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Sri Lanka : au nord, le génocide. Au sud, la faim et la répression.La victoire du président Rajapakse est une défaite pour les travailleurs et les paysans de toute l'île. A Colombo et dans les autres villes, les rues sont envahies par des foules en fête, qui font exploser des feux d'artifice et agitent le drapeau national. Ils chantent "Le Sri Lanka, une nation!" Mais l'unité qu'ils célèbrent est une arnaque. Les tamouls, presque 20% de la population, ne font pas la fête, malgré la déclaration de Mahinda Rajapakse au parlement, prononcée au début en tamoul, selon laquelle le pays a été "libéré du terrorisme", et que sa victoire n'est pas une victoire contre les tamouls. Alors qu'il promettait de trouver une solution qui soit acceptable pour toutes les communautés, il a ajouté : "Il n'y a pas de minorité dans ce pays. Il y a seulement deux communautés, une qui aime ce pays et une autre qui ne l'aime pas. » Il s'agit d'un refus chauvin de l'identité nationale des Tamouls et de leurs droits démocratiques. Une paix basée sur cette politique ne peut pas survivre longtemps. Le pire doit encore arriver. Rajapakse a appelé à des « célébrations » de masse de la victoire à Colombo, ce qui encouragera sûrement les forces chauvines cingalaises qui sont déjà en train de semer la terreur dans les quartiers tamouls du sud de l'île. Les sites web cingalais ont publié les photos des militants d'extrême gauche et même simplement progressistes qui se sont opposés à la guerre contre les Tamouls ; ils ont stigmatisé ces militants comme ennemis du peuple cingalais. Il s'agit d'une invitation claire à utiliser la violence contre eux. Le gouvernement essaye aussi de profiter de la situation : des élections provinciales doivent être organisées dans les provinces du sud et d'Uva, et il est probable que les élections présidentielles et législatives seront anticipées. Ce que le gouvernement a remis sur la table à faveur des Tamouls est le treizième amendement à la constitution, adopté dans les années 80 comme un prétendu geste de réconciliation de la part des vainqueurs envers la résistance nationale, après la défaite de celle-ci. A l'époque, il avait été considéré comme une insulte, même par les Tamouls modérés. Bien qu'il prévoyait pour eux un parlement dans les régions du nord et de l'est où ils sont majoritaires, ceux-ci n'auraient eu aucun contrôle sur leurs propres budgets, ni sur l'infrastructure. En d'autres termes, ils auraient été totalement dominés par le gouvernement de Colombo. Personne ne croit aux garanties données par Rajapakse au nord du pays, qui a été conquis à un coût gigantesque en terme de vies humaines, de réfugiés, de destructions de logements, fermes, entreprises et infrastructures. Les rapports internationaux font état de 8000 morts et 250 000 réfugiés dans les quatre derniers mois du conflit. Après avoir refusé un cessez-le-feu et un arrêt unilatéral des hostilités, l'armée a diffusé les images des corps qu'ils affirment être ceux de Vellupai Prabhakaran, des autres dirigeants principaux des Tigres de Libération National de l'Eelam Tamoul (LTTE) et des derniers 250 militants. Ils espèrent que cette défaite écrasante brisera pour toujours la lutte nationale tamoule. En fait, ils lui ont seulement donné plus de martyrs et cette lutte, quelque forme qu'elle prenne, va sans doute reprendre. Des dizaines de milliers de réfugiés sont détenus dans quelques 42 camps, derrière des barbelés, en train d'être "traités" par l'armée et la police. Ne doutons pas que quiconque soit suspecté d'être un "tigre"connaîtra un sort horrible. Il faudra du temps avant que la lumière soit faite sur toutes les horreurs de l'attaque génocidaire du gouvernement, étant donné l'interdiction des agences de presse étrangères et l'intimidation, voire l'assassinat de plusieurs journalistes srilankais indépendants. Des médecins employés par le gouvernement, qui ont continué à travailler au sein de la zone du LTTE assiégé et qui ont raconté aux médias étrangers le nombre de victimes civiles, ont été arrêtés et sont maintenant accusés d'avoir aidé l'ennemi. Mais malgré tout, la vérité sera faite. L'histoire, en Europe, Palestine, Amérique Latine et Indonésie, a toujours montré que des atrocités comme celles-ci ne peuvent pas rester cachées pour toujours. Certains, même s'il ne s'agit pas des chauvins, pensent peut-être qu'ils sont seulement en train de célébrer la paix à la fin d'une guerre civile de 25 années qui aura été marquée par des outrages terroristes d'un côté et des pogroms contre la minorité de l'autre. Mais ils se trompent. Toute "paix" basée sur la conquête, l'injustice et l'oppression ne peut pas être favorable même à la majorité des "vainqueurs". Une nation ne peut pas être "unifiée" contre la volonté d'une minorité importante, distincte et opprimée depuis longtemps. La répression contre les Tamouls et la minorité courageuse des cingalais qui se sont opposés à cette guerre brutale, s'abattra dans les mois qui viennent, contre la majorité des travailleurs des deux communautés. La guerre a absorbé des ressources importantes et maintenant c'est aussi l'effet de la crise économique mondiale qui va se ressentir. Quand les travailleurs et les pauvres dans les campagnes résisteront, eux aussi seront accusés de "ne pas aimer leur pays" et subiront la répression du gouvernement vainqueur de Rajapakse. En cette période amère pour le peuple tamoul, il est de notre devoir de faire entendre leur voix, non seulement celle des Tamouls de l'île mais aussi celle des communautés tamoules de par le monde. D'abord, nous devons faire connaître les souffrances subies dans le nord du pays, à la fois par les civils et par ceux qui se sont battus avec tant de détermination pour leur liberté. Ensuite, nous devons