la production industrielle totale, alors que lindustrie "collective" (principalement les EVU voir encadré) représente 39,4% de celle-ci et le secteur privé 32,1% au total (15,5% pour les entreprises chinoises, 16,6% pour les étrangères).
Dans les années qui suivent, lEtat pousse à lincorporation des 1 000 entreprises étatiques les plus importantes du secteur, laissant autour de 49 000 entreprises plus petites se débrouiller dans le nouveau paysage économique. La majorité de ces dernières sont vendues à prix dami à leurs dirigeants. Les autres sont soit rassemblées pour former des unités plus viables, soit fermées.
En même temps, se fait jour une tendance non pas seulement à lindépendance croissante des entreprises étatiques, comme envisagé au milieu des années 80, mais carrément à la privatisation, sous forme de sociétés par actions.
En septembre 1997, le XVe congrès du PCC approuve la création de telles sociétés, se servant de largument classique des réformistes et de certains capitalistes ! comme quoi, il sagit dune forme de propriété collective. Ce moment représente un important changement au profit de la classe bourgeoise naissante en Chine.
Mais ces réformes ne se passent pas sans heurts. Les travailleurs chinois sont loin dapplaudir à la libéralisation. Bien sur, dun point de vue démocratique, les choses semblent aller mieux. Mais lintroduction de nouvelles normes capitalistes leur font réapprendre la grève et le piquet. En 1993, 12 000 "incidents" sont recensés, dont 2 500 occupations dusines et 6 300 grèves.
En 1997, on en compte 26 000 et 215 000 en 1998. Les ouvriers des aciéries dAnshan manifestent à 5 000 dans la ville aux cris de "Défendons les intérêts des ouvriers !" et "A bas la nouvelle bourgeoisie !". Malheureusement, ces chiffres sont bien maigres en regard des millions de travailleurs chinois qui nont même pas vu venir lorage.
Dans les années qui suivent, Zhu Rongji devient premier ministre du premier gouvernement chinois à ne comporter aucun militaire en son sein. Les ministères de la planification survivants sont abolis, lempire industriel de larmée est démantelé. La Chine frappe à la porte de lOMC suite à létablissement daccords commerciaux capitalistes avec les USA, y compris louverture de la Chine aux banques étrangères. La période à venir verra encore plus de restructurations capitalistes.
On peut donc sattendre à encore plus dinstabilité dans ce pays le plus peuplé de la planète. Selon la Banque Mondiale, depuis trois ans, limposition des normes capitalistes au sein de lindustrie chinoise a déjà conduit à plus de 10 millions de licenciements par an. Naturellement, une telle catastrophe pour les travailleurs ne sest pas déroulée sans riposte. Des grèves, des mouvements dopposition ont émaillé lhistoire récente de la Chine. Mais pour le moment, rien de structuré, rien qui ait été capable de briser lemprise dictatoriale des staliniens chinois transformés en capitalistes.
Deux décennies de "réformes" pro-capitalistes, qui ont culminé par la restauration du capitalisme, nont pas seulement changé le visage de la Chine, elles ont également transformé et élargi le prolétariat chinois. Aujourdhui, il constitue la classe ouvrière la plus nombreuse de la planète. De ses luttes actuelles, émergeront ses propres organisations et ses propres voix politiques.
La tâche des révolutionnaires est de faire en sorte que ces centaines de millions de travailleurs soient gagnés à un programme et à une organisation révolutionnaires qui peuvent détruire une fois pour toutes la dictature de la bureaucratie et de son armée, qui peut exproprier les nouveaux capitalistes et qui peut mettre le pouvoir entre les mains des travailleurs, à travers un système de conseils ouvriers.
Les pépinières du capitalisme chinois
Deux formes dorganisation économique ont permis aux staliniens chinois davancer rapidement vers la restauration du capitalisme : les entreprises villageoises et urbaines (EVU), et les zones économiques spéciales (ZES).
Les EVU ont pris forme suite à la transformation des communes populaires dans les années 80. Afin de répondre aux exigences centrales, les communes avaient créé des PMI et des ateliers en relation directe avec la production agricole : fabrication doutils, transport et traitement des denrées, abattoirs, etc.
