Arbeitermacht
Liga für die fünfte Internationale




Haïti victime de l'impérialisme

Quelques semaines après le tremblement de terre à Haïti, le bilan des morts s'elève à 170 000 voire plus. Le tremblement de terre a écrasé des habitations, des écoles, des hôtels, le batiment du parlement, le palais présidentiel, le siège de l'ONU et huit hôpitaux. Il a balayé en grande partie les bidonvilles accrochés aux collines autour de Port-au-Prince, une ville de deux millions d'habitants. Les corps, entassés, sont évacués à la pelleteuse et enterrés dans des décharges. Pour les survivants, la vie est l'enfer sur terre. Les espaces libres dans la capitale, comme le Champs de Mars, sont envahis par des “tentes”, souvent de simples feuilles de plastique. La Croix Rouge affirme que trois des neuf millions d'habitants auront besoin de l'aide d'urgence pour survivre dans les prochaines semaines. Ils manquent d'abri, de nourriture, d'eau, d'électricité. Malgré les promesses et les engagements des gouvernants de la planète, les reporters sur le terrain ont souligné que l'aide a tardé à arriver à la population, et nombre de villes et de régions n'ont toujours rien vu.

La priorité des Etats-Unis, de la France et des autres puissances impérialistes est d'empêcher les “pillages” et de maintenir l'ordre. Ainsi, la première vague de “secouristes” des USA est arrivée armée jusqu'aux dents. Il y a aujourd'hui 20 000 soldats américains, alors que le personnel médical, au nombre de 300 au début, est en nombre bien inférieur, surtout comparés aux 344 travailleurs médicaux envoyés par Cuba et aux 800 envoyés par Médecins Sans Frontières. Les priorités pour les marines sont tout autres :il s'agit d'être prêt à mater une éventuelle révolte dans les bidonvilles de Cité Soleil et La Saline.

Aussi est-il faux de parler de désastre naturel vis-à-vis de l'important nombre de morts. Il y a 21 ans, un tremblement de terre de la même force a frappé le nord de la Californie, dont San Francisco, faisant 63 morts et non 100 000. C'est notamment parce que 60% des bâtiments de Port-au-Prince étaient si mal construits que même le maire les avait déjà déclarés dangereux.

Les médias ont eu le culot d'accuser les Haïtiens pour ces problèmes. “D'accord” disent-ils, “la pauvreté a aggravé l'impact du tremblement de terre, mais la pauvreté est le résultat de la “mauvaise gouvernance” et de la “corruption”. La gouvernance des Haïtiens n'a pas été dans leurs mains pendant plusieurs années et cela est toujours le cas. Il s'agit pratiquement d'une colonie, gouvernée dans les faits par les Nations Unies et derrière elles par les USA. La majorité de l'aide passe par les ONG étrangères et est coordonnée par la mission de l'ONU avec ses 9000 soldats de la force de maintien de la paix (MINUSTAH). Ainsi l'indépendence d'Haïti est purement formelle : il s'agit d'un cas extrême de ce que les marxistes appellent une semi-colonie. Le prétexte de cette mise sous tutelle donné par la communauté internationale est la corruption de l'appareil d'Etat haïtien. Mais une blague à Haïti dit : quand un ministre haïtien empoche 15 % de l'aide il s'agit de “corruption”, quand une ONG prend 50 % il s'agit de “frais”. En fait les USA se sont ingérés dans les affaires Haïti depuis presque un siècle. Les marines américains ont occupé le pays en 1915 pour garantir les remboursement des prêts par les Etats-Unis et y sont restés jusqu'en 1934. Entre 1957 et 1986, les USA ont soutenu la dictature brutale de Papa Doc et de Baby Doc Duvalier. Ils craignaient que les masses soient contaminées par la révolution dans l'ïle voisine de Cuba.

Quand Baby Doc Duvalier s'est finalement enfui en France avec la plupart des richesses amassées par sa famille, Jean Bertrand Aristide, un prêtre populiste radical, a gagné la présidence grâce un vote massif en sa faveur. L'élite des millionaires a utilisé la machine étatique pour bloquer les réformes d'Aristide. Un coup militaire en 1991 l'a renversé avec la collusion de la CIA et de George Bush père, alors président des Etats-Unis.

Un certain changement s'est produit avec Bill Clinton et les Démocrates, qui ont rétabli Aristide au pouvoir avec une invasion américaine en 1994. Mais Aristide et son successeur René Preval étaient prisonnier des “réformes” néo-libérales du FMI, surnommées le “plan de la mort” par les habitants. Les espoirs des masses furent déçus et les partisans d'Aristide désorientés. Néanmoins Aristide fut élu encore une fois en 2000. Détesté par le gouvernement Bush, celui-ci décida de l'affaiblir. Des prêts furent bloqués et le sabotage par l'élite patronale l'a forcé à repousser ou à abandonner les réformes. Cela se termina par un deuxième coup d'Etat en 2004, exécuté par des gangsters locaux qui agissaient pour le compte de l'élite haïtienne, incités et payés par des dirigeants du Parti Républicain américain. Aristide reste en exile à Johannesburg, en Afrique du Sud.

Sous la protection de l'ONU et des USA, une miniscule élite richissime de quelques milliers de familles, dont plusieurs millionaires, mènent une vie de luxe alors que plus de 60 % des Haïtiens vivent dans la pauverté absolue. Le taux de chômage est de 75 % et 40 % de la population n'a pas accès aux soins de base. Seulement 20 % des Haïtiens sont alphabétisés. Trois quarts des neuf millions d'habitants ont moins de deux dollars par jour pour vivre. La moitié d'entre eux n'a pas accès à l'eau potable. Haïti a le plus haut taux de mortalité infantile dans l'hémisphère occidentale. En 2008, Haïti était le 203ème pays sur 229 pour le PIB par habitant.

Barack Obama a annoncé avec fracas que les USA apporteraient 100 millions de dollars à l'aide d'urgence, mais cela ne représente que les dépenses d'une heure pour la machine de guerre américaines et moins que les bonus pour les banquiers de Wall Street. Il est clair qu'on ne peut pas laisser l'aide d'urgence et la reconstruction aux mains des militaires. Les communistes doivent revendiquer :

une intervention immédiate d'un contingent important de médecins et d'infirmiers ainsi que du matériel médical moderne

le retrait de toutes les forces armées. S'ils doivent aider les victimes ils n'ont pas besoin d'armes.

le retrait des troupes de l'ONU ou des USA pour “restaurer l'ordre” : pour l'indépendance d'Haïti !

l'annulation de toute la dette d'Haïti, immédiatement et sans conditions

le paiment par les Etats-Unis et les pays de l'Union Européenne de milliards pour la reconstruction et le développement. Il ne doit pas s'agir de prêts mais de réparations pour trois siècles de pillage par ces pays. la pleine citoyenneté aux immigrés sans-papiers aux Etats-Unis et en Europe

Les travailleurs et les jeunes communistes du monde entier doivent soutenir les masses haïtiennes pendant qu'elles se retablissent du terrible cauchemar du tremblement de terre, et quand elle se revolteront contre les parasites qui les ont opprimées, exploitées et appauvries pendant si longtemps. Il n'y a pas de démonstration plus frappante de la nécessité d'une révolution pour renverser le capitalisme et l'impérialisme que le massacre que ce système a infligé à Haïti.

fevrier 2010.

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