faire entendre la voix des Tamouls enfermés dans les "camp de réfugiés". C'est seulement si ces voix sont entendues qu'il pourra y avoir une chance de -vraie- paix au Sri Lanka. Le gouvernement espère que la répression peut briser toute résistance des Tamouls contre ses actions. Cela ne se produira pas. Une nouvelle génération remplacera ceux qui sont tombés, tant que la répression continue. On ne peut pas pour l'instant savoir quelle forme cette résistance va prendre. Certes, pour l'instant, le LTTE a été détruit en tant qu'armée régulière qui défend un territoire occupé de façon permanente. Mais la guérilla et les attaques terroristes individuelles ne sont pas impossibles. Mais selon nous, ce n'est pas la voie de la libération pour les Tamouls et cela laisserait la masse du peuple sur le côté ou plutôt, cela en ferait les victimes de la lutte. Pour cette raison, les socialistes révolutionnaires ont toujours soutenu une autre perspective que celle prise par le LTTE depuis 1983. Aujourd'hui elle doit commencer par la défense des droits démocratiques bafoués de la population tamoule du nord et de l'est du pays, mais aussi de ceux qui habitent dans les villes et les campagnes des autres régions du Sri Lanka. Malgré l'atmosphère répressive et contre-révolutionnaire qui règne à Colombo, ce travail a déjà commencé. Lors d'une réunion tenue le 20 mai, 18 organisations, dont le Parti Socialiste du Sri Lanka (Ligue pour la Cinquième Internationale), le Parti Nava Sama Samaj (Quatrième Internationale), le Parti Socialiste Uni (CWI) ainsi que d'autres groupes et militants, ont établi un comité pour organiser une riposte efficace. Afin de réussir, cette lutte doit s'unir avec celle des travailleurs et paysans cingalais qui seront attaqués par un gouvernement décidé à leur faire payer le prix de la guerre et de la crise économique. Actuellement, les socialistes et aussi les démocrates sincères des deux communautés sont attaqués, isolés et stigmatisés comme collaborateurs du LTTE. Cela n'a rien de nouveau. Les révolutionnaires à travers le monde doivent continuer à faire leur travail de toutes les manières possibles, dans de mauvaises conditions comme dans de bonnes. Le Parti Socialiste du Sri Lanka, avec ses camarades de la Ligue pour la Cinquième Internationale, continuera de défendre les droits démocratiques du peuple tamoul. Jusqu'à ce qu'ils aient le droit à l'auto-détermination, et qu'un gouvernement du Sri Lanka le reconnaisse et accepte qu'ils décident de leur destin, il ne peut pas y avoir de vraie paix ou de justice pour personne. Après la défaite du LTTE, nous devons nous donner une nouvelle tâche : lutter au sein des communautés tamoules à travers le pays pour construire un nouveau mouvement, une nouvelle organisation politique capable de mettre vraiment fin à l'oppression des tamouls. Cette organisation doit être un vrai parti socialiste révolutionnaire, qui unifie à la fois les travailleurs tamouls et cingalais, les paysans et les jeunes dans une organisation de combat qui utilise les méthodes de la lutte de classe, non la stratégie de la guérilla ou du terrorisme individuel. Il faut que cette lutte soit aussi celle contre les capitalistes du Sri Lanka, contre leurs soutiens impérialistes et leur gouvernement à Colombo. Au même temps, il faut faire tous les efforts pour entrer en discussion avec les travailleurs et paysans cingalais qui pensent que la fin de la guerre apportera les "dividendes de la paix" que Rajapakse a promis depuis longtemps. En réalité, celui-ci utilisera sa victoire pour renforcer son propre pouvoir et celui de sa bande afin d'imposer aux travailleurs et aux paysans du Sri Lanka, tamoul et cingalais, de payer le coût non seulement de cette guerre mais aussi de la crise économique internationale. Maintenant que la guerre est finie, les travailleurs doivent renouveler leurs efforts afin de lutter pour leurs revendications. Il ne faut pas laisser le JVP et les syndicats favorables à la guerre freiner encore les travailleurs avec comme excuse de "ne pas déranger l'effort de guerre par des grèves". Tous les travailleurs doivent lutter pour des augmentations de salaire pour compenser l'inflation, défendre les emplois dans les industries frappées par la crise, pour préserver les services publics au service des travailleurs contre les coupures dans les dépenses publiques et pour la création d'un programme de travaux publics afin de développer l'infrastructure. Notre but ultime est le renversement de la classe capitaliste au Sri Lanka et dans toute l'Asie du Sud. Cela peut sembler très loin mais la crise économique est en train de nous rapprocher de ce but. Rajapakse sera incapable de tenir la plupart de ses promesses de reconstruction. Notre message le plus important est que seul un Sri Lanka socialiste, un Etat qui reconnaisse le droit à l'auto-détermination -y compris le droit de faire sécession- peut assurer une vraie paix, peut mettre fin à la pauvreté et à la faim de tous les peuples exploités et opprimés de cette île. Aujourd'hui les revendications les plus urgentes sont : La défense des communautés tamoules contre toute tentative de pogrom ou d'expulsion Le droit pour tous les réfugiés au retour à leurs habitations La libération de tous les prisonniers, l'admission de journalistes indépendants, srilankais et étrangers, dans la zone de guerre et dans les camps. La fin de toute législation répressive contre les organisations tamoules, la réintroduction de la liberté d'expression, de réunion et de la presse Une aide internationale massive en terme de nourriture et médicaments, une aide pour reconstruire les habitations et les infrastructures Le retrait des forces armées du Sri Lanka des régions à majorité tamoule 21 mai 2009. Vous pouvez nous écrire à contact @ cinquiemeinternationale.org | |||||||||||||