Dans les années 80, ce secteur a crû de manière significative, devenant un secteur important de production industrielle (32% de la production nationale en 1992, 44% en 1995), employant 130 millions de travailleurs ruraux en 1996, cest à dire 30% de tous les travailleurs ruraux.
Le statut exact de ces entreprises a produit maintes confusions. Sur le plan formel, avec labolition des communes en 1994, les ateliers et les PMI qui faisaient partie des communes sont passés entre les mains des dirigeants locaux du PCC. Mais dans les statistiques officielles, ils sont généralement comptés comme "collectifs". En ajoutant ces chiffres à ceux du secteur étatique, on arrive à un chiffre de 70% de la production dans le domaine collectif, ce qui donc "prouverait" que la restauration du capitalisme est encore loin.
Il sagit dune double erreur. Dune part, malgré la terminologie officielle, 90% des EVU étaient la propriété des individus en 1994, même si lécrasante majorité étaient très petites, ne représentant que 30% de la production totale de ce secteur.
Plus important, la caractérisation de "capitaliste" ne dépend pas seulement de la forme légale de propriété.
Le point essentiel est quil sagit là dentreprises individuelles, sans plan de production. Celle-ci est déterminée avant tout par la loi de la valeur, et non par les décisions bureaucratiques centrales. Elle est réalisée par des travailleurs salariés, pour le marché, et leurs fonds dinvestissement viennent des crédits commerciaux ou sont retenus sur des profits.
En un mot, ces entreprises fonctionnent sur des bases capitalistes.
Certes, sur le plan numérique, la plupart des EVU sont très petites, mais leur évolution suit le modèle classique du capitalisme : des petites structures locales vers un nombre dentreprises hautement capitalisées, capable de fonctionner non pas seulement à léchelle dune région, mais même à celle dune nation, voire de la planète.
Certes, les EVU ne dominent pas encore léconomie chinoise, même si elles jouent un rôle fondamental. Mais elles emploient un pourcentage croissant du prolétariat chinois, elles constituent une source vitale du capital et elles sont la base dune nouvelle bourgeoisie et petite bourgeoisie industrielle qui tirent avantage de la politique de privatisation entamée depuis le milieu des années 90.
A leur origine, en 1979, les Zones Economiques Spéciales, constituées de régions entières du pays, ont été coupées du reste de léconomie chinoise.
Elles étaient censées attirer linvestissement étranger et la haute technologie, permettant ainsi à la Chine laccès aux techniques modernes de gestion et aux devises étrangères. Leur production était destinée à lexportation et non pas au marché interne. En retour, les sociétés étrangères ont pu jouir davantages fiscaux, dune main-doeuvre bon marché et du développement subventionné des infrastructures.
Dans les années 80, les ZES se sont développées rapidement, avec une croissance de plus de 10% par an. Ce faisant, elles ont changé leur profil, passant de la production de jouets et dobjets en plastique vers les textiles et ensuite les instruments électroniques et optiques.
Au début des années 90, la production commençait à se déplacer vers des régions de bas salaires. De plus en plus, les ZES se sont concentrées sur les services tels que limmobilier, lassurance ou les banques.
Il est donc évident que, malgré leur indépendance supposée vis-à-vis de la Chine, les ZES ont eu un impact rapide et important sur léconomie chinoise. Elles ont fourni de lemploi, et elles ont constitué un marché à elles seules, attirant bon nombre de produits et de services fournis par le secteur EVU.
Dans les années 90, linfluence des EVU sest renforcée en même temps que les barrières à la pénétration économique de la Chine se sont abaissées et que les sociétés étrangères ont eu le droit de sétablir ailleurs dans le pays.
En particulier dans les régions littorales, les ZES ont attiré les ressources du secteur étatique, ont établi des liens commerciaux fondamentaux avec les EVU et avec le marché mondial.
Aujourdhui, sous la pression de laccord avec lOMC signé lannée dernière, leur statut "spécial" est abandonné. Du point de vue des restaurationnistes, le sale boulot est achevé.
Les racines du capitalisme rural
A la veille des réformes de 1978, lagriculture employait 70 à 80% de la population. La production agricole était fondée sur les " communes populaires " qui prenaient toutes les décisions en ce qui concernait la production, en liaison avec les instances centrales de la planification.
Ce système a amené certains avantages, en particulier la généralisation des techniques modernes de production et lorganisation de grands projets tels que lirrigation. Mais les communes ont eu tendance à ne pratiquer que la monoculture, impliquant donc des frais de transport importants pour distribuer des productions qui auraient pu être cultivées partout dans le pays.
Au milieu des années 70, la croissance de la production agro-alimentaire a été dépassée par la croissance de la population. Dans bon nombre de provinces, les paysans ont abandonné les communes et sont retournés à "lagriculture familiale".
Face à la possibilité dune nouvelle famine, le PCC a choisi dabandonner les communes populaires. Ensuite, les paysans ont pu décider eux-mêmes de leur production, mais ils ont été obligés de fournir à lEtat une part de leurs récoltes à prix fixes. Lexcès de cette production pouvait être vendu sur le marché, mais de toute façon lEtat donnait la garantie quil achèterait tout surplus.
En conséquence, la production a augmenté rapidement. Pendant les six ans qui ont suivi, la production céréalière a augmenté de 3,7% par an, celle de la viande de 8,9% et celle du coton de 18%.
Cette augmentation de la production, et de la richesse qui allait avec, a eu des conséquences dans le monde rural : le revenu annuel du paysan moyen a augmenté de 12,3% par an pendant cette période. Le nombre de marchés a presque doublé, passant de 38 000 en 1980 à 67 000 en 1993.
Largent ainsi gagné a été réinvesti : le secteur agricole est devenu la force motrice du développement de la petite production industrielle au sein des entreprises villageoises et urbaines (voir encadré). Il a donc joué un rôle fondamental dans la création de la nouvelle classe capitaliste chinoise, qui avait été éradiquée depuis presque 40 ans.
Le rôle du capital étranger
Jusquen 1979, linvestissement étranger en Chine était tout simplement interdit. De toute façon, vu linstabilité politique au sein du PCC, il est peu probable que même le capitaliste le plus hardi ait voulu sy risquer.
Au début, linvestissement direct étranger (IDE) en Chine était assez faible. Jusquen 1984, seules 250 entreprises étatiques avaient le droit de faire des "joint-ventures" avec des entreprises étrangères. Entre 1979 et 1984, seuls 1,8 milliard de dollars ont été investis, même si lEtat a aussi emprunté 11 milliards. Le changement fondamental a eu lieu en 1992, alors que les restrictions sur lIDE ont été complètement abolies, y compris au sein des grandes entreprises étatiques.
Deux ans plus tard, la Chine attirait 33 milliards de dollars dinvestissements un chiffre dépassé seulement par les USA. Un an plus tard, 59 000 entreprises bénéficiaient de linvestissement étranger. Elles employaient 9 millions de travailleurs 13,6% de la main doeuvre industrielle et comptaient pour 13,1% dans la production industrielle.
Linvestissement à une telle échelle et les règles de fonctionnement de léconomie qui le sous-tendent ont clairement des conséquences pour la nature de léconomie. Linvestissement des capitalistes étrangers dans une entreprise, à travers soit les joint-ventures, soit le rachat pur et simple, implique clairement quils veulent au moins influencer la production, sinon complètement la contrôler.
Cette quantité énorme de capital étranger a donc aidé à dénouer les liens de production établis sous le plan entre les différentes entreprises, et qui, en Russie par exemple, constituent toujours un aspect non-capitaliste de léconomie. En Chine, le système de planification qui gouvernait production et distribution et empêchait le fonctionnement de la loi de la valeur a vite disparu sous limpact des investissements étrangers et de leur intervention dans la production.
Cest également ce facteur qui explique la voie particulièrement rapide et relativement paisible prise par la restauration réactionnaire du capitalisme en Chine, par rapport à celle prise en Europe de lEst, et particulièrement en Russie.
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